Effectivement, le soutien des victime n'est pas chose aisée. De par mon expérience j'ai pu expérimenter différentes méthodes, aux efficacités variées. Je prétend absolument pas avoir trouvé la méthode miracle, mais bon:
_Le dialogue: je le met en premier car c'est la clé de voûte du "programme". Une victime est un réservoir bouillonnant d'émotions toutes plus diverses que contradictoires et violentes. Lui faire exprimer ces émotions lui permet d'une part de
réaliser ce qu'elle ressent, et d'autre part de
faire le tri dans ce qu'elle garde et ce qu'elle jette. Sur ce dernier point, l'aide des proches est primordiale; Un autre point important est que la victime voit que son problème n'indifère pas son entourage, et donc qu'elle n'est pas seule dans son coin à porter son fardeau.
_L'attitude: n'importe quel parent ou proche d'une victime aurait tendance à la couver, parfois à outrance, c'est louable mais c'est une erreur. De mes quelques entretiens avec le psy de la copine que j'ai aidé, j'ai retiré certains principes à méditer:
1. la stabilité: si l'attitude des proches change du tout au tout du jour au lendemain, l'univers de la victime est chamboulé, voire s'effondre de son point de vue. Ca rassure la victime de sentir que certaines choses sont immuables au sein de sa famille, que ses repères sont toujours là.
2. la distance: une victime surcouvée étouffe ! mon amie a été un peu trop chouchoutée dans les premiers jours et l'a plutôt mal vécu. Il faut penser à
laisser respirer la victime.
3. le discours: éviter le discours d'apitoiement genre "pov'biquette, te voilà traumatisé(e) à vie": ça enfonce la victime dans la déprime (je le confirme pour l'avoir vu). J'ai pu constater qu'une attitude plus pragmatique genre "t'es tombé(e), tu morfles, mais va falloir te relever avant de prendre racine" était plus efficace.
_La confiance: une victime aura du mal à accorder sa confiance. Patience, patience, patience ! à vous de vous montrer d'une fiabilité à toute épreuve en toute circonstance, ce qui inclut une disponibilité de tous les instants. J'ai ainsi passé quelques heures au téléphone avec mon amie au beau milieu de la nuit parce qu'elle faisait des cauchemars ou bien n'arrivait tout simplement pas à dormir. On a aussi mis du temps à lui faire accepter de sortir en groupe, et plus longtemps encore à sortir uniquement entourée de mecs: même si la victime a conscience d'être en sécurité, une partie d'elle même a toujours peur. Le seul remède est la patience.
Il est à noter que cette méthode a marché avec mon amie surement parce qu'elle a une force intérieure et un courage hors du commun. Le bilan de l'histoire, je crois que tout ça l'a en définitive rendue à la fois plus forte et plus fragile... étrange comme sentiment
