Est-ce qu'on n'a pas là, en France aujourd'hui, un certain problème culturel dans la relation aux armes ?
Est-ce spécifique à la France ?
La question se pose également ailleurs avec des réponses très variables selon les cultures des pays concernés.
Aux extrêmes on pourrait citer le Royaume-Uni avec des bobbies quasiment non armés pour les simples patrouilles de rue même en période d'attaques terroristes (
Règle d'utilisation des armes à feu par la police au Royaume Uni), les États-Unis avec des polices locales sur-armées et sous-formées ou Israël avec les militaires armés dans les rues…
Pourtant aucune de ces 3 approches radicalement différentes ne permet de répondre à tous les cas de figure.
J'avoue ne pas trop voir en quoi porter pour certaines interventions ou dans certains contextes un fusil à pompe ou un PM transforme quelque policier ou gendarme que ce soit en porte-avion.
Effectivement tout est une question de
contexte.
Les "bleus" qui sont tombés hier et ce matin n'étaient pas vraiment en
intervention, mais plutôt au "mauvais endroit au mauvais moment". La policière
municipale abattue dans le dos ce matin intervenait juste sur un simple accrochage routier. Aurait-elle dû porter une gilet pare-balles ou se faire escorter par un collège avec fusil à pompe ou PM pour une simple affaire de tôle froissée ?
Combien de milliers de policiers dans la rue chaque jour ? Combien d'attaques
directes contre-eux hors zones à risques (à ne pas confondre avec une intervention) ? Faut-il envisager plusieurs niveaux intermédiaires selon le niveau de risque entre le simple "flic de rue" et l'anti-gang / RAID / GIGN ?
Et quel serait le problème si la puissance de feu des patrouilles de police était systématiquement augmentée ? La question est à mon avis d'abord celle de l'usage et de la maîtrise des feux...
Malheureusement l'expérience américaine montre que l'augmentation de puissance de feu n'implique pas nécessairement une amélioration sur le plan de l'usage et de la maîtrise des feux.
Pour les "décideurs" il est beaucoup plus simple (et populiste) de "vendre au public" (et aux médias) une augmentation des budgets de X millions pour de l'équipement en armes que pour de la formation et de l'investissement humain. C'est encore plus flagrant aux États-Unis…
Personnellement, ce qui m'inquiète c'est plutôt que la plupart des FO porteurs d'armes ne savent pas suffisamment s'en servir. Et que le culture/formation dispensée à ce sujet dans la police paraît d'abord être de ne surtout pas s'en servir. Au lieu d'être orientée vers une maîtrise suffisante pour pouvoir avoir quelques chances de reprendre l'initiative en cas de fusillade.
C'est malheureusement similaire à ce qui se passe dans tous les métiers : la doctrine est à la spécialisation des fonctions. D'un côté ceux au contact quotidien de la population, de l'autre la cavalerie envoyée sur les interventions à risques avec des spécialistes avec un équipement de pointe et sur-entraînés au maniement d'armes.
Est-ce une approche
globalement plus économique ou plus efficace (ou avec le meilleur compromis coût / efficacité) ? Est-ce la politique du "risque zéro" par crainte de bavures à l'américaine (surarmement + formation inadaptée + attitude de cow-boy conduisant à se mettre soi-même en danger = bavures inévitables) ?
Tout ça pour rappeler qu'une bonne partie de l'équation est déterminée par des aspects financiers et de politique.
Yep… et de l'héritage historique qui laisse des traces durables comme p.ex. le "maintien de l'ordre" (avec des très gros guillemets) géré par des militaires en Algérie, la collaboration active de la Police sous Vichy, etc…