Merci pour vos encouragements les gars, ça fait plaisir

Je continuai donc mon chemin le long du Rhône sur une dizaine de kilomètre. Désormais, les berges n'étaient plus tondues mécaniquement, mais aménagées pour l'entretien pastoral, c'est nettement moins con, mais ça ne m'arrangeait pas forcément. En effet, chaque section de berge était ceinte de grillage à moutons, avec un passage canadien à chaque extrémité, pour laisser passer les randonneurs, mais pas les moutons...
Heureusement, le sentier des berges était doublé d'un chemin carrossable, qui m'évita de faire de trop de détours.
Vers midi, pensant être en avance, je me payai le luxe d'allumer un micro-feu au bord du chemin pour chauffer mon repas, un délicieux mélange de "céréales méditerranéennes", je pris bien sûr soin d'en effacer toute trace avant de repartir.
Peux après, je traversai le Rhône au pont de Briord, et passai donc en Isère.
A partir de là, je devais me référer au petit croquis que l'homme m'avait fait, et qui devait me faire prendre un raccourci pour rejoindre Passins...
Arrivé à Mépieu, j'étais sensé prendre un chemin qui partait entre les deux routes figurant sur ma carte, mais j'eus beau chercher, il n'y avait là qu'une maison...
Je pris donc finalement la route de gauche, qui semblait la plus directe, un chemin en partait sur la droite 200m plus loin, peut-être ce fameux raccourci, je m'y engageai...
Au début, le chemin fila bien plein sud à travers bois, puis il tourna une fois, deux fois, trois fois, devint de plus en plus étroit, coupa une multitude d'autres sentiers, si bien que je dus finir par me rendre à l'évidence, j'étais complétement perdu au milieu de ce fichu bois ; en plus, le ciel s'étant couvert, je n'avais plus aucune idée d'où se trouvait le Sud... et, pour ne rien arranger, il se mit à pleuvoir!

Il me fallut un petit effort pour garder mon calme, me poser sur une pierre, et réfléchir...
Au pire, rien ne m'empêchait de dormir là, si ce n'est qu'une hôtesse m'attendait "avant la tombée de la nuit", et que je n'avais pas moyen de la prévenir en cas d'empêchement, ce qui m'aurait un peu dérangé...
C'est à ce moment-là que j'entendis passer une voiture à quelques centaines de mètre au plus, je sautai sur l'occasion et coupai à travers bois, prenant des repères sur l'alignement des arbres pour garder le cap, j'arrivai bientôt devant une clôture barbelée, passai par dessus (les brebis par dessous), traversai un pré où il y avait apparemment eu des chevaux récemment, ressortai par une porte à l'autre bout, pris le chemin qui en partait, et débouchai finalement hors de la forêt, face à une colossale ferme fortifiée.
Ayant déjà eu quelque expérience du comportement des gros agriculteurs (ou "gros" tout court, comme on dit dans le milieu), je laissai sac à dos et moutons à quelques pas de la ferme avant d'aller demander mon chemin. L'accueil fut assez froid, mais j'obtins quand même quelques indications : prendre la route à droite pour arriver à Arandon, à 3km.
Une fois à Arandon, je passais devant le café du village quand un homme en sorti avec son fils, je les hélai poliment pour demander mon chemin, mais ils traversèrent vite la route en baissant la tête et s'empressèrent de s'enfermer dans leur 4x4... c'est le genre de comportement qui me fait bouillir.
L'arrière-porte du café était ouverte et je pus finalement demander directement mon chemin au patron, nettement plus serviable que certains clients...
Il me fallut encore faire 6km de petite route pour arriver à Passins, mais je n'étais pas au bout de mes peines. Mon hôtesse n'habitait pas le village même et j'étais sensé l'appeler une fois que je serais en bas de l'église, mais bien entendu, la cabine ne marchait pas...
Je montais donc vers l'église car il me semblait que c'était la direction qu'elle avait évoqué, et je me mis en quête de quelqu'un qui pourrait m'indiquer le "chemin de Douvent". Je ne trouvais qu'un homme, qui était nouveau dans le village, mais qui pensait que c'était vers le hameau de "la Brosse", à 2km de là. Comme il n'y avait personne d'autre, je n'eus d'autre choix que de suivre son intuition.
Arrivé à la Brosse, il commençait à faire nuit, j'étais donc déjà en retard, pas de chemin de Douvent en vue, et comme la rue était déserte, je fus obligé de sonner pour demander mon chemin.
A la première maison, un rideau bougea, puis toutes les lumières s'éteignirent une à une... j'adore qu'on me prenne pour un abruti.
A la deuxième, je voyais quatre personnes par la baie vitrée, mais j'eus beau sonner trois fois, personne ne daigna bouger du canapé, j'enrageais.
A la troisième, enfin, une jeune femme sortit, je lui demandai mon chemin, elle m'avoua qu'ils étaient eux aussi nouveau dans le village, mais elle me proposa d'aller chercher sur internet.
Quelques minutes plus tard, elle ressortit : "Vous avez de la chance, c'est pas loin, continuez tout droit, vous aller y arriver vite."
Je la remerciai chaleureusement et continuai donc tout droit, je quittai le hameau, et arrivai dans un autre un kilomètre plus loin, mais toujours pas de chemin de Douvent.
Je sonnai une nouvelle fois à la maison la plus proche, une porte s'ouvrit, quatre molosses déboulèrent et s'acharnèrent sur le petit portail devant moi, mais j'étais bien trop enervé pour en avoir peur.
Constatant que je ne bronchais pas, le propriétaire finit par sortir à son tour, je lui exposai mon problème, et je compris entre deux aboiements que c'était le chemin juste en face.
Effectivement, c'était là, mais j'avais raté le panneau qui était caché par un arbre.
Je me mis ensuite en quête du n° de la maison, qui bien sûr n'existait pas... mais une seule maison n'avait pas de n°, j'entrai donc par le portail ouvert, il y avait un vieux VW à fleurs dans la cour, pas de doute, ça ne pouvait être que là.