Comme promis voici un petit RETEX sur mon voyage d'un mois au japon...
Un mois en solitaire au Japon m’a permis, au détour de mes nombreuses rencontres, d’aborder avec les Japonais la question du nucléaire pour des réactions à chaud, juste après l’incident de Fukushima et surtout son classement au niveau 7 … avec création d’une zone interdite…
Je dois dire que les Japonais, même s'ils n'ont pas été réticents, ont - du fait de leur discrétion habituelle - parfois eu du mal à s’ouvrir. On sent que la question dérange et surtout qu'ils ont du mal à prendre position.
Ils sont comme nous, extrêmement dépendants de l'électricité en général, et de l'énergie nucléaire en particulier. En revanche, il est évident que cette catastrophe a été vécue comme un traumatisme.
Le Japon connaît pour la seconde fois de son histoire un drame nucléaire après avoir subi les 2 bombardement d’Hiroshima et Nagasaki. Pour avoir visité le mémorial pour la paix d'Hiroshima, je peux affirmer que la plaie du nucléaire militaire ne s’est pas encore refermée au Japon. Quant au nucléaire civil, beaucoup de Japonais, peu ou mal informés, ne connaissaient pas les risques potentiels des centrales.
De plus, l'attrait d'une énergie disponible en grande quantité et à bas prix a permis aux nombreuses sociétés privées d'électricité de prospérer et de prendre certaines libertés avec les mesures de sécurité. En parlant ouvertement du débat qui a été lancé en France et de la victoire des Verts en Allemagne, les gens que j'ai rencontrés ont eu le sentiment qu'ils n'étaient pas seuls à remettre en question cette source d'énergie.
Lors de ma traversée du Japon, je suis passé dans une partie de la zone sinistrée et notamment à Sendai où, si l'on s'éloigne de quelques kilomètres de la mer et des zones touchées par le tsunami, très peu de destructions sont visibles. Seuls quelques toits protégés par des bâches et une présence militaire accrue viennent rappeler le désastre qui a touché cette région. Les Japonais très disciplinés et animés d'un patriotisme hors pair se sont très rapidement mis au travail afin d'effacer au plus vite les traces de cette tragédie.
La plupart des personne que j’ai rencontrées ne se prononce pas pour ou contre une sortie du nucléaire civil au Japon car elles sont conscientes de la difficulté et de la durée qu'il faudra, mais tous sont d'accord pour dire qu’il faut trouver au plus vite et développer des énergies renouvelables. Ce sentiment a été confirmé par les annonces faites par le Premier ministre japonais, Naoto Kan, qui a annoncé que le Japon va renoncer à augmenter la part du nucléaire dans la production nationale d'énergie. Le projet de passer de 30 pour cent actuellement, à 50 pour cent d'ici 2030, est donc annulé. Pour celui-ci, le Japon doit « reprendre du début » sa politique énergétique à long terme. Le pays va s'appuyer davantage, sur les énergies renouvelables, comme le solaire, l'éolien et la biomasse. Lorsque l'on connaît la puissance du Japon en matière de recherche et de développement, on peut se demander si, une fois la crise du tsunami résorbée, on ne sera pas a l’aube d'avancées technologiques majeures dont le drame de Fukushima aura été l’electro-choc déclencheur.