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Stages de survie CEETS

Auteur Sujet: Soudain je suis SDF  (Lu 40324 fois)

04 juillet 2009 à 18:22:26
Réponse #100

vagabond



L'homme est un loup pour l'homme si il veut, seulement si il veut...

Si je peux me permettre, c'est heureux et justifie la fin de ma phrase


mais parmi eux, il reste quelques enfants rieur qui chante l'espoir avec leurs yeux.


J'ai mes heures minutes poète et d'autre heures contemplatif.

Vagabond

04 juillet 2009 à 18:40:39
Réponse #101

Anke


Bon tout ça c'est bien mignon ( c'est bien de l'avoir dit) mais concrètement, quand on se retrouve dans la rue avec trois sacs poubelles ( y'a à peine une paire de chaussettes et une tranche de jambon dedans), l'objectif, il est pour les 10 heures à venir. Repas, dormir.
Y'a une soluce qu'on a pas envisagé, je crois, c'est l'hosto ( on peut simuler un truc si on veut. Tiens une feinte pour "avoir" de la fièvre avec un thermomètre rectal : Petites pichenettes toutes douces sur le cul du thermomêtre, ça fait monter le mercure, rester dans les limites du raisonnable un 38.5 ou 39° suffisent. Attention de ne pas fractionner la colonne de mercure, sinon faut recommencer). L'hosto a pour vocation d'acceuillir tout le monde, c'est sa mission. Les toubibs( et les directeurs d'hopitaux) ne prendront pas le risque de refouler quelqu'un de peur de voir leur responsabilité engagée si pb de santé non gèré... ça peut donner un peu de "champ"...

04 juillet 2009 à 19:07:07
Réponse #102

vagabond


Ce que je vais écrire maintenant va faire hurler mais ce n'est pas le 2/3 premiers jours qui sont problématiques, mon vécu, il me reste quelques monnaies et manger ne me semble pas si urgent que ça, j'y crois encore, je veux encore faire autrement, je ne suis pas encore SDF.

C'est après que les choses se gatent, rien dans le ventre et là, manger devient une urgence mais paradoxalement, je ne pouvais me résoudre à mentir aux gens qui passent leur vie à en sauver.

Le coup de se faire admettre aux urgences est assez connu, même par les toubib des urgences je pense, mais ils ferment les yeux régulièrement. Je n'ai jamais franchi le pas, peut-être par pudeur mais surtout parce que je pense que tous les personnels qui réagissent dans l'urgence méritent notre respect. C'est bien grace à eux que bon nombre de famille sont encore des familles.

Frapper pas la tête

Vagabond

« Modifié: 04 juillet 2009 à 21:17:31 par vagabond »

04 juillet 2009 à 19:59:44
Réponse #103

Anke


Bon alors, Vagabond, c'est quand qu'on est SDF, y'a un moment particulier, un évènement qui te fait te dire : " Cette fois, ça y est, je SUIS un SDF ? Nous on sait pas. Comment combattre ça, comment ne pas renoncer ? T'as des pistes ? Là on est dans la réflexion en "amont" ( je veux dire que t'es pas contraint de raconter ta vie, mais juste donner des pistes de réflexion parce que toi t'as connu. Bref ma pensée est celle là : Toi qui sait, peux-tu orienter notre réflexion en posant des jalons, des balises d'alerte qui , si on se retrouve dans cette situation, déclencheront des réactions qui nous permettrons de nous sauver le cul ?)
Avec toutes mes amitiés
Anke.

Ps: là on tourne presque au dialogue entre deux mecs, si ça pose un pb, le modo de garde( ou le Manitou) il dit et on finit en mp ou au tel. Mais au final si on aboutit à un truc construit, Wiki ?

04 juillet 2009 à 20:53:58
Réponse #104

vagabond


Le moment ou on devient SDF, pour moi toujours, est dans la tête. En clair, pas pu dormir pendant deux nuits parce que je n'ai aucun repère, je suis fatigué et par dessus le marché, j'ai un peu négligé l'alimentation mais je suis complètement paumé, je ne comprend rien à ce qui m'arrive, je me repasse inlassablement le film qui à fini par me foutre dans cette m*rde.

Comment ? Je crois que c'est ma seule obsession.

Après, ça s'embrouille, 2, 3, 4 jours, je ne sais pas exactement, mais il a bien fallu que je me rende compte que j'étais au tapis. C'est comme un cauchemar, quand on rêve qu'on chute dans un vide sans fond, c'est la même chose mais éveillé, tout est réel, on a pas trouvé de solution, on a perdu. C'est cette dernière idée qui habite dans tout le cerveau, on est un perdant, un rejet, un déchet, ça devient l'idée maitresse de tout ce qui suit.

C'est fini de l'homme social, l'homme rebus vient de naitre et comme toute naissance c'est très douloureux.

L'abandon des derniers repères, plus de fierté, c'est dur d'aller faire les poubelles pour bouffer, mais il n'y a pas d'autre alternative, quitte à descendre au huitième sous-sol de la vie, autant y aller d'un coup, après il "ne reste plus qu'a remonter".

C'est simple de glisser sur une branche humide, c'est encore plus simple de chuter de son piedestal social.

Vagabond

P.S.: Je peux répondre à toute question que vous vous posez sur le forum

04 juillet 2009 à 21:10:08
Réponse #105

nemesys


...
Ps: là on tourne presque au dialogue entre deux mecs, si ça pose un pb, le modo de garde( ou le Manitou) il dit et on finit en mp ou au tel. Mais au final si on aboutit à un truc construit, Wiki ?

perso, je suis avec un grand intérêt, je n'interviens plus trop parce que je ne voudrait pas que par maladresse ( et c'est très facile de blesser les autres, je l'ai appris à mes dépends  :-\...)le post parte en c*u!lle et soit clos !

04 juillet 2009 à 21:15:34
Réponse #106

vagabond


Je vais ajouter quelques mots, le moment ou on prend conscience que tout est fini, qu'on vient de basculer dans un autre monde, on perd pied, au sens psy mais aussi physiquement, comme si une partie de ce qui fait l'homme qui se tient debout, face aux problèmes, s'est envolée, partie cette belle énergie, le vide. Foutue la belle assurance qu'on peut arriver à tout vaincre, cette fois c'est bien fini.

Je ne me laisserai jamais vaincre par l'adversité, belle promesse que je me suis fait, mais aujourd'hui elle ne vaut plus rien si ce n'est de faire plus mal encore.

Juste un petit bout pavé, pour que nous prenions le même train sans nous tromper de gare.

Vagabond

Nemesys, tu peux intervenir sans aucun problème, c'est une discussion ouverte.

05 juillet 2009 à 09:55:04
Réponse #107

vagabond


Bonjour à tous et à toutes,

Je reviens ce matin, car j'ai un peu de mal à trouver les mots, et parfois je ne sais même pas s'il existe.

Etre au tapis, voila, c'est maintenant, j'avais perdu pied et d'homme je suis devenue zombie. Je ne saurais dire avec exactitude combien de temps j'ai erré sans but, jusqu'au moment ou la chance frappe à ma parka.

Il y a d'autre type au tapis, déjà dans leur role de SDF, ils ont la même histoire que la mienne, ils ont été anéantis aussi et ils ont souffert le néant. Mais ils connaisse depuis plus longtemps que moi cet enfer, ils m'accostent avec une pudeur que je ne peux décrire, et me propose de faire un bout de chemin avec eux. Ils ne jugent pas, ils sont là pour donner un peu de leur temps, cela peut sembler peu mais c'était le plus beau cadeau qu'ils puissent me faire.

Quand je parle de chance dans ma vie, même les gens qui ne connaissent pas tout se demande de quoi je parle. C'est simple : J'ai de la chance. Evidemment, si on regarde les apparences, je perçois direct une chemise à lacets (je sais, elles ont disparues de hopitaux), pourtant je sais que j'ai énormément de chance, les types qui viennent à ma rencontre, sont des gars qui se sont fait débarquer comme moi-même, et ils ne sont ni alcooliques, ni violents. Sur l'instant, je ne mesure pas cette chance, mais il ne m'a pas fallu longtemps pour le comprendre.

D'ailleurs, à ce propos, je ne sais pas quel est l'hypcrite qui a décidé que mars est un bon mois pour jeter les gens à la rue, parce que c'est une saison de m*rde pour aller crever sur le trottoir, il fait froid, il pleut, il fait froid et les nuits sont glaciales sans trop pouvoir se réchauffer, si ce n'est en grelotant.

UN PETIT DETAIL SUR CES TEXTES, IL NE SONT PAS DANS L'ORDRE, JUSTE DANS L'ORDRE DE MES SOUVENIRS.

vagabond

05 juillet 2009 à 16:23:58
Réponse #108

Anke


Bon, j'essaie de comprendre et du coup je reverbalise avec mes mots, vous corrigez si je déc*nne.
Si j'ai bien compris être sdf( tout du moins dans le contexte que l'on évoque), c'est pas une situation physique ou une apparence physique.
Je peux être sale, mais avoir un domicile, y'a pas nécessairement de relation entre les deux.
Je peux ne pas avoir de domicile fixe, mais ne pas être sdf. Un campeur n'a pas de domicile fixe : Criss Kenton( coucou si tu nous lis, s'pèce de sauvage !  ;)) qui fait le tour de l'Europe, c'est pas un sdf par ex.

Qu'est-ce qui nous reste pour comprendre ?
Tu le dis bien Vagabond : " c'est dans la tête..."
Citer
je me repasse inlassablement le film qui à fini par me foutre dans cette m*rde.....Je crois que c'est ma seule obsession.

Perso, je crois que l'écueuil est là, ce put**n de caillou qui fait que l'on se déprécie et que finalement on devient ce que l'on pense qu'on est.
Le seul combat à mener est là et c'est le même combat qu'un gamin timide doit se livrer à lui-m^me pour s'affirmer, c'est le même combat qu'un employé qui se fait marcher sur la gueule par un petit chef doit mener. C'est le même combat que celui qu'une femme qui se fait taper dessus par son enc**é de bonhomme doit mener itou.
Mais pour ces combats là, faut s'entrainer avant. Voir le verre à moitié plein plutot qu'à moitié vide, il faut le vouloir, c'est une discipline, il faut s'obliger à penser comme ça. Après ça devient un réflexe, ou tout du moins on a l'expérience qu'en pensant comme ça : " positif", c'est moins dur d'avancer.
Et tout est bon, on peut faire feu de tous bois pour casser la séance inlassable du film et pêter le projecteur !

Passer d'un obscession à une autre, mais aller vers une obscession qui te permet d'avancer.

Je ne fais plus grand chose dans la maison depuis quelques mois, je suis pas sûr de la garder. Pendant un moment, je dormais avec ça, je me levais avec ça, je vivais avec ça et "on" allait me bouffer tout cru, sans que je ne fasse plus rien. Et puis ça m'a vraiment fais trop chier, alors j'ai fait un couteau, puis deux, puis trois... et doucement j'ai changé ma vision des choses, j'ai plus pensé à mes surins qu'à mes pbs, j'en étais sorti, et j'arrivais à regarder tout ça avec plus de distance. Un peu comme si je me regardais de l'extérieur et faisais le "bilan".
Mais encore une fois en positivant, pourquoi penser tout le temps à ce que l'on a perdu ? ça va le faire revenir ? Bien sûr que non, on le sait tous. Penser comme ça, en regrettant le passé ou en essayant de comprendre pourquoi ou comment ça s'est passé comme ça sert-il à quelque chose ? Oui, a PREPARER L'ECHEC de demain !

En rando, c'est pareil : OUIIIIIIN ! ma gourde elle est percée ! J'ai plus d'eau ! Est-ce que je vais perdre mon temps à chercher le petit trou de m*rde qui ma fais perdre mon bon mélange aqueux tout plein de bonnes choses que j'avais préparé pour mon petit corps d'athlète ( quoi ! c'est-y qui y'en aurait qui en douteraient ? Connaissez pas la Bête, feriez moins vos malins .... :lol:).
Pas le temps, le soleil cogne, j'ai plutot intérêt à me magner d'en trouver et au moins d'essorer( quitte à suçoter) mes vêtemenst qui ont fait "éponge", comme ça je vais en récupèrer un peu, j'aurais pas tout perdu( Penser "verrre à moitié plein" !)

Penser à ce qu'on a perdu, fait de nous un perdant.
Penser à ce qu'on va gagner, ça fait de nous un gagnant...
Poser le sac, faire l'inventaire de ce qu'on a, de ce qui reste, pas de ce qu'il n'y a pas, ou de ce que l'on a plus et de ce qui ne sert à rien. Faire le ménage...

05 juillet 2009 à 18:43:41
Réponse #109

vagabond


Je crois que tu as tout compris, ou tout du moins le principal parce que je ne peux apporter que ma petite expérience.

C'est effectivement dans la tête que tout ce joue, mais c'est valable dans tous les actes. Exemple idiot, je ne suis pas mécanicien, et j'ai de gros problème avec mon vélo, j'ai pas de rond, alors je réfléchi comment je peux me débrouiller pour m'en sortir, la déchetterie est une bonne source en pièce, je démonte plusieurs fois, et je remonte comme je viens d'apprendre en démontant, je suis entrain d'apprendre, de m'en sortir et je vais avoir un vélo qui roulera bien.

Le chemin que tu as pris pour te sortir de la tête les problèmes que tu rencontres avec ton chateau, tu rejoins la forge et les étincelles deviennent des feux de bingales pour que les lames naissent.

Une fois qu'on a pris conscience qu'on est au tapis, il ne reste plus qu'a apprendre à remonter, parce que là, il y a juste à apprendre à vivre autrement, des moeurs différents, une violence quotidienne et non masquée, enfin un monde qui a ses codes, il faut les apprendre.

C'est facile devant le clavier, il fait chaud, j'ai à manger, et je ne suis pas dans un monde sans repère, et personne ne risque de me sauter dessus à chaque instant. Mais dans la rue, c'est tous ça à la fois.

Comme je l'ai écris dans un autre post, j'étais autonome depuis l'age de 17 ans, la vie m'avait déjà filé pas mal de leçon, je croyais être blindé et je n'ai pas eu le temps de dire ouf, que mes jolies certitudes ont volé en éclat.

Il faut comprendre maintenant un trait de mon caractère, j'avance coute que coute, sur ma voie pour mener ma vie. Jamais rien n'a réussi à me faire dévier assez longtemps pour que je perde de vue la destination que je me suis fixé. Comprenons nous bien, je ne suis certainement pas un exemple à suivre, mais c'est quelque part dans mes gènes, une vraie tête de mule.

Il y a aussi, en paralèlle, une dose de résignation, si je ne peux passer par la grande porte, et bien, je fais avec et je passe par la petite voir par la fenêtre. Mais j'irai ou j'ai décidé d'aller.

Il y a quand même une précision que je dois faire, c'est les jours qui conditionnent la suite, plusieurs choix, devenir clochard, c'est à dire sale, répugnant et alcoolisé jour et nuit, c'est un choix mais ce n'est pas le mien. C'est d'entrée de jeux accepter de vivre de la manche en faisant pitié, tout du moins en essayant.

Une autre école, est celle des types qui choisissent de rester propre tant que possible malgré que le problème vêtements n'est pas simple. Pour vivre en mars, quand on a une maison, quelque soit les vêtements inter saison que l'on porte, ça va. Dehors, c'est une autre paire de manche, malnutrition et mauvaise nuit vont de paire avec un froid glacial dans tout le corps. S'ensuit des tremblements plus ou moins perceptibles, et presque continues. Alors on essaie de s'habiller chaud sans devenir des cloches.

Mais ça va dépendre de beaucoup des gens que nous allons rencontrer à ces moments charnières, il s'en faut de peut que ce soit des pro et que les choses dérapent, soit en intégrant le groupe soit en devenant la victime de ce groupe, avec des conséquences plus ou moins traumatisantes.

Ce sont les mois à venir qui vont être les plus durs, pas seulement physiquement mais bien plus psychologiquement, il faut reconstruire. Admettre la défaite et la digérer, puis repartir avec ses moyens en sachant qu'on a plus aucun des artifices qui aident normalement à vivre dans la société.

Il existe les aides sociales, mais pour y avoir droit, il faut une adresse et pour avoir une adresse, il faut avoir droit aux aides sociales. Je ne sais pas quel petit malin à trouvé un truc pareil, mais franchement, plus compliqué, ça va être dur à faire.

Moi, qui suis d'un naturel doux et gentil (ce ne sont vraiment pas des qualités) même si j'ai un vécu qui me l'a prouvé mainte fois, je suis surpris de mon immersion dans un monde ou il faut serrer les poings presque tout les jours, et cogner le plus fort possible, la loi de la jungle dans son expression la plus bestiale. C'est la même chose que dans la société, à part que nous défendons notre position sociale avec des artifices "civilisés".

Attention, ce n'est pas des combats singuliers mais bel et bien des traquenards sans règles, sans arbitres. Il faut vite apprendre ce qu'est un casse tête, et s'en servir sans réfléchir, exemple, un squat, il pleut et le nombre de place est obligatoirement limité, deviner qui dort au sec, celui qui tape le plus vite et le plus fort. Ca implique aussi que chaque jour qui passe, il faut être en forme ou se planquer. D'ou l'importance des types avec qui ont "traine ses grolles".

Un détail qui peut s'avérer être un sacré garde fou pour un lecteur qui se demanderai si ce n'est pas une bonne école de la vie, pour la tendresse et plus si affinité c'est ceinture, nada, niet, rien ni personne. D'abord parce qu'il y a très peu de fille sur le bitume (et on évite les exemples du bois de boulogne), ensuite, pas facile d'inviter un géraldine dans un squatte pouilleux et minable pour un repas en amoureux devant les restes du resto du coin sans passer pour un gougeat.

Vagabond

P.S. : Vous parlez du sexe opposé m'est venu en lisant le post : Comment vivre longtemps.

P.S. : J'ai modifié cette intervention pour essayer d'être plus clair
« Modifié: 06 juillet 2009 à 09:41:11 par vagabond »

07 juillet 2009 à 08:30:36
Réponse #110

vagabond


Je crois que j'ai fait le tour du coté psy du voyage, alors je vais abordé le quotidien, le mien car c'est le seul que j'ai connu.

Je l'ai déjà écrit, la chance joue un grand role, je ne fais pas d'illusion sur ma capacité à m'adapter, surtout les premiers jours (pas eu beaucoup de temps non plus, je suis passé de 3 000 € par mois à 0, nada, rien, quelques mois et je me retrouvai dehors).

D'abord, il faut s'habiller chaudement sans avoir l'air de sortir de la crise de 29, c'est le déguisement qui attire les emmerdes et surtout ferme les portes des autres vies.

Partout, il existe des magasins, entrepots qui font dans la fringue d'occase, mais le fin du fin, ce sont les secours populaire ou catholique dans lesquels tout SDF peut trouver de quoi s'habiller chaudement. C'est le moment de faire preuve d'intelligence, pour être sur de ne pas mourrir de froid, il faut regarder du coté de fringue de professionnel, une de mes acquisitions est un pull de gendarmerie (je le détestais pour ce qu'il représentait), c'est vraiment lourd mais très chaud et très confortable. En chaussure, j'ai ce qu'il faut, des chaussures de sécurité, chantier oblige, de type caterpilar. Elles dureront quelques mois, et après je passerais aux rangers, ça a presque tous les défauts du monde, sauf un, c'est indestructible et avec le temps elles deviennent confortables.

Un de mes nouveaux amis, me recommande de prendre des sacs de voyage, et m'aide dans leur rangement. Il me conseille aussi de m'équiper d'une musette dans laquelle je mettrai ce dont je ne peux me "passer". On peut se passer de tout, mais certains objets nous sont plus indispensables.

La nuit, c'est pas franchement le plus simple, d'abord il y a les raffles pour "nanterre", je n'y ai jamais mis les pieds mais ce que j'ai entendu ne donne pas envie d'y prendre ses quartiers. Ensuite, il y a les rondes de police, ils sont sympas, ils ne nous embarquent jamais mais savent passer leurs nerfs sur quelques SDF, au hasard des rencontres. C'est plus facile que de faire règner l'ordre dans les banlieues (ce n'est que mon avis).

Les nuits sont toutes pareilles et ne se ressembles jamais. La violence s'exprime librement, entre les pros qui veulent profiter des bleus que nous sommes, en général, ça se passe très mal et on ne peut compter que sur soi, heureusement qu'en général, on est pas seul. C'est la même chose que dans la vie, tout homme intelligent évite, tant que possible, l'affrontement. Surtout, que ces couards sont capables de s'organiser en mini armée, et débarquent à 15 ou 20, il faut faire vite pour déguerpir si on ne veut pas prendre un mauvais coup. Quand l'affrontement est inévitable, il ne faut pas taper pour taper mais pour descendre, de toute façon, leurs mains sont remplies d'objet en tout genre qui vont servir de casse tête. Au début, je ne savais pas, alors j'ai pris des coups, les cotes tuméfiées, dents cassées et j'en passe. Le lendemain, je trouvais un fer à béton de 22 qui formait une sorte de S, et qui est venue prendre place dans ma garde robe de campagne.

Il parait que les arts martiaux utilisent ce type d'arme, je ne sais pas vu que je n'y connais rien en art martial, par contre tout impact avec un truc comme ça dans la main est d'une éfficacité redoutable.

La nuit, j'avais l'habitude de dormir, maintenant c'est uniquement se reposer, someiller mais rester sur le qui-vive, de toute façon, j'ai trop froid pour dormir pleinement mais surtout c'est trop dangereux.

Nous avons toujours évité les endroits civilisés, type parking, gare et autre néons de la vie moderne, tout simplement parce que ce sont des endroits protégés par les "forces du désordre et du chaos".

Les squats, c'est pas mal, on est à l'abri, et si on a de la chance, on peut presque y prendre ses habitudes, un confort certain et pour peu qu'il soit petit, il n'intéressent pas les pros du bitume qui vivent en horde plus ou moins organisée.

Beaucoup d'étrangers en situation plus ou moins régulière vivent dans des squats et sont assez sympa pour filer des tuyaux, voir une place pour poser sa couverture. C'est bon pour le moral, en même temps ça relativise ma misère car certain sont condamné à survivre dans ces conditions avec femme et enfants, c'est triste et ils gardent malgrè l'adversité, le sourire et l'espoir. Pauvre petit "bourgeois" que je suis, j'ai failli à tous mes devoirs, en premier lieu ne pas perdre pied.

Une apparthé politiquement incorrecte, j'ai assisté plusieurs fois à des plans sociaux pour aider les étrangers à ne plus vivre dans de telles conditions. La première phase, entre 5 et 6 heure du matin, un cordon de CRS casqués, bottés et armés se met en place, et la deuxième phase commence, une charge en règle ou ils cognent sur femmes et enfants avec autant de plaisir que sur les hommes, tout les squatteurs sont parqués dehors et emmenés de force dans de vieux bus grillagés. Je n'ai jamais su ce qu'ils devenaient réellement, mais je sais qu'il est indigne d'un pays qui se veut un exemple d'agir de cette manière.

Puis vient le matin, chacun d'entre vous prend son café, comme moi aujourd'hui, dans la rue je prenais un grand bol d'air et je commençais une longue marche qui ne mène nulle part.

Chaque nuit et chaque jour se ressemblait mais n'était à nul autre pareil, mais ils avaient en commun d'être sans autre repère que la survie immédiate, c'est un monde sans projet, sans avenir mais avec le passé de chacun.

08 juillet 2009 à 13:17:04
Réponse #111

Jettero


On fait parfois des rencontres surprenantes.
A une époque j'étais gérant de supérettes et j'avais un sdf qui vendais ses œuvres tous les dimanches matins en face de ma boutique.
Un matin en allant chercher au troquet du coin le café pour ma collègue et moi au lieu d'en prendre 2 j'en ai pris 3.
La gueule qu'il a fait quand je l'ai invité à nous rejoindre... La gueule que j'ai fait quand la semaine d'après il est arrivé avec les 3 cafés.
c'est vraiment quelque chose que je n'ai pas oublié.

Après on a beaucoup discuté au fil des quelques semaines que j'ai passé dans cette boutique et je crois que je ne l'ai jamais entendu se plaindre ni d'ailleurs me demander quoi que se soit.

08 juillet 2009 à 13:55:33
Réponse #112

vagabond


Bonjour,

Après on a beaucoup discuté au fil des quelques semaines que j'ai passé dans cette boutique et je crois que je ne l'ai jamais entendu se plaindre ni d'ailleurs me demander quoi que se soit.

Il y a une grosse différence entre un SDF et un mendiant. Certains mendiant on même un logement, ce sont des gens qui ont fait le choix de vivre de la charité, de faire pitié. Pour certains autres, ils sont effectivement SDF, mais c'est encore un choix de comportement.

Les vagabonds essaient encore de vivre par eux-même, en bricolant "des petits avions", comme mon copain, ou d'autres bricoles. Il y a d'autre source d'approvisionnement, les poubelles bien sur, mais elles deviennent de plus en plus maigre. Il y a aussi les encombrant ou on peut récupérer des tas de trucs qui peuvent se revendre et de temps en temps, un peu d'intérim et un peu de black.

Pour beaucoup d'entre nous, il est impensable de demander quoique ce soit, on connait trop les réactions du plus grand nombre, et les "t'as qu'a travailler fainéant" jusqu'au "dégage pouilleux" font mal, alors ce n'est pas utile de se foutre soi-même des coups dans la gueule.

Physiquement, le plus dur est la malnutrition, un repas par jour quand on a de la chance, ça maintient en vie mais ça ne laisse pas assez d'énergie pour arrèter de trembler même si c'est souvent imperceptible.

Ce matin, j'ai appris de la bouche d'un psychiatre qui donne de son temps pour les démunis, que tous les SDF souffrent d'une patologie particulière qu'il définit comme une dépression nerveuse que chacun jugule comme il le peut. Elle serait du principalement à cette malnutrition récurante chez les pariats du grand banquet de la vie.

Par expérience, je sais qu'il a raison même si c'est dur de ce dire qu'on est encore dans cette m*rde pour encore un moment.

J'espère ne pas être trop long.

Vagabond

08 juillet 2009 à 16:48:43
Réponse #113

treant2


En rapport avec ce sujet, il y a une question que je souhaite aborder :

Au vu de la condition psychologique nécessaires à la survie en tant que SDF, comme se passe l'éventuelle réinsertion, si elle est possible ?

ça ne doit être ni facile, ni rapide...

08 juillet 2009 à 20:41:24
Réponse #114

vagabond


LA REINSERTION,

Vaste sujet, tout dépend ce que tu appele réinsertion, pour ce qui est de quitter le bitume, aucun soucis mais pour le reste, le travail et tout le cortège de messages sociaux qui vont avec : C'est pas gagné.

Bien sur, je ne peux parler que de mon expérience, mais après avoir travaillé toute ma vie et m'être fait jeter comme un déchet, un inutile, évidemment que j'ai du mal à croire que le statut social puisse avoir une quelconque importance. Je suis même sur du contraire, c'est un leurre pour maintenir chacun à sa place et qu'il ne fasse pas chier. Analyse perso que je ne peux développer sur le forum.

Alors, oui, on peut sortir de la rue mais reprendre une activité professionnelle, si ça arrive un jour, pour l'instant je ne suis pas prêt. Surtout que je ne suis plus, comme les autres d'ailleurs, dans le système qui dit j'achète, je suis heureux. Aujourd'hui, un achat est quelque chose d'assez rare pour que je le réfléchisse, il ne me rend pas heureux mais il est obligatoirement utile.
Un exemple, j'avais besoin d'un pliant solide et relativement peut cher, grace à tous les témoignages que j'ai pu lire ici, j'ai fait l'acquisition d'un pocket bushman, en fait j'ai demandé à des amis de bien vouloir faire un achat sur la toile pour moi.

Si vous voulez des précisions, pas de soucis ...

Vagabond

 


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Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
avec bienveillance, curiosité et un appétit pour le dialogue et la réflexion que l'interlocuteur peut susciter. »


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