Posté par DavidManise Salut Evenk,
Tout a fait d'accord. Le probleme, c'est: comment je peux me forcer a paraitre ce que je ne ressens pas interieurement.
Je ne sais pas si c'est réellement possible. Mais l'idée n'est pas d'effacer la peur. Simplement, il faut y juxtaposer autre chose... (voir plus loin).
C'est-a-dire, un jour normal ou tu n'es pas sur la defensive, tu es provoque.
Ca te chicane, tu as un peu peur ou en tout cas tu es sous le choc de ce a quoi tu ne t'attendais pas: comment ETRE (puisque ce qui apparait c'est ce que tu es) celui qui dit interieurement "je n'ai pas peur de toi" quand en fait tu as peur. Ou en tout cas tu te sens menace, derange, aggresse, tu ne te sens pas avoir le dessus ou etre d'egal a egal. Peut-etre que ce jour-la tu n'avais pas le moral, la journee ne s'etait pas tres bien passee ou ton copain/ta copibne t'a quitte etc etc
On n'ets pas toujours au mieux de sa forme et de sa confiance en soi.
C'est clair.
Ça m'est arrivé souvent d'avoir peur. Quand je bossais dans les bars, honnêtement, si y'avait 200 personnes dans le bar, y'en a 20 que je craignais un peu, et 2 qui me foutaient VRAIMENT la trouille. Enfin... surtout au début. Ensuite avec l'expérience on apprend à avoir un peu peur de tout le monde

C'est ca que je n'arrive pas a resoudre.
Je comprends. Je n'y arrive pas non plus.
Le fait est que je n'ai jamais vraiment cessé d'avoir peur, même en pesant 120 kilos, en faisant de la muscu et en devenant champion de karaté. Même après avoir eu le dessus physiquement sur un PAQUET de gars, seuls et désarmés, ou seuls et armés, ou en petit troupeau (4 contre 1 une fois... je sais même pas comment j'ai fait mais je l'ai fait)... Même (et surtout) après avoir senti ce que ça faisait de se prendre des coups (de poing, de bouteille, de tabouret en fer forgé, de couteau, de nunchaku, de batte de baseball, de grosse maglite, de 9mm)...
Oui, c'était plutôt chaud, les bars où je bossais

J'ai toujours eu peur, et même maintenant, quand je sens un conflit qui pointe le bout de son nez, la peur monte. MAIS... elle s'accompagne d'une certaine dose d'
aggressivité. Attention, ça ne veut pas dire un comportement aggressif. Non. Simplement, la peur n'est pas seule. Elle est accompagnée d'une hargne froide du genre "t'as pas le droit de me faire peur comme ça, maintenant ça va chier". Cette hargne, si je la mets sur une balance, elle pèse le même poids que ma peur. Je reste donc "neutre". L'envie de fuir est aussi forte que l'envie de déchiqueter le gars qui me fait peur. Et le cerveau est au milieu de tout ça, et essaie d'utiliser ces deux INCROYABLES sources d'énergie au mieux pour survivre.
Ok, j'ai peur. Mais c'est pas pour ça que je vais me laisser tabasser sans rien faire, bien au contraire. Plus j'ai peur, et plus je suis dangereux en fait. Exactement comme les animaux sauvages. Et dans les rares situations où je me suis retrouvé complètement coincé et obligé de me battre pour survivre, j'ai toujours ressenti un sentiment étrange. Comme une libération. C'est comme si la volonté de fuir s'estompait à partir du moment où la possibilité de fuir n'existe plus. Et la peur disparaît subitement. Quelque part, dans les tréfonds du cerveau, quelque chose dit au corps : "bon, là ça passe ou ça casse, tu vas leur bouffer le foie". Et la peur s'évanouit. Et là on entre dans une espèce de zone étrange... une sorte de rage totale, mais détachée et sereine. On se regarde bouger et on se surprend soi-même. Des fois, tout semble aller au ralenti. Et on ose des choses complètement folles.
Dans ces cas là, je deviens réellement dangereux. Comme n'importe quel animal. Tu coinces un sanglier dans un coin, tu vas te faire charger. Et tu attrappes un écureuil, c'est pareil. Il va te mordre pour s'échapper. Il n'a plus rien à perdre à part sa vie, donc il se bat FÉROCEMENT pour survivre.
(la seule bête sauvage qui m'ait jamais mordu... c'est un écureuil !

)...
Le plus difficile, dans ces cas là, c'est de reprendre ses esprits à temps pour ne pas s'acharner. Une fois qu'on est passé en mode "all out", en général on s'arrête de taper quand on en est physiquement plus capable. Et légalement (comme moralement), c'est difficile à justifier.
Je pense que tout l'art des vrais prédateur est justement de maintenir leur victime dans un état limite où ils entretiennent la peur en entretenant minimalement la possibilité ou la tentation de fuir. Ils te coincent, mais ils te laissent mariner, piétiner, chercher une issue... quelle qu'elle soit.
Des collègues videurs, j'en ai eu pas mal. Ils avaient tous peur. Et ils géraient tous ça à leur manière : certains étaient hyper-aggressifs, d'autres étaient hautains, d'autres évitaient les conflits (pas top pour un videur), d'autres encore parlaient fort, et d'autres encore se recroquevillaient, mettaient les mains sur la tête et se roulaient en boule dans un coin en attendant que ça passe et en espérant survivre. Mais on avait tous peur. Normal. C'était dangereux.
En plus, perso je ne peux pas ne pas avoir peur puisqu'en general je ne fais pas le poids physiquement.
Même si on fait le poids physiquement, même si on domine physiquement, il y a toujours un risque, et ça notre instinct nous le dit très clairement, et on a peur.
La seule solution, j'ai pense, etait de s'entrainer. Quelque chose qui s'apprend. Qui n'est pas inne.
Et c'est la que les arts martiaux, pensai-je, qui vous donnent aussi des indications psychologiques/spirituelles/philosophiques, pouvaient aider.
Je pense que là où les arts martiaux aident, c'est qu'ils nous mettent progressivement dans des situations de conflit où on se bat. Où on AGIT. Ça commence par des trucs très codifiés, très ritualisés, puis plus on cherche à se préparer pour des conflits réels, et plus ça devient réaliste. Mais une constante demeure : on se bat. On agit. Ça nous apprend -- par conditionnement je pense -- à associer le conflit et l'action...
Et là j'en viens au post de Patrick

Ciao

David