Fil de discussion vraiment d’actualité… Dans des post précédents pas mal d’entre vous regrettaient le manque d’interventions féminines sur le sujet, alors je me lance.
Pour moi qui suis une fille, je peux dire qu’en termes de survie quotidienne, le viol est le 1er risque à prendre en compte ; c’est une option avec laquelle une fille est obligée de vivre sans cesse (ne pas avoir conscience de ce risque, c’est déjà s’y exposer à mon avis). Comment y faire face ? Beaucoup d’entre vous l’ont déjà dit, et je confirme avec ma petite expérience personnelle : le « mental » (même si le mot est pas top…) joue un rôle non négligeable. La plupart du temps les violeurs sont des faibles, donc ils sont à l’affût de victimes. Je m’en rends compte très régulièrement. Souvent, un mec qu’on envoie chier de manière violente et déterminée se retrouve comme un couillon, sans savoir quoi dire. J’en ai fait l’expérience de manière hallucinante : il y a quelques mois je me suis retrouvée en tête-à-tête avec un Israélien travaillant à la sécurité d’un poste-frontière avec l’Egypte. Le gars : Russe d’origine, une espèce de baraque impressionnante, le profil-type du guerrier, formation militaire, spécialiste de krav, tout pour plaire quoi. Je n’avais aucune chance contre lui. Je passe sur les détails, mais en gros à un moment je me suis retrouvée en situation d’avoir à me défendre. Je voulais repousser la confrontation physique jusqu’au dernier moment, justement parce que je savais n’avoir aucune chance contre lui (et parce que je n’avais aucune solution de fuite). C’est alors que, sans préméditer, je l’ai regardé droit dans les yeux et lui ai dit fermement « be careful ». C’est sorti tout seul, je ne sais pas pourquoi, et tout en prononçant ces paroles je me suis rendu compte qu’elles étaient en parfait décalage avec la situation : lui le soldat aguerri, lui la brute de Sibérie, to be careful, à cause de moi ??? ah ah, quelle blague ! Eh bien croyez-moi ou non, ça lui a fait l’effet d’une douche froide, il m’a lâchée. Je n’en reviens toujours pas… (enfin ceci dit c’est pas comme ça que je m’en suis finalement tirée, mais ça m’a permis de gagner pas mal de temps et de rétablir la distance).
Quand je passe seule devant un groupe de mecs louches, mon 1er souci est de garder une respiration tranquille, une démarche normale, de ne pas baisser la tête, de ne donner aucun signe que j’ai peur (alors que oui, j’ai peur). Je sais que si je commence déjà à me comporter en victime potentielle (en accélérant le pas, en baissant la tête etc.), je peux le devenir très vite. La peur excite l’agresseur (qui peut renoncer à devenir un agresseur s’il ne tombe pas sur le profil-type de victime qu’il souhaite). Autre récit perso : une fois j’étais dans le métro de Rome avec une amie, il se faisait tard, le métro était vide, et derrière nous une bande de 5 ou 6 mecs entre 20 et 25 ans qui semblaient avoir bu commençaient à nous interpeler ; toutes les deux, on aurait eu aucune chance contre eux, c’était évident ; j’ai vu que ma pote très angoissée commençait à accélérer le pas en se serrant contre moi ; on était à l’étranger, juste toutes les deux, on était très jeunes, et avec tout ça je me suis sentie comme une proie et ça m’a semblé le début de la catastrophe ; le scénario était déjà écrit d’avance : on va accélérer de plus en plus, ça va les exciter et les faire marrer de nous voir trembler devant eux, ils vont devenir de plus en plus agressifs, et ça va très mal finir. Alors il faut qu’on prenne les devants, qu’on ne laisse pas la situation se dégrader. J’ai chuchoté à ma pote : « arrête de marcher comme ça, marche normalement ». Elle l’a fait. Puis je lui ai dit : « je compte jusqu’à trois et à trois on se tape un sprint jusqu’à la sortie sans s’arrêter ni regarder derrière nous et tu me lâches pas la main ». Elle a dit ok, très rassurée par cette option de fuite claire, et on l’a fait. Les mecs ont été hyper surpris, parce que la tension entre nous n’avait pas eu assez le temps de monter pour qu’on se mette à courir comme ça. On en était encore à la phase où on était censées juste accélérer le pas et fuir leurs regards. Résultat ils ont pas eu le temps de réagir qu’on était déjà loin, et ils ne nous ont jamais attrapées. Pour moi ça c’est un exemple clair du refus d’adopter un comportement de victime. Regarder le danger en face, et fuir tant qu’il en est encore temps, sans se mentir en se disant que tout ira bien. Accepter le réel en fait.
Pour se protéger contre le viol, la 1ère chose est donc à mon avis de travailler là-dessus : ne pas être une victime, développer l’estime de soi, l’équilibre global de la personne… Cela peut passer par la pratique de la SP et SD. J’engage toutes mes amies à s’y mettre. Ca me paraît plus que nécessaire. Non seulement pour soi, mais aussi pour les autres : être capable de protéger quelqu’un en cas de problème.
Lorsque je me suis inscrite au club de krav-maga, c’était clairement dans l’objectif : mettre plus de chances de mon côté en cas de tentative de viol. Pas seulement dans l’apprentissage de techniques, mais surtout pour travailler sur la confiance en soi. Je pense que si je me faisais agresser aujourd’hui, je ne saurais ressortir aucune des techniques de krav que j’ai apprises. En revanche, le krav m’a donné une accoutumance aux coups : je suis préparée à être frappée, parce que je m’en suis déjà pris plein la tronche de manière répétée (même si c’est sans commune mesure avec le réel d’une agression), et surtout je suis préparée à frapper, parce qu’on m’a appris à le faire. Apprendre à frapper : voilà la clef pour une fille à mon avis. Car je crois que c’est quelque chose qui ne nous est pas du tout naturel (enfin pour moi en tout cas) : quelqu’un qui nous veut du mal, notre premier réflexe est de devenir victimes : se recroqueviller sur soi, fermer les yeux et attendre les coups. On n’ose pas frapper. On n’a pas assez confiance en soi, et trop conscience de la supériorité du mec en face. Et puis le krav apprend aussi à ne pas hésiter à frapper entre les jambes, à arracher les yeux, les cheveux, tout ce qui dépasse.
Dans ce club les entraîneurs étaient très bienveillants à l’égard des filles, toujours soucieux d’adapter les techniques pour nous. Par contre dans le public yavait pas mal de gros bourrins qui ne daignaient nous adresser la parole qu’une fois qu’on leur avait cassé la gueule. J’ai eu des bleus et des courbatures pendant un an, je m’en suis pris plein la tête, alors je comprends qu’il n’y ait pas eu beaucoup de filles, parce que c’était vraiment très physique. Mais je ne regrette rien, et je m’y remets quand je rentre en France. Je pense qu’une agression est beaucoup moins traumatisante si on a l’habitude du « contact »…
Mais il n’en demeure pas moins que, krav maga ou pas, tempérament combattif ou pas, on est toujours à la merci des paumés drogués aux films X. C’est triste, mais ya pas d’illusions à avoir là-dessus…
Yaurait beaucoup à dire sur tout ça, désolée d’avoir été aussi longue…
PS: vous avez sûrement entendu parler d'Anne-Lorraine, la jeune fille qui a été massacrée dans le RER il ya déjà plusieurs mois. Son agresseur (bien entendu récidiviste ayant profité de notre système judiciaire ô combien efficace) voulait la violer, elle lui a opposé une résistance absolue. Elle a même réussi à le blesser à la cuisse avec son couteau, ce qui a permis de le retrouver. Mais il n'empêche qu'elle a été retrouvée totalement lacérée de partout. Cette histoire m'a énormément marquée, notamment parce que j'ai beaucoup d'amis qui la connaissaient, et que du coup je l'ai sentie très proche; et en tant que fille je ne peux m'empêcher de me demander ce que j'aurais fait à sa place: se laisser faire en espérant avoir la vie sauve, ou résister totalement et se faire massacrer; j'espère juste que je n'aurai jamais à poser un choix pareil (ni moi ni personne).