Posté par DavidManise Salut

Dans l'ordre...
Est-ce que le prof de krav maga a été plus dur à gérer qu'un boxeur ? OH QUE OUI

Les boxeurs sont spécialisés dans les bouts portés avec les jointures. Des coups de poing. Dans ce domaine là, ils sont imbattables. Les coups vont vite, ils sont puissants et précis. Certainement plus que ceux du prof de krav. Mais dans un combat à mains nues, c'est pas tellement la puissance qui compte. Il en faut un peu, mais la masse musculaire sert surtout à encaisser. Le krav est, par définition, ouvert à tout. Tout ce qui fonctionne peut et DOIT être utilisé pour arriver à ses fins. Pas juste les coups de poing. Bref, connaissant un peu le krav, je m'attendais à quelque chose d'inattendu et de déjanté. Mais pas à ce point là

Nix, ton anecdote de la braguette ouverte est une merveilleuse illustration de ce que je disais : le cerveau avant tout. Et de s'effondrer qques minutes après dans la salle des profs, c'est pas grave... même plutôt normal et sain. L'important c'est qu'elle a réussi à gérer le truc intelligemment malgré le stress intense et à conserver des neurones en état de marche. Pour moi, c'est la preuve d'une grande maîtrise de soi et là je dis respect !
Tiens, une autre dans le même style.
L'autre semaine, dans un cours de karaté on avait ouvert la porte de la sortie de secours parce que ça sentait la peinture dans la salle. Vers le milieu du cours, y'a une sorte de jeune clodo bien intoxiqué qui s'est pointé par la porte et qui s'est installé dans la salle. Il avait visiblement pas l'air dans son assiette. Il regardait tout le monde fixement, marmonnait des injures et tout.
Au début, il ne gênait personne réellement (bien que sa présence pertube tout le monde un peu), mais après un bout de temps il a commencé à vouloir aller voir dans les vestiaires. Je l'ai suivi :
Moi : Salut...
Lui : Salut !
Moi : Ça va ? (je me mets volontairement dans la porte, lui coupant toute retraite pour lui mettre un peu la pression).
Lui : Non !
Moi : tu cherches quelque chose ?
Lui : (Il regarde autour de lui, et réalise qu'il est coincé). Non mais je veux pas déranger je...
Moi : Je sais bien que tu veux pas déranger, y'a pas de problème. C'est juste que je préférerais que tu sortes des vestiaires STP (notez que je reste poli, que j'insiste sur le fait que tout va bien, et que je ne me sens pas l'obligation de lui expliquer POURQUOI je veux qu'il sorte. À lui de gamberger.).
Lui : Je cherche pas d'emmerdes moi, non mais oh !
Moi : Je sais. Y'a pas de souci (là je m'enlève de la porte en rentrant dans le vestiaire et en lui laissant plein de place pour qu'il puisse sortir sans se sentir coincé. Après la pression, je lui offre toute grande une sortie confortable et sans risques... évidemment il en profite : Il commence à sortir tout doucement... Il est mal à l'aise.).
Lui : Euh... je cherchais du feu pour rallumer ma clope (Il est maintenant sorti des vestiaires : toujours dans une logique de s'en sortir sans bobo, et de faire descendre la pression, il se justifie, du coup j'exploite le filon pour le faire agir comme je veux).
Moi : Ah ! Ben j'en ai du feu. Attends moi là, je reviens. (Je vais chercher mon feu, et là du même coup j'ai l'idée pour le faire sortir de lui-même : les clopes c'est dehors).
Moi : tiens, j'ai du feu (je lui montre le briquet). Je vais t'allumer ta clope. Par contre on va l'allumer dehors, on ne fume pas dans la salle STP. Je lui indique de passer devant. Je veux pas l'avoir dans mon dos.
Lui : il choisit de sortir.
Moi : une fois dehors, je lui allume sa clope, il me pose 2-3 questions sur le karaté histoire d'avoir l'air de s'intéresser au truc, moi je lui réponds comme à n'importe qui (il est toujours dehors, et là je reste dans l'embrasure de la porte), comme si rien ne s'était passé. Là je lui souhaite une bonne fin de soirée, et je lui dis même qu'il peut revenir s'entraîner un de ces jours s'il veut essayer. Je lui dis ensuite que je vais fermer la porte, parce qu'il fait froid (excuse bidon). Je lui demande même son consentement. Je le salue une dernière fois, et je ferme la porte, qui est de facto verrouillée. Il est dehors et il ne peut plus rentrer.
Là, clairement, ma "présence" physique (menace implicite) m'a été extrêmement utile. Non seulement mon gabarit mais aussi le karate-gi et la ceinture noire, et le fait que j'étais échauffé et tout me mettaient dans une situation psychologiquement et tactiquement idéales. Bref, aucun mérite. C'était facile. Mais analysons la manière dont je m'y suis pris pour qu'il se mette dehors tout seul :
1) établir la hiérarchie : il doit se soumettre dès le début, sinon tout le reste s'effondre et on doit escalader dans la persuasion. Donc d'entrée de jeu je lui mets un peu la pression, je le prends en défaut, MAIS je reste courtois. Comme ça il sent le conflit venir, mais sent qu'il a une chance de s'en sortir sans bobo s'il coopère. C'est lui qui choisis.
2) il signifie sa soumission (attention c'est parfois un leurre, mais alors le langage corporel trahit souvent). "Je veux pas d'emmerdes", regard bas et évitant, clignements de paupières, tête baissée, corps évitant de se mettre en face du mien, etc.
3) je lui offre une porte de sortie sûre (du vestiaire). Je lui signifie que je veux qu'il sorte. En même temps, j'entre dans le vestiaire et donc j'occupe les lieux. Mon corps est orienté pile face à lui, et je le regarde fixement (quoi que sans aggressivité). Il est plus à l'aise dehors, donc il sort. Ça n'aurait probablement pas marché si j'étais resté dehors. À partir du moment où il a AGI dans le sens de sa soumission, 9 fois sur 10 il va continuer à le faire jusqu'au bout, à moins que je déconne complètement ou qu'une voix dans sa tête lui dise de me faire mal, quoi... mais un individu minimalement rationnel va continuer sur sa lancée et obtempérer jusqu'au bout (ou alors résister jusqu'au bout).
4) comme il a obtempéré, je le réconforte en lui offrant du feu, en souriant un peu... Il sent que sa soumission est reconnue, et la pression descend. Mais comme je veux encore qu'il sorte du dojo, je trouve une excuse.
5) une fois qu'il est dehors, le tout est de lui faire croire que je ne lui en veux pas du tout, et que tout va bien. Comme ça, quand j'aurai fermé la porte il ne prendra pas les nerfs et ne m'attendra pas à la sortie (enfin, je réduis les risques). Je réponds à ses questions, je lui souhaite une bonne fin de soirée, je suis même presque souriant et tout. Puis je lui donne une excuse pour fermer la porte, et je lui demande même son consentement. Du coup, comme il est dans une logique de "on est copains", il cherche à me rendre service et à répondre à mon besoin, et il dit ok. Je le remercie, je le salue une dernière fois, et je ferme la porte doucement, sans la claquer (mais en m'assurant qu'elle est bien fermée et bien verrouillée).
Et voilà.
En rentrant dans le dojo je me suis rendu compte que tout le monde avait arrêté de s'entraîner pour regarder la scène. Comme quoi la situation était tout de même tendue... mais ça s'est terminé sans heurts, et je trouve ça bien.
En sortant, j'avais tout de même ma maglight et j'étais particulièrement prêt à me défendre. J'ai regardé dans les coins sombres et j'ai bien eu tous mes sens en alerte... j'ai bien regardé dans ma bagnole avant de monter dedans (on devrait toujours faire ça d'ailleurs), etc. Mais il était parti. Et quand je l'ai croisé qques jours plus tard, le gars m'a des insultes de loin... comme quoi j'avais eu raison de me méfier un peu.
Ciao

David