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Auteur Sujet: [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons  (Lu 76477 fois)

13 janvier 2011 à 16:29:20
Réponse #50

thorgaal


@Madudu : tes commentaires sont bienvenus, je me souviens de pas mal de détails, mais effectivement, j'avais oublié la bouteille de pinard, chacun son truc  ;D

Le 4 octobre, nous n'avons toujours pas retrouvé le GR, mais nous avançons tant bien que mal vers le Sud, de hameaux perdus en trous paumés...

Dans la matinée, il pleut quelques gouttes, mais rien d'embêtant. En revanche, en début d'après-midi le temps se gâte sérieusement, bourrasque, pluie forte, etc...

Nous cherchons refuge dans une ferme, mais il n'y a personne, il y a pourtant une voiture dans la cour et deux béliers dans un petit parc, à part ça tout pousse à croire que l'endroit est abandonné.

Tout est fermé, nous trouvons refuge sous un petit auvent en tôle, mais il est bien attaqué par la rouille et fuit de toutes parts, nous tendons la Tarp tant bien que mal, le vent ne cesse de tourner, mais nous sommes au seul endroit où le sol est encore à peu près sec, alors pas question de bouger.

Dans la prairie face à nous, l'agriculteur voisin épand successivement 5 bennes de fumier sous une pluie battante :o.

Nous restons la plusieurs heures à le regarder en attendant que la pluie se calme. Au bout d'un moment, il s'arrête et entreprend de rentrer ses vaches pour la traite, celle-ci doivent passer sur la route juste devant nous, mais elles ont l'air effrayés par mes moutons. Je sors les cacher derrière une haie, les vaches, à peine rassurées, passent devant nous au petit trot, une à une.
Le paysan les suit, nous saluons, il nous dit un rapide "bonsoir" et continue son chemin en nous ignorant totalement. Nous en sommes presque frustrés : nous sommes là, au bord de la route depuis des heures, assis sous un abri de fortune par un temps épouvantable, et il ne nous a pas posé la moindre question, c'est tout juste s'il nous a regardé.

La pluie se calme un peu, nous décidons de retenter notre chance en allant lui acheter du lait. Pas de problème, c'est 50c le litre, nous en prenons 3. Sa femme nous sert avec un sourire rituel. Pas un mot de trop, nous repartons avec notre lait, mais nous aurions bien aimé qu'on nous propose de nous mettre au chaud, ce qui paraissait quand même assez naturel vu les circonstances. Mais bon, les traditions se perdent...

La pluie est maintenant très faible nous repartons pour trouver un endroit où dormir, la nuit tombe très vite et la frontale n'a presque plus de piles, nous sommes forcés de nous installer dans un pré clôturé, c'est contre nos principes mais c'est notre seule chance d'être à peu près bien installés...
L'herbe y est bien rasée et il y a des bouses partout, mais pas de vaches en vue, ce pré ne va probablement plus être utilisé cette saison, après un tout rapide pour vérifier qu'il n'y a vraiment plus de bétail nous nous installons en vitesse dans l'obscurité croissante.

Pendant la nuit, je suis sujet à quelques problèmes intestinaux, tandis que la pluie à bien évidemment repris de plus belle. Après réflexion, j'ai assez vite fais le lien avec les noix fraîches dont je me goinffrais la veille, sans prendre la peine d'enlever la peau. Il me fallut bien ça pour comprendre qu'éplucher les noix fraiches n'est pas vraiment une perte de temps, à la fin on s'y retrouve  ::)
« Modifié: 13 janvier 2011 à 16:39:11 par thorgaal »
Tant dort le chat qu'à la fin il s'éveille.

13 janvier 2011 à 17:09:35
Réponse #51

thorgaal


Pour ceux qui l'aurait zappé, je vous redonne le .kmz du voyage, à ouvrir avec google earth, vous pouvez désactiver les repères pour y voir plus clair (pour ceux qui n'ont pas GE ça marche aussi en ligne avec gpsvisualizer).
Je précise que j'ai pas de GPS donc j'ai refait la trace de mémoire en m'aidant des notes prises pendant le voyages, si je me suis pas planté ça doit coller avec le récit.

trace.kmz
« Modifié: 13 janvier 2011 à 18:23:48 par thorgaal »
Tant dort le chat qu'à la fin il s'éveille.

13 janvier 2011 à 17:10:11
Réponse #52

Madudu


Le lendemain matin, nous sommes réveillés par... une vache  ;#
Je sais pas d'où elle sortait, j'avais fait le tour de la pâture la veille   :huh:
Mes boyaux vont mal, de même que Thorgaal, mais pour ma part il s'agirait plutôt du lait qui fût ma seule nourriture de la journée précédente. Et comme un malheur ne vient jamais seul, j'ai un terrible mal de dos, sans doute dû à la position dans laquelle j'ai dormi. D'une manière générale j'ai du mal à dormir sur du dur, et ce n'est pas le therm a rest qui rend la chose confortable...
Le mal de dos passe à mesure que je bouge, mais la douleur subsistera encore un moment (plus d'un journée me semble-t-il).

Pour la suite, Thorgaal ?  ;#

13 janvier 2011 à 17:43:59
Réponse #53

thorgaal


Y faut tout faire ici !  :wife:

Madudu, tu penseras à mettre ta liste de matos et son évolution, de mémoire j'étais pas sûr alors je l'ai pas donné.

Le lendemain donc, la pluie n'ayant pas cessé, ce fut grasse mat' pour tout le monde, malgré la vache qui, après avoir fait le tour de la tarp en la reniflant avec curiosité, et en prenant heureusement soin d'enjamber les haubans, s'en fut dans la partie haute du pré, et on ne la revit pas.

Pendant ce temps les brebis profitait elles aussi des quelques touffes d'herbe grasse restantes.



Vers midi, la pluie cessa et nous pliâmes finalement bagages (ça y est je suis reparti dans les "âmes"  :glare:).



Un fois sortis du pré, Madudu jeta un oeil à la boussole, et fut pris d'un affreux doute... "Dis-moi Pierre, le côté rouge de l'aiguille, ça indique le Nord ou le Sud?"
"Heu, le Nord, il me semble"
"Eh m*rde..."
Nous étions en train de nous rendre compte que la veille au soir, nous avions marché dans la mauvaise direction pendant près d'une heure. Je précise que je suis autant en cause que lui, puisque j'avais parfaitement remarqué que nous laissions le soleil couchant sur notre gauche, sans que cela me choque le moins du monde.
Mais passons, cette erreur fut vite rattrappée. Et nous retombâmes même très vite et par le plus grand des hasard, sur le balisage du GR.
Et ce fut à nouveau un chemin de crête magnifique, d'où nous entrevîmes même le Mont Blanc (petit point au milieu de la photo), et qui nous mena jusqu'à Coligny.



à suivre
« Modifié: 13 janvier 2011 à 18:16:17 par thorgaal »
Tant dort le chat qu'à la fin il s'éveille.

13 janvier 2011 à 17:53:28
Réponse #54

Ishi


Votre périple fait chaud au coeur.  :love:
 :akhbar:
Steph
La terre n'appartient pas à l'homme, l'homme appartient à la terre.

13 janvier 2011 à 17:54:37
Réponse #55

bushiben


Une p'tite question en passant, Madudu quel est l'objet qui dépasse de ton sac (là ou tu as attaché le sac de châtaignes je présume), un gourdin ?, un moulin a poivre ?, un sexto...? heu!! non je m'égare la...  ;)

Peut être un manche de pelle non ?

CS je parie?
- Ce que tu vis au sommet te change profondément et te devient indispensable...
- L'alpiniste est un homme qui conduit son corps là où, un jour, ses yeux ont regardé... - Gaston Rébuffat

- Grimpez si vous le voulez, mais n'oubliez jamais que le courage et la force ne sont rien sans prudence, et qu'un seul moment de négligence peut détruire une vie entière de bonheur. N'agissez jamais à la hâte, prenez garde au moindre pas.
Et dès le début, pensez que ce pourrait être la fin - Edward Whymper

13 janvier 2011 à 18:22:45
Réponse #56

thorgaal


Tant dort le chat qu'à la fin il s'éveille.

13 janvier 2011 à 21:14:18
Réponse #57

Madudu


En parlant de matos, et pour répondre à la demande de Thorgaal : pour être parfaitement franc, le matos a évolué pas mal, et je ne sais pas vraiment dans quelle direction  ;#
Hem...je posterais ça demain, une fois le sac vidé et son contenu identifié. Je vais faire des découvertes, c'est un peu n'importe quoi ma liste de matos actuelle  ;D

D'ailleurs j'ai un peu travaillé ça cet aprem', et il faut vraiment que je mette de l'ordre là-dedans  :closedeyes:

La pelle CS va probablement jarter, même si elle est bien pratique dans certaines situations, ça ne justifie pas ses 800g. En gros elle ne me sert guère qu'à racler le sol sous le tarp et à enfouir mes crottes... ce qui est relativement limité, même si accessoirement elle me permet de faire du petit bois pour le réchaud. Ce dernier risque de jarter aussi, pas pour son poids, mais pour sa faible utilité et la difficulté que j'ai à lui trouver une place dans le sac ou à l'extérieur (dans ce cas il a une fâcheuse tendance à s'agripper à tout ce qui lui passe sous les griffes). Et puis, pour être honnêtes, la performance n'est pas au rendez-vous. Il ne saurait trouver d'utilité que pendant l'été dans les coins où un feu de camp, même petit, comporterait des risques non-négligeables. Coins dans lesquels je ne prévois pas de me trouver en été. Bon, après, j'ai un peu du mal à lacher ces deux items, parce qu'ils sont parfois pratique. Faut savoir faire des concessions  :closedeyes:

Sinon, je pense sérieusement à changer de sac. Le mien est pas super bien foutu, il tire vers l'arrière plutôt que de ramener le poids sur les hanches... En plus y a plein de trucs que je dois faire pendre à l'extérieur ou bien que j'attache comme je peux, ce qui ne permet pas d'ouvrir le sac sans tout démonter. Et ça, à la longue (même au début en fait), c'est chiant  :glare:

Ce dernier problème devrait être résolu par mon Grand Projet de Veste/Kilt/Sac de couchage... encore faut-il que je l'achève, ou pour dire plus franchement, que je le commence  ;# J'en suis encore à la conception, et je piétine un peu.

Enfin bon, j'arrête là, je mettrais ma liste ici demain  :)

14 janvier 2011 à 11:45:25
Réponse #58

thorgaal


Bon, revenons-en à nos moutons (facile  :-[).

Le 6 octobre au matin, c'est la première vraie gelée du voyage, ce qui nous permet de goûter enfin des cynorrhodons blêts, et même, ô miracle, de tomber sur un beau tapis de châtaignes en fin d'après-midi, peu avant Coligny. Etant donné que c'était la première fois du voyage que l'on voyait de beau chataîgners, et à fortiori de belles chataîgnes, nous en avons fait une sacrée provision (dont une partie seulement est visible sur le sac de Madudu...)

Nous traversâmes Coligny, y fîmes quelques emplettes, mais en arrivant à la sortie de la ville, nous nous souvînmes que nous n'avions plus d'eau. Nous étions alors devant une petite maison de lotissement, la dernière de la ville, où M. Bidochon (ressemblance frappante) venait de monter avec sa voiture, Madudu s'approcha pour quémander de l'eau, quand une voix de femme, méprisante, retentit :
"Ah, j'étais sûr qu'ils allaient venir chez nous ces deux-là!"
Madudu insista un peu : "on voudrait juste de l'eau"
Pas de réponse, c'est finalement leur fils, du haut de ses 1m20, qui sortit nous faire signe de partir...
Si j'avais un timbre à gaspiller, ces gens-là, je leur écrirais bien une carte de voeux, mais pas des meilleurs!

Bref, nous avons finalement trouvé de l'eau dans un garage automobile un peu plus loin, où les gens, même en plein travail, furent nettement plus sympathiques!

Nous remontâmes ensuite sur le plateau au Sud-Est de la ville, où nous trouvâmes une cabane à bestiaux bien à l'abri des regards.
La journée du lendemain s'annonçait magnifique, et nous décidâmes de rester là pour faire notre lesssive et prendre le temps de transformer des chataîgnes (il y en avait d'ailleurs d'autres dans le bois juste à côté).
Le lendemain, madudu redescendit en ville chercher du sucre pour faire de la confiture.




Nous descendîmes aussi laver notre linge au cimetierre du village voisin, juste en bas de la route (le plus pénible étant de remonter le seau de linge mouillé...).
Nous avons utilisé de la cendre bouillie en guise de lessive (à l'arrache, sans rien filtrer ni tamiser...), ce qui se révèla très efficace, avec même une surprennante odeur de lessive du commerce.
« Modifié: 16 janvier 2011 à 10:23:10 par thorgaal »
Tant dort le chat qu'à la fin il s'éveille.

14 janvier 2011 à 12:15:06
Réponse #59

thorgaal


Le 8 octobre, le linge n'étant pas tout à fait sec, nous ne repartîmes que vers 10h. Nous reprîmes le GR qui nous emmena sur un petit sentier rocailleux le long d'une falaise, où une fois encore les brebis furent beaucoup plus à l'aise que nous. J'ai d'ailleurs oublié de préciser qu'elles n'avaient plus de bât depuis quelques jours, car les sangles leur irritaient trop le ventre, j'avais donc repris le seau et la tente dans mes affaires, ne voyant pas de raison de continuer à les emmerder pour 2 kilos que je pouvais porter moi-même sans en souffrir.
Nous fîmes une pause dans une petite niche très sympathique au milieu de la falaise, avec une vierge sculpté dans un cep de vigne et exposée derrière une petite fenêtre à côté d'une impressionnante cheminée naturelle.
Puis nous continuâmes et arrivâmes au pied du mont Myon en fin de journée.
Le ciel était magnifique et nous decidâmes de continuer et de dormir au sommet pour profiter des étoiles.

Nous y trouvâmes finalement un refuge, où un homme d'une quarantaine d'année s'était retiré pour le week-end afin d'y faire une cure de raisin...
Alors que Madudu passait la soirée à philosopher avec lui, je décidai de monter dormir à la table d'orientation, la nuit fut superbe, bien qu'un peu ventée.
Quant à la vue au réveil, je vous laisse en juger...





« Modifié: 14 janvier 2011 à 22:17:26 par thorgaal »
Tant dort le chat qu'à la fin il s'éveille.

14 janvier 2011 à 12:28:47
Réponse #60

ouroumov


Epatant.
Je poste histoire de voir les updates de ce post dans "Réponses à vos messages", désolé si ça manque de signal. \o/

14 janvier 2011 à 12:39:48
Réponse #61

lapindu11



14 janvier 2011 à 12:49:20
Réponse #62

VieuxMora


Les gars, vous êtes vraiment les "génies des alpages" !  ;) (facile, mais je n'ai pas pu m'en empêcher)
Votre récit est vraiment un grand bain de fraîcheur dans ces temps durs.
Pouvez vous nous faire parvenir le point de vue des brebis ?
Je suis étonné que leur présence à vos cotés n'ait pas amadoué les personnes qui vous ont refusé de l'eau. :down:


14 janvier 2011 à 13:15:19
Réponse #63

Madudu


Les brebis ont souvent amadoué les gens, mais ceux qui nous ont refuser l'eau -les seuls- nous prenaient sans doute pour des drogués-jeunes-clochards-bizarre-dangereux-parasite...

Bon, faut bien dire ce qui est, les brebis elles sont bien gentilles, mais elles sont aussi chiante ! D'ailleurs elles devaient se douter de mes mauvais sentiments à leur égard, elles prenaient soin de ne pas pisser ou chier sur les affaires de Thorgaal, pour moi elles faisaient moins attention  ;#

Et puis du coup les routes en deviennent vraiment relou, parce qu'il faut toujours faire attention aux brebis, à leur position. Puis des fois y a pas de place à coté de la route, auquel cas c'est encore plus chiant. Même si elles se sont assez vite habituées aux voitures, ça n'a pas été le cas avec les camions et les grosses départementales en deviennent encore plus insupportables, et je ne parle pas des nationales !  >:(
Sur les petits chemins, pas de problèmes. Sauf quand il faut surveiller la petite (la noire) parce qu'elle a décidé de ne pas avancer  ;D

L'autre problème, c'est que j'aime pas attiré l'attention outre mesure. Alors quand on tient des brebis en laisse dans les rues d'une ville ou d'un village...

C'est, entre autre, pour ça qu'on s'est séparer. Mais je n'exclue pas de me prendre quelques chèvres ou brebis pour la route. Ce ne sera pas pour tout de suite, mais ça pourrait venir. Je vais d'abord voir ce que ça donne via l'expérience de Thorgaal sur 4 saisons, et voir si la production de lait/viande peut être intéressante.

14 janvier 2011 à 19:18:57
Réponse #64

thorgaal


Arrête de raconter la fin, ça sert à quoi que j'entretienne le suspense !  >:(

Je reprends donc au Mont Myon, dont nous descendions d'un bon pas en ce joli matin du 9 octobre 2010.
Nous remontâmes ensuite sur une autre crête, dont l'étroit sentier balisé suivait l'arrête en serpentant entre les buis sur près de 15 km, une éternité quand on ne voit que des buis, des buis et des buis, et que nos réserves d'eau sont presques épuisées.
En fin de journée, nous perdîmes une nouvelle fois le GR sans comprendre ce que nous avons bien pu rater... nous continuâmes donc une nouvelle fois à la boussole, traversâmes le petit village de Montmerle où nous pûmes remplir nos bouteilles à une fontaine (où, chose de plus en plus rare, il était inscrit "eau potable").
Puis nous nous mîmes en quête d'un endroit où dormir sur les collines voisines, nous trouvâmes assez vite une zone de petits prés embroussaillés parfaits pour les brebis. En bordure de l'un d'eux quelques vieux buis formaient un abri accueillant pour les hommes, l'endroit idéal pour tout le monde!

Le lendemain matin, Madudu eut beaucoup de mal à se lever, il faut préciser qu'il n'est déjà pas vraiment du matin d'habitude, mais alors quand ça va pas, c'est pire que tout.
Bon, il faut dire ce qui est, Madudu il est bien gentil, mais, le matin, il est surtout chiant. C'est, entre autre, pour ça qu'on s'est séparés  ;).

Ce jour-là, nous partîment finalement vers 13h, depuis notre campement, nous coupâmes à travers bois pour éviter de revenir sur nos pas.
Ce ne fut certainement pas un gain de temps, mais le décors féérique vallait bien ce petit effort supplémentaire.



En bas de la colline, nous  longeâmes un champ de maïs au bord duquel se dressaient des chénopodes blancs en graines. Nous en récoltâmes une bonne quantité en très peu de temps :


 
Nous arrivâmes péniblement à Villereversure vers 18h, dans la ville, il était indiqué : "Neuville-sur-Ain 14" (nota bene).
Nous dûmes continuer encore une bonne heure de nuit pour trouver un endroit où dormir, en l'occurence au bord d'une petite rivière, dans une prairie incroyablement vaste. (d'ailleurs je viens de voir qu'elle a même un nom sur la carte IGN : la prairie de Bohas).

Le chénopode fut un peu long à cuire (à deux eaux à cause des saponines qu'il contient, comme son proche parent le quinoa), mais j'ai trouvé ça assez bon, je crois que Madudu n'est pas de mon avis.

Le matin suivant, j'ai vainement tenté de pêcher pendant que Madudu se réveillait difficilement, puis j'ai préparé une confiture pomme-coin-sureau, notre récolte de la veille, pendant que Madudu travaillait sur la capuche de son projet de poncho-tarp.





En traversant le village voisin, un famille très sympathique nous invita à manger un reste de gratin dauphinois (un reste de leur repas car il était déjà 15h...), quand nous repartîmes de chez eux vers 16h, nous avions parcouru grosso-modo 500m depuis notre lieu de bivouac.

Une paire de kilomètres plus loin, nous rencontrâmes un vieux paysan, nous passâmes une bonne heure à refaire le monde avec lui, et il nous donna une énorme courgette (une grosse courge quoi...  ::)) dont il ne savait que faire.

Quand nous dressâmes le camp à la tombée de la nuit en bordure d'une rivière à sec, nous n'avions pas dû parcourir plus de 5 kilomètres...
Alors certes, "on est pas pressé", mais à ce rythme-là, on est pas près de faire le tour du monde... (d'accord, le but c'est pas non plus de faire le tour du monde -pas encore  :-\- mais quand même, ça m'a gonflé)
« Modifié: 14 janvier 2011 à 22:21:16 par thorgaal »
Tant dort le chat qu'à la fin il s'éveille.

15 janvier 2011 à 01:18:04
Réponse #65

Madudu


Citer
Bon, il faut dire ce qui est, Madudu il est bien gentil, mais, le matin, il est surtout chiant. C'est, entre autre, pour ça qu'on s'est séparés  {$default_wink_smiley}.

Certes, il faut que je me fasse vraiment violence si je veux me lever de bonne heure, tout comme s'il faut que je me couche de bonne heure...

Il est temps de le dire, nous nous sommes séparés par ma faute essentiellement. Et une fois seul, étrangement, j'arrivais mieux à me lever. Même si, pas de miracle, ce n'était pour autant pas très tôt.

Le rythme de Thorgaal est bien mieux adapté à la vie dehors, et mon rythme est spécialement inadapté aux jours courts  :)

15 janvier 2011 à 17:48:59
Réponse #66

thorgaal


Citation de: arni
Bravo à toi de savoir reconnaitre cela

+1  ;)

Le 12 octobre, nous partîmes encore une fois très tard, mais cette fois Madudu n'y était pour rien, nous voulions en effet expérimenter une confiture de prunes sans sucre, simplement en les faisant très longuement réduire (au final, les brebis trouvèrent ça très bon  :bheurk:, d'ailleurs c'est un des intérêts des brebis : elles font la vaisselle  ;#)



(admirez le système de suspension de la marmitte  8))

Nous atteignîmes Neuville-sur-Ain en fin de journée, et dormîmes en lisière de forêt, juste au-dessus de la ville.

Cette nuit-là, j'enrageais d'avoir mis trois jour pour faire 14 maudits kilomètres, quant à Madudu, il dormit mal lui aussi, et passa la nuit à donner des noms gentils à mes brebis chaque fois qu'elles approchaient de ses affaires (je ne répéterai rien pour ne pas heurter la sensibilité des plus jeunes d'entre nous, mais je dois bien reconnaître aussi qu'elles prennaient sans doute un malin plaisir à le faire).

Le lendemain matin, décision fut prise de nous séparer, en bons termes, dès que Madudu aurait pu retirer de l'argent et me rendre les quelques sous qu'il me devait, à priori juste après Pont-d'Ain.

Nous longeâmes donc l'Ain sur quelques kilomètres, et nous arrivâmes à la poste de Pont d'Ain vers 11h50, et comme elle fermait à midi, c'était évidemment fermé depuis 5 minutes.
Nous attendîmes donc la réouverture à 13h30 sur un banc au bord de l'Ain.
Commes il nous restait un peu de pain sec que nous avions récupéré la veille pour les brebis, nous tentâmes d'attirer quelques canards (sans aucune intention carnassière bien entendu), mais ces cona canards n'étaient pas vraiment apprivoisés, et refusèrent poliment l'invitation à notre dîner d'adieu...

Finalement, après un passage à la Poste, nous traversâmes l'Ain, continuâmes le long de la route d'Ambérieux jusqu'à un hypermarché où nous pûmes chacun acheter une lampe de poche (nous n'avions jusque-là qu'une vieille frontale pour deux). Pour le reste, chacun était en principe autonome.

Nous quittâmes ensuite la route dès que possible, en obliquant entre deux champs de maïs. Nous avancions alors au milieu d'une "affreuse plaine céréalière", qui, bien que sentant la pollution à plein nez, se révéla en fait très propice à la survie.
D'abord par la facilité à s'orienter entre les chemins agricoles rectilignes et souvent orientés N-S ou E-O, ensuite par l'abondance de céréales sauvages en bord de chemin (chénopodes, amaranthes, sétaires, panics...), et enfin par la possibilité de glaner dans les champs après récolte. Nous rammassâmes ainsi des graines de soja et de tournesol, qui, si elle n'étaient certainement pas bios, avaient l'avantage d'être gratuites, abondantes et savoureuses...

Nous atteignîmes Ambronay en fin de journée, mais ne trouvant nul endroit pour bivouaquer dans ces lotissement qui n'en finissaient pas de s'étendre, nous nous retrouvâmes directement à Douvres, et il faisait déjà bien sombre quand nous trouvâmes enfin un coin propice, dans un bosquet au milieu d'une prairie.

Le repas fut "festif", tournesol grillé, riz-lentilles et châtaignes.

Le lendemain matin, nous partageâmes les vivres et je partis le premier, nous ne nous sommes toujours pas recroisés  :blink:

A partir de là, je vais enchaîner sur le récit de mon aventure en solitaire (enfin presque en solitaire  ;)), Madudu en fait autant sur un nouveau fil : [récit de voyage long cours] côté Madudu
« Modifié: 19 janvier 2011 à 19:32:56 par thorgaal »
Tant dort le chat qu'à la fin il s'éveille.

16 janvier 2011 à 19:39:45
Réponse #67

thorgaal


La séparation eu donc lieu en ce matin du 14 octobre, après tout de même 3 semaines de voyage en commun.
Voilà, j'étais seul (enfin débarrassé de ces fichus accents circonflexes ;D), et il ne me fallut pas longtemps pour comprendre que cette journée allait être laborieuse.
Premièrement, le ciel était voilé, ce qui m'embêtait un peu puisque je me retrouvais sans carte ni boussole (nous n'en avions pris qu'une pour deux, celle de Madudu en l'occurence).
Sur le coup je m'étais dit que je m'en passerais bien le temps que mes parents m'envoient la mienne, mais déjà, je me retrouvais planté à un croisement sans avoir la moindre idée de ma direction... au bout d'un moment, trouvant le ciel un peu plus clair d'un côté, je décrétai que ça devait être le Sud-Est (ou bien un nuage un peu moins épais que les autres...).
Quelques centaines de mètres plus loin, je croisai heureusement un vieux chasseur qui m'aiguilla plus précisément.

Deuxième mauvaise nouvelle, pas moyen de faire avancer correctement les brebis, elles freinaient toutes deux des quatre fers, cherchaient à faire demi-tour, et tournaient sans cesse la tête pour bêler, se demandant sans doute pourquoi nous n'attendions pas Madudu... comme quoi, elles te taquinaient, mais en fait, elles t'aimaient bien!  :lol:

Et comme si ça ne me suffisait pas de trainer deux brebis récalcitrantes, j'atteris, sans trop comprendre comment, en plein centre-ville d'Ambérieux-en-Bugey, et je dus suivre l'artère principale jusqu'à l'autre bout de la ville, je vous laisse imaginer le spectacle  ;#
De plus, nous étions à quelques semaines de l'Aïd, et je n'ai même pas compté combien de fois on m'a proposé de vendre mes bêtes. Et bon sang que ça me démangeait de le faire... J'eus beau les menacer de les céder au premier musulman venu si elle continuaient à refuser obstinément d'avancer, rien n'y fit. Attachées l'une derrière l'autre, je les tirais tantôt de la main droite, tantôt de la gauche, pour ne pas me vriller trop le dos. Mais j'ai tenu bon, ça aurait été con de s'en débarrasser après tout ce temps, et puis quand même, je les aimais bien...
Pendant ma traversée d'Ambérieux, j'ai aussi croisé 3 fois la gendarmerie, et, bizarrement, ils ne m'ont même pas contrôlé. Ca m'a beaucoup étonné, parce que je crois que moi, à leur place, je me serais embarqué ;#

Je parvins finalement, à bout de souffle, à la sortie de la ville, je traversai la voie ferrée, puis l'Albarine, sur des ponts particulièrement dangereux (deux murets métalliques sans visibilité, et juste la place pour que deux véhicules se croisent), où je dus courir entre deux voitures, toujours en trainant mes deux fardeaux.
J'adore ces endroits, à la périphérie des villes, où tu comprends très vite que les piétons ne sont pas les bienvenus  >:(

Je me retrouvai ensuite à Blettant, où un plan des randonnées me permis de rejoindre Vaux-en-Bugey par des chemins nettement plus tranquilles, j'y ai trouvé des noix et des belles châtaignes, de quoi me rassasier, et même acheter la motivation des brebis (qui marchent pas mal à la carotte).



Madudu étant un peu la Tentation incarnée, me retrouver seul me permit de retrouver une alimentation plus "roots", et par la même un budget alimentaire hebdomadaire plus soutenable.
Celui-ci était à la base de 10€ par personne, souvent un petit peu dépassé. Sur tout mon trajet en solitaire, je suis resté à 0€ de dépenses alimentaires, et des 500g de blé et 100g de lentilles que j'ai obtenus lors du partage, il me reste encore 300g de blé, et je dois bien avouer que je n'en suis pas peu fier  :-[.

Mais reprenons le récit.
Quelques gourmandises distribuées avec parcimonie convainquirent très vite les brebis d'oublier notre regretté compagnon et d'aller de l'avant (eh oui Madudu, désolé de te décevoir, mais les deux filles t'ont vendu pour quelques cerneaux de noix  :honte:)

Trouvant tôt un point de bivouac convenable, une petite jachère où poussaient de la moutarde et des topinambours, bordée par un joli bois.



Je décidai de reprendre dès lors de bonnes habitudes, et quand la nuit tomba, j'étais déjà allongé près des restes du feu, à déguster une délicieuse soupe orties-moutarde-topinambours, et quelques châtaignes cuites dans la braise (c'est encore comme ça que je les préfère  ::))



A suivre.
« Modifié: 20 janvier 2011 à 17:36:41 par thorgaal »
Tant dort le chat qu'à la fin il s'éveille.

17 janvier 2011 à 19:10:47
Réponse #68

douyazen


Super récit , belles photos ....
Pourrais tu nous faire quelques photos des plantes que tu cueilles , mange , mais pas dans la gamelle  ;#, quand elles sont encore sur pied ( tu parle de topinambour toussa... )  ça serait cool de pouvoir en reconnaitre après t'avoir lu .

Le terrain donne le ton .
Un monde meilleur
Un jour tôt ou tard on est que des os ...

17 janvier 2011 à 21:57:09
Réponse #69

Madudu


Arriver à ne se nourrir presque que de cueillette, chapeau !  :)

Tu connais mes besoins caloriques, alors tu comprendras aussi que je me demande quelles étaient les bases de ta ration. Mais ne me parle pas de moutarde ou de topinambour, je veux savoir ce qui te nourrissais vraiment, ou plutôt ce qui aurait été susceptible de répondre à mes besoins élevés  ;D 

18 janvier 2011 à 20:59:00
Réponse #70

thorgaal


Citation de: Madudu
je veux savoir ce qui te nourrissais vraiment, ou plutôt ce qui aurait été susceptible de répondre à mes besoins élevés

Châtaignes, noix, amaranthe, chénopode, ça m'a suffit comme "base", après il faut un peu de détermination pour s'y tenir  ;)

Citation de: douyazen
Pourrais tu nous faire quelques photos des plantes que tu cueilles , mange , mais pas dans la gamelle  , quand elles sont encore sur pied ( tu parle de topinambour toussa... )  ça serait cool de pouvoir en reconnaitre après t'avoir lu .

Ok, là j'en ai pas, mais j'y penserai pour la suite, merci du conseil  8)

Edit : le topinambour c'est ce qu'il y a sur l'avant-dernière photo, le grand truc dans lequel la brebis a emmêlé sa corde. Ca ressemble à un tournesol, mais avec des petites fleurs (c'est une espèce proche). A la base chez nous c'est pas une plante sauvage, mais ça s'échappe facilement des cultures.
Tant dort le chat qu'à la fin il s'éveille.

19 janvier 2011 à 22:10:23
Réponse #71

thorgaal


Le lendemain, le rythme etait pris, aux premières lueurs du jour, je pliai rapidement le camp, puis j'avalai prestement les restes froids de la veille (pas terrible mais ça passe).
Le temps que le soleil pointe le bout de son nez, j'étais déjà en vue de Lagnieu, et quelle vue! Friche industrielle, zone commerciale, routes partout...
Très vite le changement de cap se dessina, la traversée d'Ambérieu la veille m'avait déjà bien suffit, plutôt que de passer le Rhône à Lagnieu, j'allais le longer en direction de Grenoble. C'était un peu plus long, mais sans doute moins pénible.

Je contournai donc Lagnieu par les collines, et arrivai au-dessus de Saint-Sorlin-en-Bugey.



Le Rhône n'était pas très loin, et il semblait qu'une route s'y rende, je fis le pari qu'il existait un ancien chemin de hallage qui permette de le suivre peinard.
pari gagné, non seulement le chemin était peinard, mais en plus il était bordé de noyers  8)

Seul bémol, le bas-côté du chemin avait visiblement été tondu récemment, il n'y avait rien à manger pour les moutons. Après quelques heures, ceux-ci commencaient à s'impatienter, je scrutais les alentours, mais non, il n'y avait décidément rien à manger pour eux, j'accélèrai un peu le rythme afin d'arriver plus vite sur une section qui n'aurait pas été tondu.
C'est à ce moment-là qu'un couple de quinquagénères vint à ma rencontre, ils se mirent à marcher à ma hauteur et tentèrent d'engager la conversation, mais c'était au moins la cinquième fois que je racontais ma vie ce jour-là et je ne leur prêtai que peu d'attention, en plus je les trouvais un peu bizarres, j'essayai de m'esquiver poliment en expliquant qu'il fallait que je continue pour trouver de l'herbe pour mes moutons.
Nous arrivâmes à une intersection. "Notre maison est là, à 50m, si tu veux on t'héberge, et tes moutons auront de l'herbe." dit l'homme en me montrant le chemin qui partait sur la gauche.
La proposition était simple, presque évidente, et pourtant je tombai des nues, il faut dire que depuis le début du voyage jamais personne ne nous avait proposé l'hospitalité, et c'était pas faute d'avoir croisé des gens sympathiques, mais combien nous avaient laissé en galère de nuit et sous la pluie? je commençais à croire que ça n'était pas dans les moeurs... Alors qu'on me proposât ça en plein milieu de l'après-midi pour une fois que j'avancais d'un bon pas, qu'il faisait beau, que je n'avais ni faim ni soif... Pour un peu j'aurais refusé, mais la curiosité l'a emporté.

Une fois dans la maison, je compris que je n'étais pas le premier à être accueilli ici, ces gens, eux-même passionnés de grande randonnée, avaient en effet l'habitude de proposer l'hospitalité à tous les voyageurs de passage : cyclistes, randonneurs, cavaliers, mais ils n'avaient encore jamais eu de randonneur avec des moutons. Ils m'expliquèrent qu'ils m'avaient aperçu de loin et étaient venus spécialement à ma rencontre! A côté de l'indifférence ordinaire, tant de sollicitude me troublait.
Mais leurs bonnes intentions étaient évidentes, et (n'en déplaise à certains  ;)) j'abandonnai très vite toute méfiance.
Ils me proposèrent tout de suite une douche, puis de mettre mon linge sale à la machine sur le champ pour qu'il soit sec le lendemain, ainsi que de mettre en charge mon appareil photo, pour eux c'était une routine.
Comme il n'était que 16h, je proposai mon aide pour un travail quelconque, il me firent comprendre qu'ils n'attendaient rien de moi, mais comme j'y tenais, l'homme m'emmena finalement sur un côteau boisé au dessus de Villebois pour prendre des mesures pour son affouage.

Au retour, je lui montrai l'annuaire du WWOOF qui jusque-là ne m'avais pas servi, car, sans carte, je ne pouvais situer les villages mentionnés. De toute façon, il n'y avait pas d'hôte dans l'Ain, me justifiai-je.
Il me fit remarquer que de l'autre côté du Rhône, c'était l'Isère, et là en revanche, il y avait de quoi faire.
A commencer par une femme à Passins, à 20km de là, qu'il me poussa à appeler immédiatement, et qui accepta avec plaisir de m'accueillir le lendemain soir.

C'est ainsi que, le 16 octobre, je repartis propre, avec du linge lavé, un casse-croute pour le midi, un endroit où dormir le soir, et surtout, des photocopies de cartes routières jusqu'à Combovin, mon point de chute dans la Drôme, avec 4 "villages étapes" potentiels surlignés en rose. Pour un peu, le voyage devenait trop confortable...
« Modifié: 19 janvier 2011 à 22:40:26 par thorgaal »
Tant dort le chat qu'à la fin il s'éveille.

20 janvier 2011 à 01:33:50
Réponse #72

Lemuel


Merci pour ce récit Thorgaal.
Vraiment !
 :)
Don't watch the tool, the work it can do
Watch the man that's behind, yeah !


http://natureandforcefield.tumblr.com

20 janvier 2011 à 07:18:53
Réponse #73

Clemstout


 :love: Ca fait chaud au coeur des récits comme ça!

Merci Thorgaal, surtout ne t'arrêtes pas, très jolie façon de raconter!

Amicalement

Clemstout
Développe en toi l'indépendance à tout moment, avec bienveillance, simplicité et modestie.--Marc-Aurèle--

20 janvier 2011 à 12:30:03
Réponse #74

thorgaal


Merci pour vos encouragements les gars, ça fait plaisir  :doubleup:

Je continuai donc mon chemin le long du Rhône sur une dizaine de kilomètre. Désormais, les berges n'étaient plus tondues mécaniquement, mais aménagées pour l'entretien pastoral, c'est nettement moins con, mais ça ne m'arrangeait pas forcément. En effet, chaque section de berge était ceinte de grillage à moutons, avec un passage canadien à chaque extrémité, pour laisser passer les randonneurs, mais pas les moutons...
Heureusement, le sentier des berges était doublé d'un chemin carrossable, qui m'évita de faire de trop de détours.
Vers midi, pensant être en avance, je me payai le luxe d'allumer un micro-feu au bord du chemin pour chauffer mon repas, un délicieux mélange de "céréales méditerranéennes", je pris bien sûr soin d'en effacer toute trace avant de repartir.
Peux après, je traversai le Rhône au pont de Briord, et passai donc en Isère.
A partir de là, je devais me référer au petit croquis que l'homme m'avait fait, et qui devait me faire prendre un raccourci pour rejoindre Passins...
Arrivé à Mépieu, j'étais sensé prendre un chemin qui partait entre les deux routes figurant sur ma carte, mais j'eus beau chercher, il n'y avait là qu'une maison...
Je pris donc finalement la route de gauche, qui semblait la plus directe, un chemin en partait sur la droite 200m plus loin, peut-être ce fameux raccourci, je m'y engageai...
Au début, le chemin fila bien plein sud à travers bois, puis il tourna une fois, deux fois, trois fois, devint de plus en plus étroit, coupa une multitude d'autres sentiers, si bien que je dus finir par me rendre à l'évidence, j'étais complétement perdu au milieu de ce fichu bois ; en plus, le ciel s'étant couvert, je n'avais plus aucune idée d'où se trouvait le Sud... et, pour ne rien arranger, il se mit à pleuvoir!  >:(

Il me fallut un petit effort pour garder mon calme, me poser sur une pierre, et réfléchir...
Au pire, rien ne m'empêchait de dormir là, si ce n'est qu'une hôtesse m'attendait "avant la tombée de la nuit", et que je n'avais pas moyen de la prévenir en cas d'empêchement, ce qui m'aurait un peu dérangé...

C'est à ce moment-là que j'entendis passer une voiture à quelques centaines de mètre au plus, je sautai sur l'occasion et coupai à travers bois, prenant des repères sur l'alignement des arbres pour garder le cap, j'arrivai bientôt devant une clôture barbelée, passai par dessus (les brebis par dessous), traversai un pré où il y avait apparemment eu des chevaux récemment, ressortai par une porte à l'autre bout, pris le chemin qui en partait, et débouchai finalement hors de la forêt, face à une colossale ferme fortifiée.
Ayant déjà eu quelque expérience du comportement des gros agriculteurs (ou "gros" tout court, comme on dit dans le milieu), je laissai sac à dos et moutons à quelques pas de la ferme avant d'aller demander mon chemin. L'accueil fut assez froid, mais j'obtins quand même quelques indications : prendre la route à droite pour arriver à Arandon, à 3km.

Une fois à Arandon, je passais devant le café du village quand un homme en sorti avec son fils, je les hélai poliment pour demander mon chemin, mais ils traversèrent vite la route en baissant la tête et s'empressèrent de s'enfermer dans leur 4x4... c'est le genre de comportement qui me fait bouillir.
L'arrière-porte du café était ouverte et je pus finalement demander directement mon chemin au patron, nettement plus serviable que certains clients...

Il me fallut encore faire 6km de petite route pour arriver à Passins, mais je n'étais pas au bout de mes peines. Mon hôtesse n'habitait pas le village même et j'étais sensé l'appeler une fois que je serais en bas de l'église, mais bien entendu, la cabine ne marchait pas...

Je montais donc vers l'église car il me semblait que c'était la direction qu'elle avait évoqué, et je me mis en quête de quelqu'un qui pourrait m'indiquer le "chemin de Douvent". Je ne trouvais qu'un homme, qui était nouveau dans le village, mais qui pensait que c'était vers le hameau de "la Brosse", à 2km de là. Comme il n'y avait personne d'autre, je n'eus d'autre choix que de suivre son intuition.
Arrivé à la Brosse, il commençait à faire nuit, j'étais donc déjà en retard, pas de chemin de Douvent en vue, et comme la rue était déserte, je fus obligé de sonner pour demander mon chemin.
A la première maison, un rideau bougea, puis toutes les lumières s'éteignirent une à une... j'adore qu'on me prenne pour un abruti.
A la deuxième, je voyais quatre personnes par la baie vitrée, mais j'eus beau sonner trois fois, personne ne daigna bouger du canapé, j'enrageais.
A la troisième, enfin, une jeune femme sortit, je lui demandai mon chemin, elle m'avoua qu'ils étaient eux aussi nouveau dans le village, mais elle me proposa d'aller chercher sur internet.
Quelques minutes plus tard, elle ressortit : "Vous avez de la chance, c'est pas loin, continuez tout droit, vous aller y arriver vite."
Je la remerciai chaleureusement et continuai donc tout droit, je quittai le hameau, et arrivai dans un autre un kilomètre plus loin, mais toujours pas de chemin de Douvent.
Je sonnai une nouvelle fois à la maison la plus proche, une porte s'ouvrit, quatre molosses déboulèrent et s'acharnèrent sur le petit portail devant moi, mais j'étais bien trop enervé pour en avoir peur.
Constatant que je ne bronchais pas, le propriétaire finit par sortir à son tour, je lui exposai mon problème, et je compris entre deux aboiements que c'était le chemin juste en face.

Effectivement, c'était là, mais j'avais raté le panneau qui était caché par un arbre.
Je me mis ensuite en quête du n° de la maison, qui bien sûr n'existait pas... mais une seule maison n'avait pas de n°, j'entrai donc par le portail ouvert, il y avait un vieux VW à fleurs dans la cour, pas de doute, ça ne pouvait être que là.  :)
« Modifié: 20 janvier 2011 à 17:58:41 par thorgaal »
Tant dort le chat qu'à la fin il s'éveille.

 


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Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
avec bienveillance, curiosité et un appétit pour le dialogue et la réflexion que l'interlocuteur peut susciter. »


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