Au début de l'été 2001, chez un copain qui habitait dans une cité, je suis descendu avec lui dans sa cave pour l'aider à monter un truc assez lourd dans son apart. Une fois dans le sous sol de son immeuble, on entend des gémissements assez forts dans un box à une dizaine de mètres. Mon pote appelle pour savoir si c'est quelqu'un qui a besoin d'aide, pousse la barrière du box d'où semblent venir les bruits, et je vous raconte pas comment il a soudainement blanchi une fois la lumière allumée. Se trouvait devant nous une fille de notre âge environ, déshabillée, couverte de bleus et attachée par les mains avec du fil de fer à un moteur de bagnole posé par terre. On la détache, on la couvre avec ce qu'on trouve et on la porte (trop faible pour marcher) jusqu'à l'intérieur de l'immeuble, en remerciant qui de droit que personne ne soit à proximité pour nous voir.
La fille était pas trop rassurée de se voir trimballée comme ça mais ne s'est même pas débattue. Une fois dans l'apart de mon pote, sa soeur lui prête des fringues, et on essaye d'entamer le dialogue pour savoir ce qu'elle foutait là, ce qui lui était arrivé: elle nous raconte tant bien que mal (non seulement elle était dans les vapes (on a appris plus tard qu'elle avait été droguée) mais elle ne parlait pas très bien le français à l'époque, en plus d'avoir la mâchoire enflée et le visage tuméfié) qu'elle avait passé presque 2 jours dans cette cave, sans plus de détails. Mon pote me prend à part et me dit qu'il connait le gars qui occupe le box où on l'a trouvée: un gars de 19-20 ans à l'époque qui vit un palier plus bas. Là je me dis qu'on a eu de la chance de pas le croiser dans l'immeuble en remontant.
Finalement, la fille demande timidement si elle peut téléphoner. Elle appelle chez elle, on dit aux parents qu'on a appelé une ambulance et qu'on les rappelle pour leur dire où venir la chercher. La journée se finit aux urgences du Tripode, la famille parle aux flics et parlemente avec la fille pour qu'elle parle (je sais pas comment ils ont fait, mais ils ont assuré vu comment elle avait peur), et finalement, elle parle. Mon copain donne le nom du gars qui occupe la cave, qui sera arrêté le soir même à son boulot (devant ses collègues, bien fait pour sa gueule).
On a appris les détails le lendemain quand on lui a rendu visite pour savoir comment elle se remettait: elle nous a tout raconté comme ça, sans qu'on lui demande rien, comme si elle aurait explosé sans ça: elle s'était faite chopper dans la rue par 2
mecs sacs à marde qui l'ont cognée jusqu'à l'assomer et elle s'est réveillée dans la cave pendant que l'un d'eux la violait et l'autre la tenait. Elle a été rouée de coups, brûlée au briquet,scarifiée au couteau, droguée avec je sais plus quoi (de l'héro me semble-t-il), intimidée, menacée de mort, tout ça pendant presque 2 jours. Moi j'avais l'estomac qui faisait du yoyo, mon pote lui se sentait tout de même plus à l'aise vis-à-vis du "proche" qu'il avait balancé, mais n'en menait pas large non plus.
Commença alors un été quasiment infernal pour elle puisqu'il consista à remonter la pente. Elle était anglaise (et l'est toujours d'ailleurs) et venait en vacances pour la première fois en France chez son grand-père. Du coup, elle ne connaissait pour ainsi dire personne in situ, alors on lui a prété nos potes ainsi que nos personnes. On l'a couvée et soutenue pendant presque 3 mois, jusqu'au procès, au cours duquel les 2 erreurs de la nature qui lui avaient fait du mal on pris chacun 15 ans dont 3 avec sursis pour viol en réunion, acte de barbarie en réunion, détention et usage de drogue, résistance à arrestation, recel d'objets volés, et d'autres que j'ai oublié. ce que j'ai pas oublié, c'est qu'ils n'ont pas pris assez à mes yeux

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Depuis cette affaire, la demoiselle s'est reconstuite en faisant preuve d'un courage qui lui vaut mon admiration la plus sincère, puisqu'elle arrive à en parler sans même trembler maintenant, et revient en France quasiment à chaque fois qu'elle est en vacances. C'est une amie précieuse doublée d'une fille adorable qui ne méritait vraiment pas ça. C'est écoeurant de voir comme ce genre de choses ne touche que les personnes qui n'ont vraiment rien demandé

Si vous avez des personnes qui ont subi ce genre de choses dans leurs vies, c'est sûrement plus facile à dire qu'à faire mais incitez les à en parler: si votre vie était un grand jardin, ce genre d'expérience serait une mine antipersonnelle: si vous l'enterrez, un jour vous l'oublierez, certes, mais vous finirez tôt ou tard par marcher dessus, et là le souvenir va faire mal. Je suis absolument sûr que ce qui a fait tenir ma très estimée amie est le fait de s'être forcée à parler, d'avoir exprimé ses sentiments et d'avoir combattu ceux qui n'étaient pas légitimes comme la culpabilité (et en plus, parler avec nous a quasiment gommé son accent brittish).
Aujourd'hui, elle donne de son temps libre dans une association de victimes de viols à Londres, pour les aider à surmonter les épreuves qui les attendent, car le viol n'est que la première épreuve, et peut-être pas la plus dure pour tout le monde...
Voilà mon retour d'expérience, qui se veut plus une éloge de cette demoiselle adorable et admirable de force qui m'a fait l'honneur et le privilège de devenir mon amie. (D'autant plus qu'elle m'a filé des cours de guitare gratos

)
(ouf! fini!

) Seb, qui va passer son permis de chasse avant 2016...
PS: désolé pour la concordance des temps de mon récit, j'ai tendance à perdre mon français quand je parle de cette histoire.