Le couteau fait couler beaucoup d'encre et de pixels, il excite les passions depuis toujours. Outil, compagnon de moments de vie, arme honnie, effrayante ou fascinante, symbole du rite initiatique à l'âge adulte, le couteau est tout cela à la fois.
Mes premiers contacts avec les couteaux furent abstraits et romantiques. Ils décoraient les bureaux ou ateliers de mes grands pères, grands couteaux h'mong de campagnes au Tonkin, dague SAS posée sur un vieux béret ou fort couteau de chasse réalisé à la main dans une grosse lime. C'étaient autant de synonymes d'aventures fabuleuses.
Plus tard, il y eu les sorties en mer et campagne où les canifs en corne blonde et autres opinels fabriquaient des abris et de petits pièges bravant l'interdit au nom de la culture. un jour ces petits couteaux changeaient de main et signifiait un autre regard des adultes, un passage, un rite millénaire comme aux origines.
Puis il y eu la confrontation à une réalité hideuse, ce qui servait à construire, à partager et à transmettre servait aussi à blesser, détruire et aliéner. La prise de conscience alors de l'aspect terrifiant de cet objet peu couteux, facile à dissimuler et permettant sans formation et sans besoin de force d'infliger des blessures terribles et définitives. Le couteau fut souvent un ennemi dans des mains hostiles et aussi un allié dans le creux de la mienne.
Bien plus tard grâce au travail de véritables magiciens, j'en découvris l'alchimie et au gré des couleurs, de l'odeur de charbon et du fracas des marteaux, il matérialisa le génie des hommes et s’enrichit alors de leurs suppléments d'âmes.
Pourtant aujourd'hui le couteau est honnit, il matérialise les instincts les plus bas et la violation du tabou suprême de la violence au sein d'une même espèce. On traque alors l'objet comme si à lui seul il pouvait par un sortilège intrinsèque pervertir son porteur.
Malgré ce, je porte tous les jours un couteau, il me permet dans un monde ultra normatif de me rappeler que je suis encore un être libre et unique et si par ce je transgresse en toute conscience la loi, je respecte une loi bien plus ancienne me permettant d'agir sur mon sort, un droit qui s'assortit toujours de devoirs équivalents.