Vie Sauvage et Survie

Catégorie Générale => Feu de camp => Discussion démarrée par: Mo le 28 février 2013 à 20:00:40

Titre: Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Mo le 28 février 2013 à 20:00:40
Bonsoir,
 
Il n'est pas facile pour moi d'écrire ce soir, mais j'en ai besoin.
Même si ce lieu d'échange m'a beaucoup apporté sur les aspects techniques orientés nature, c'est un autre type de survie qui me concerne depuis un mois.
Un mois qu'en rentrant du travail j'ai découvert ma petite femme qui venait de se suicider.
Ayant les rudiments en matière de secourisme, j'ai tenté de la réanimer avec l'aide d'un voisin, mais seuls les pompiers y sont arrivés après de longues minutes. Le cerveau avait été privé d'oxygène pendant trop longtemps, elle m'a quitté 2 jours plus tard.
Nous allions avoir 30 ans cette année, et étions ensemble depuis 14 ans. Elle était un rayon de soleil, toujours de bonne humeur, avec le sourire, jamais dans la confrontation, nous avions toujours discuté de tout, sans tabou...  Aucun antécédent, aucune déprime avérée antérieure.
L'incompréhension, la douleur, la culpabilité, le déni... ma tête est vide mais pourtant remplie de tous ces sentiments à la fois. Je ne souhaite pas à mon pire ennemi d'éprouver ce que je ressens.
 
Pire que tout, le sentiment que c'était à moi de la sauver, que j'aurai du voir à quel point elle n'allait pas bien.
Des questions, j'en ai posées à tous ceux à qui je le pouvais : ses amis, sa famille, son travail, son médecin... ils sont unanimes, personne ne se doutait de rien. Nous avions déménagé en province depuis 3 mois (souhait partagé), elle avait eu 2 travails sur cette période. Nous allions acheter une maison et lancer un bébé cette année.
Ce n'était pas un appel au secours, travaillant dans le domaine de la santé elle savait ce qu'elle faisait.
 
La culpabilité me ronge, le fait de ne pas avoir su voir la gravité de l'état dans lequel elle était.
Il y a aussi ce traumatisme, cette vision qui me hante. J'ai peur dans le noir, je frissonne quand j'aperçois quelque chose qui ressemble de près ou de loin à ce que j'ai vu.
J'ai commencé à voir une psychologue (1 fois), en espérant que cela puisse m'être bénéfique. J'ai repris le travail depuis 2 semaines, en profitant de la neige pour me planter dans le décor en voiture.
 
Je suis un zombie depuis un mois, je n'ai goût à rien, je me sens en total décalage avec le monde qui m'entoure. Comme si je vivais au ralenti, dans une bulle.
Un mois que je me dis que ce n'est pas possible, je vais me réveiller, que ça n'a pas pu arriver.
J'ai la chance d'être entouré par ma famille et mes amis (comme il serait rapide d'entrer dans une spirale négative s'ils n'étaient pas là !).
 
Comment survivre, se reconstruire, reprendre goût à la vie ? J'ai beau tourner ça dans tous les sens je n'en vois pas d'issue. On me répète que le temps fera son œuvre...
J'ai parcouru un ancien fil  (http://www.davidmanise.com/forum/index.php/topic,3786.0/nowap.html) parlant des tentatives de suicide (avec le témoignage de Rod), mais certains auraient-ils des conseils face à cet évènement, pour surmonter ce geste et le traumatisme lié à cette découverte ?
 
Mo
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: mrfroggy le 28 février 2013 à 20:22:39
Déja je te félicite d en parler ici, car je pense que ça ne peut etre que bénéfique , meme si douloureux.
Ensuite, si apres 14 ans de vie commune tu n as rien vu, c est qu elle a tout fait pour que tu ne le vois pas, pas de culpabilité a avoir, meme si c est simple a dire de ma part.
le petit frere de ma meilleur amie, s est donné la mort.. personne n a compris et évidemment, moi qui a passé un paquet d aprem Vtt et playstation avec lui, je suis litéralement tombé sur le cul quand j ai apris ça.. je me suis aussi sentis coupable, mais j ai réalisé qu on ne peut rien contre ça malheureusement, je veux dire contre cette attitude particulière, rien a voir avec les appels au secours qu on peut remarquer chez d autres personnes..
maintenant, j imagine qu un psychologue  va avoir les mots justes, bien mieux que moi...c est clair.
Que te dire.. tu as fais deja un bon début dans la survie en te confiant, et continue a lutter, tu vas revoir le jour bientot.
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: sharky le 28 février 2013 à 20:23:17

Avant tout, je suis sincèrement désolé de ce qui t'arrive.

Oui, le temps fera sûrement son affaire mais là tu es encore dans une phase de crise après cet évènement traumatisant.
Ce que tu vis est normal, tu vas sûrement passer par beaucoup d'états: la culpabilité, la colère contre toi, contre elle...
Le fait que tu sois entouré par tes proches et que tu te fasses accompagner par une psycho favorisera sûrement la transition vers de meilleurs jours.

J'ai vu que tu étais sur Tours, je connais un mec en or à Azay le Rideau qui donne des cours de Boxe thaï et plein d'autres choses sympas alors si tu as envie de transpirer un peu...

Bon courage

Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Maximil le 28 février 2013 à 20:45:06
Bon courage à toi. MP si tu veux parler.
Titre: Re : Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Gros Calou le 28 février 2013 à 20:53:43
J'ai vu que tu étais sur Tours, je connais un mec en or à Azay le Rideau qui donne des cours de Boxe thaï et plein d'autres choses sympas alors si tu as envie de transpirer un peu...
Bon courage

Tafdak avec Stéph  :love: Moi il m'a sortis de la dépression  :love:

Je reviens vers toi en MP ce WE  :love:
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: b@s le 28 février 2013 à 21:01:54
j'imagine ta douleur et je compatis très sincèrement... :-\

je ne veux surtout pas interpréter des evènements aussi tragiques, mais je crois qu'il est possible que ta femme n'ait pas voulu te parler, non pas parce qu'elle ne te faisait pas confiance, mais plutot pour te protéger, pour t'épargner du souci ...

le seul conseil que je peux te donner c'est d'aller voir un psy, quitte à changer si tu ne le "sens" pas... tes proches, tes amis, ta famille, ne peuvent pas entendre tout ce que tu as / auras à dire. un psy est là pour tout entendre.

courage à toi ... seul le temps apaise toutes les blessures.
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Magic Manu le 28 février 2013 à 21:03:08
Très sincèrement désolé pour toi et la famille de ta femme! Certes, lorsqu'une chose aussi atroce t'arrive, tu ne peux pas imaginer que le temps fera son effet et qu'un jour tu arriveras à vivre à nouveau. Ce n'est d'ailleurs pas tout à fait vrai: je pense que l'on peux arriver à se reconstruire après une épreuve pareil, avec le temps et l'aide de professionnels, mais que l'on reste marqué à jamais quand même. On ne reste pas le restant de sa vie abattu et triste de façon permanente, comme tu l'es actuellement, mais on ne sort pas totalement indemne.
Nous avons déjà eu sur ce forum des témoignages de souffrances insuportables, comme Cubitus, en décembre 2011 (je crois...), qui nous apprenais le décès de son fiston de 12 ans. Cubitus continue à participer au forum, et je l'espère à vivre "normalement", mais il n'oublierai jamais son fils Hugo.
Il faut arriver à ne pas se laisser submerger par la douleur, mais il n'ai pas non plus question d'oublier totalement. Le plus difficile dans ta situation risque en effet de ne jamais pouvoir expliquer ce geste fou de la part de ta compagne. Très sincèrement, je pense qu'une aide de professionnel, de type psychiatre un peu pointu dans la dépression pourrait t'aider à moyen et long terme.
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Gros Calou le 28 février 2013 à 21:10:03
Ne te culpabilise pas, je reviendrais vers toi à temps, mais le suicide est vraiment personnel. Cela va au delà de l'entendement et c'est là  que c'est fou et emporte tout ce qu'il touche, cela va bien au delà des raisons, du pourquoi, de l'entendement etc.... Je vais demander à un ami de te contacter.

 :love:
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Gros Calou le 28 février 2013 à 21:21:30
Mo tu me promet, tu tiens le coup, mon mail arrive et plus. En attendant pas de conneries hein !  :love: On t'aime et plus que tu ne pourra le croire  :love: :love:
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Arvernos le 28 février 2013 à 21:57:12
Rien à ajouter de bien pertinent à ce qui précède.
Juste inscrire un maillon de plus à la chaîne de solidarité qu'est ce forum. Comme le dit souvent le Manitou, on n'est pas sur Internet ici. Alors tu as bien fait de t'ouvrir à nous.
J'espère que tu trouveras un psy à la hauteur, pour te faire faire quelques pas, l'un après l'autre, pour te faire avancer.
Et d'autres bonnes volontés, tout aussi compétentes, ici. La souffrance fait malheureusement partie de la vie de pas mal de "tauliers" du forum, tu pourras compter sur eux pour un coup de main.
Et les autres aussi, ne serait-ce que pour te lire, donc t'écouter.
Silencieusement, mais respectueusement, et surtout solidairement.

Accroche-toi Mo !
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: jeanmi le 28 février 2013 à 22:01:00
Citer
Et les autres aussi, ne serait-ce que pour te lire, donc t'écouter.
Silencieusement, mais respectueusement, et surtout solidairement.

:calin:
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Dalz le 28 février 2013 à 22:01:51
1. C'est pas de ta faute, mais tu le sais déjà.
2. Tu n'oublieras jamais, ce sera toujours, là, quelque part dans un coin sombre de ta tête et ça reviendra de temps en temps.
3. Trouve un exutoire pour accepter ce qui c'est passé, une cuite, un gros coup de pleur sur l'épaule d'un pote, aller dormir dans la forêt avec un bon cigare... Je sais pas ce qui marche avec toi.
4. Le temps aide, mais il faut se sortir les doigts du cul. Pas question de faire comme si de rien n'était, mais essaye d'aller de l'avant, va essayer un nouveau restau, va courir là où tu n'étais jamais aller...
5. Parles-en en VRAI, pas de message ou de forum, si le psy te suffit, continue, moi ça a jamais marché, y'avait que quelques potes.

Voilà, c'est mes deux cents, j'ai jamais eu d'épreuve de ce genre mais deux / trois autres trucs pas cool, c'est comme ça que j'ai fait, ça permet d'avancer, oublier jamais, et c'est pas le but. Je pense pas que tu veuilles oublier 14 ans de bonheur !

Bon courage !
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: lamenature le 28 février 2013 à 22:02:35
Salut,

Je suis de tout coeur avec toi. Comme les autres, je pense qu'un (bon) psy peut constituer une aide appréciable. Je n'en connais pas mais beaucoup de gens ont déjà consulté, donc il est sans doute facile d'avoir des adresses. J'habite à 10 km de Tours, alors n'hésite pas à faire appel à moi si tu as besoin d'aide. Je crois que tous les membres du forum partagent des idées communes, en particulier l'entraide et la solidarité, si utiles à la survie.

Bien à toi.
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Bomby le 28 février 2013 à 23:11:08
(...)
Comment survivre, se reconstruire, reprendre goût à la vie ? J'ai beau tourner ça dans tous les sens je n'en vois pas d'issue. On me répète que le temps fera son œuvre...
J'ai parcouru un ancien fil  (http://www.davidmanise.com/forum/index.php/topic,3786.0/nowap.html) parlant des tentatives de suicide (avec le témoignage de Rod), mais certains auraient-ils des conseils face à cet évènement, pour surmonter ce geste et le traumatisme lié à cette découverte ?
 
Mo

Prétendre donner des conseils face à une telle situation, serait-ce bien raisonnable?

Que te dire, Mo ?

Sans doute d'abord que ton récit me touche, comme beaucoup de monde ici bien sûr, que je suis sincèrement désolé pour toi et que tu as toute ma sympathie...

Peut-être aussi qu'il y a, c'est vrai en général dans la vie mais ça l'est particulièrement dans ce genre de circonstances, des choses que l'on sait déjà mais que l'on a besoin de s'entendre dire et répéter, et que, dans ces cas-là, il est bon de supporter que l'entourage en use et en abuse...

Que déjà tu as raison de te faire accompagner par un spécialiste et d'apprécier la sollicitude de tes proches...

Que ce n'est pas ta faute, que bien sûr tu pourras toujours trouver bien des raisons de considérer que c'est au moins un peu de ta faute mais qu'en réalité ces facteurs auront certainement été quantité négligeable dans la somme des causes, toujours complexes et multiples, de cette décision dramatique...

Que, loin de te culpabiliser, tu peux te dire que, certainement, quel que fût son niveau de conscience pendant les derniers instants de son existence, ton épouse aura ressenti et apprécié ta présence à ses côtés.

Que le temps fera son œuvre, que le deuil implique nécessairement de passer à travers plusieurs étapes successives, dont toujours une phase de tristesse absolue et de dépression profonde dont on peut très fortement ressentir l'impression qu'elle ne finira jamais... Alors qu'en fait on finit par sortir de ce gouffre d'abattement, mais qu'on ne peut, ni toi ni encore moins tes proches qui pourtant ne demanderaient que ça, accélérer l'écoulement du temps ou la succession de ces étapes de deuil...

Que c'est comme ça, que l'humain fonctionne comme ça, le facteur temps étant un élément de la vie psychologique... Et que dans ces moments-là, un des trucs les plus affreux au quotidien est sans doute d'être prisonnier de l'écoulement du temps, ce sur quoi on ne peut aucunement agir... Mais que même si tu ne la vois pas pour l'instant, oui, c'est certain, il y a une issue...

Que probablement quand même, dans quelque temps, tu auras intérêt à déménager, pour symboliquement tourner une page et, sans pour autant oublier la personne que tu as aimée, reprendre le cours de ta vie en en écrivant d'autres pages...

Qu'affronter et traverser une épreuve telle que celle-ci, une très grande épreuve s'il en est, est à la fois traumatisant et humanisant...

Que tu as décidément raison de vouloir d'abord survivre, puis ensuite revivre...

Que tous mes vœux, et pas seulement les miens d'ailleurs, t'accompagnent sur ce chemin.

Bomby
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Poussin6367 le 28 février 2013 à 23:42:37
Bonsoir Mo,

Va voir quelqu'un, parle lui, dis lui tout.
Je t'en prie.

J'ai fait l'erreur il y a 10 ans de croire que j'étais une machine et aujourd'hui je me retrouve face à moi-même et je me rends compte que je ne suis pas une machine, je ne suis pas un sur-homme et j'ai eu tord de le croire, parce que je suis en train de rembourser 10 ans de haine, 10 ans d'aigreur, 10 ans de peine, une peine immense, une peine qui m'a fait croire que ma vie ne valait rien.

Je t'en prie, ne fais pas mon erreur et parle en à quelqu'un, va dans un CMP, un CPOA, mais parle en. Je ne sais pas ou tu habites mais si tu as besoin de parler de quoi que ce soit, appelle moi, jour, nuit, viens me voir, il y aura toujours du thé, du café pour toi.

Mais il faut en parler.

D'ailleurs tu vas me MP, parce que je vais te donner mon numéro de téléphone et mon adresse mail.

Courage.

B.
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: ** Serge ** le 01 mars 2013 à 00:33:28
Si je puis me permettre : la consultation auprès d'un psychologue sera très certainement une chose à entreprendre, néanmoins il se pourrait que des consultations préalables auprès d'associations reconnues dans le domaine complexe du suicide s'avèreront encore plus pertinentes tant il est vrai qu'il s'agit de quelque chose d'excessivement spécifique, avec tout ce que cela suppose comme particularités.
N'importe quel psychologue n'est pas forcément formé pour l'aide en ce domaine.

L'aide aux proches s'est beaucoup améliorée ces dernières années, et des avancées ont été faites pour affronter la confusion des sentiments violents que connaissent les familiers de ceux et celles qui ont décidé de mettre fin à leur jour.
Des groupes de parole sur ces drames  existent également et s'avèrent très utiles.

Courage et bonne chance.

Serge.

Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Merlin06 le 01 mars 2013 à 08:07:41
Je suis très touché par ton post et n'ai pas la prétention de pouvoir te conseiller alors je vais simplement te raconter une petite histoire personnelle.
J'étais à l'hôpital, frôlé la mort, faible et plein de souffrance, hésitant quand à la route à suivre... Mon cousin m'a envoyé juste une lettre, dessus il avait écrit juste un seul mot, "Persévérance". Je me suis accroché.

Bon courage Mo.
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: gahús le 01 mars 2013 à 08:19:11

Compassion dans le drame qui t'atteint.
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: raphael le 01 mars 2013 à 08:35:42
 :calin:

toutes mes pensées t'accompagnent.

Elle a du etre heureuse à tes cotés, il ne faut pas que tu l'occultes.


Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: philippe12 le 01 mars 2013 à 08:44:29
Bonjour Mo

Merci pour ton partage et ton courage.

Externaliser l'horreur est important ... N'oublie de crier et de pleurer .. la justice n existe pas .. seul l amour et  la vie

Amicalement

Titre: Re : Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Nathan-Brithless le 01 mars 2013 à 08:59:42
:calin:

toutes mes pensées t'accompagnent.

j'peux pas dire mieux
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: DavidManise le 01 mars 2013 à 09:01:50
Eh be...  :o

Je n'ai aucun conseil technique à te donner...  il y en a déjà eu plein.  Mais je prends quand même le temps de te dire ma sympathie, pour le coup. 

J'imagine à quel point ce que tu traverses est dur.  J'ai quelques amis qui se sont foutus en l'air...  ce qui reste est effectivement cette culpabilité.  Et plus on est proche, pire c'est, a priori.  Et les survivants s'en sortent généralement en faisant une chose simple : en comprenant que les gens sont libres, et que la responsabilité de ce choix, c'est au suicidé de le porter.  Et à personne d'autre, au final.  Mais le chemin est long.  On veut vérifier.  Et on peut se torturer longtemps en cherchant comment on aurait pu, pourquoi elle a pas, et patati et patata... 

Je ne suis pas inquiet pour toi.  C'est dur mais tu as le bon réflexe de prendre contact avec ton entourage, avec des pros, avec le forum, de garder du lien avec le monde.  Tu réfléchis, tu avances malgré le fait que ça soit dur.  Donc tu vas t'en sortir.  Tu vas aller mieux.  Et t'as le droit.

BON COURAGE pour la suite.  Tomber sept fois, se relever huit, comme on dit... ;)

Hésite pas à nous solliciter, surtout.  On est là pour ça aussi.

Donne des news ;)

David
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Solstice le 01 mars 2013 à 09:22:19
Salut Mo,

Tout d'abord, toutes mes sincères condoléances.

Je n'ai pas une grande expérience du suicide mais j'en ai quelques unes sur la dépression suite aux décès, donc je vais juste partager mon opinion, peut être y trouveras tu quelque chose... Ce que je vais dire ne relève que de mon expérience personnel, et de mon recul dessus, je ne me prétends pas psy ou autre

1) Comme beaucoup l'ont dit, essayes de consulter un psychologue quand tu seras prêt à ça . Ne force pas le truc, si tu vois que ça ne passe pas, ne forces pas, ça pourrait devenir un calvaire. Essayes dans ce cas de voir quelqu'un d'autre.

2) D'une manière générale, parles-en. A une bière, à ta famille, tes potes, un psy, un inconnu ou toi même, n'importe. Juste, parles-en. Ça fait pas partir le vide, ça enlève pas la douleur mais ça permet de décharger le "trop-plein". Le fait d'énoncer, c'est aussi faire face. Faire face c'est pas la même chose que simplement reconnaître le fait

3) Je préfère jouer la carte de l’honnêteté, mais ce genre des choses c'est dur, et ça l'est encore plus après. C'est dans ses situations qu'on reconnait les vrais proches. Ce ne sont pas simplement ceux qui sont là pour te supporter dans ce moment difficiles, ce sont surtout ceux qui comprendront que non, ce n'est pas passager, et que ta vie ne sera plus jamais la même. C'est pas toujours facile de faire la distinction au début et on peu avoir tendance à catégoriser les gens, mais les "biens", tu pourras être odieux avec eux, même 10 ans après ils seront toujours là.

4) Le temps. Il faut le prendre, même si certains veulent te presser. Attention, je dis pas qu'il faut s'enfermer dans sa vie morose, mais il y à un moment ou il faudra aussi que tu te bouges. Faire son deuil, c'est difficile, et c'est pareil pour personne. Si tu te sens pas de faire un truc, le fait pas. Mais le fait pas pour les bonnes raisons. Je veux dire par là, faut affronter la réalité, mais certaines choses peuvent être inutiles dans ton deuil, voir contre productives.

5) Promis, la vie est belle. Promis, ça irait mieux "demain". Mais il faut que tu acceptes que ça prendra du temps. Promis, la douleur s'efface, mais jamais complètement. Mais les bons souvenirs prennent le relais.


Voila, c'est juste grosso merdo mon avis sur la question, j'ai pas la science infuse, et je suis volontairement resté dans le vague sur certains points, parce qu'il y a certaines choses dont je ne peux pas parler comme ça.

Si tu as besoin de parler, d'être écouté, hésites pas à passer par les MP.

@ + Sols'
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: bilbo78 le 01 mars 2013 à 09:56:21
Rien à ajouter aux conseils déjà donnés, juste te dire que mes pensées t'accompagnent.

Bon courage et n'oublies pas que nous sommes là, en cas de besoin.

 :calin:

Laurent
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Raolux le 01 mars 2013 à 10:40:38
Comme celà a été rappelé par David, il faut prendre en compte la liberté intime de ta compagne qui a choisit de faire ce geste. Celui-ci n'est pas forcément un signe de lâcheté (face à d'éventuelles difficultés) ou d'abandon( des proches) ; il peut tout simplement être un signe d'une certaine idée du libre-arbitre ("l'individu qui se respecte quitte la vie quand il le veut, les braves gens font comme au bistrot, ils attendent qu'on les mette à la porte").
A mon sens, on peut faire preuve de libre-arbitre sans arriver à cette extrémité, mais chacun a son propre ressenti.
Quoi qu'il en soit, dis toi bien que le temps ne compte pas dans l'au-delà (pour ceux qui y croient) et que tu finiras bien par la "retrouver". Mais, rien ne presse, et pense à ceux qui sont là et pour qui tu dois compter beaucoup.
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Ulf le 01 mars 2013 à 11:16:46
Tu dois souffrir énormément....... Un impression de chaos sourd. :'(

Je n'ai pas à juger sinon.

Je n'ai pas de conseil à te donner sinon quelque chose de très froid, mais qui j'espère t'aidera, que tu pourras vérifier en demandant à ton psychologue (en fait, aborde ce sujet avec lui, c'est un conseil direct):
Un deuil, c'est un processus psychique un peu semblable à la digestion: il faut du temps pour que le processus se fasse. Si le processus de deuil est perturbé ou interrompu, par une prise d'antidépresseurs* par exemple, il se peut que le deuil ne se fasse pas correctement. Ce qui peut le retarder, le mettre en dormance et le faire ressurgir des années plus tard (sans que tu puisses cerner l'origine d'une grave dépression) ou entrainer des couacs psy supplémentaires.

Enfin, un thérapie ou une analyse psy dépend plus de la qualité de l'échange patient/psy qu'autre chose. Ne pas hésiter à "essayer" différents psy au départ et à chercher leur "pédigrée", enfin dans quel secteur ils sont spécialisés, de quelle école de pensée ils viennent etc.

Tiens le coup.


* enfin certaines personnes dépressives sont dans un état d'urgence médicale (ne se lève plus, ne mange plus) nécessitant une prise de médocs. Et je suis pas médecin.

Note: Edité, dsl.
Titre: Re : Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: bilbo78 le 01 mars 2013 à 11:24:03
Rien à ajouter aux conseils déjà donnés, juste te dire que mes pensées t'accompagnent.

Bon courage et n'oublies pas que nous sommes là, en cas de besoin.

 :calin:

Laurent

Si, tout de même :
Concernant le psy, je suis aussi d'accord que c'est une question de feeling... Si tu le "sens" pas, change. Il faut parfois en "essayer" plusieurs avant de trouver celui qui sera "le bon" pour soi. Ce n'est pas forcément celui qui aura la meilleure "réputation" ou qui aura aidé "untel" ou "unetelle" qui t'aidera, toi, le mieux. C'est super perso.

@ bientôt

** Edit pour orthographe
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: cubitus le 01 mars 2013 à 13:20:51
Salut Mo.

Tu le sais sans doute si tu parcoures le forum depuis un moment, j'ai perdu mon fils de 12 ans il y a un peu plus d'un an.

Hémorragie cérébrale. Rien à voir avec le suicide, donc. Sauf que la douleur du deuil, elle est la même. La culpabilité aussi, surtout en tant que médecin. Je connais ce que tu traverses.

Tous les conseils donnés ci dessus sont bons. Je rajouterais quelques trucs :
- Fais le tri dans tes amis, ton entourage. Certaines personnes te font du bien rien qu'en te regardant, te prenant dans leurs bras, te disant quelques mots dont le sens n'a pas forcément besoin d'être très important. D'autres te mettent encore plus mal. C'est comme ça, ça vient pas d'elles, mais de l'interaction entre toi et elles. Evitent les pendant cette période. Tu pourras les revoir plus tard quand ça ira mieux.
- ça ira mieux. Ca va prendre du temps, il y aura des montées et des descentes, mais petit à petit tu vas remonter. Profite de chaque éclaircie, prends les vraiment comme quelque chose de fabuleux, note le, fais toi la remarque à toi-même que là, tu as passé un moment plutôt agréable. Et quand ça va pas, dis toi que ça va passer. Ca passe toujours. Et en attendant tu serres les dents.
- Regarde autour de toi et accueille la vie. Elle est partout. Le rire d'un enfant, le sourire d'une mamie, un chant d'oiseau,...

Certains ont précisé qu'on n'oublie pas. Bien sur. Tous les jours je pense à lui. A chaque fois que je passe un bon moment je pense à lui. Tous les jours j'allume sa bougie.
Je viens d'être papa d'une petite fille, Luce. La vie est la plus forte et j'emmerde la mort. Je suis heureux avec mes 2 gars, ma femme et maintenant ma petite princesse. On a plein de projets. Et mon Hugo est là, à mes côtés pour m'aider à aller de l'avant. Il y a toujours ça  :'(. Mais il y a surtout ça  :love:

Je suis au sud de Tours. Si tu veux, si tu as besoin tu m'envoies un MP et on s'appelle ou on se voit.

Merci à tous ceux du forum qui feront avec Mo ce qu'ils ont fait avec moi : soutenir. Ca aide, vraiment.

A +
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: gargle le 01 mars 2013 à 14:02:43
 :calin:

courage
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Ishi le 01 mars 2013 à 15:34:54
tu as un MP
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: ensuquet le 01 mars 2013 à 16:15:29
 :calin:

De tout coeur avec toi....
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Gros Calou le 01 mars 2013 à 18:28:52
Mo tu as un MP  :calin:

 ;)
Titre: Re : Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Vitaly le 01 mars 2013 à 19:03:16
 Très émouvant  ce post....bon cousage Mo  :calin:



Tu réfléchis, tu avances malgré le fait que ça soit dur.  Donc tu vas t'en sortir.  Tu vas aller mieux.  Et t'as le droit.

Tout à fait d'accord
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: adi06 le 01 mars 2013 à 21:53:20
Courage à toi. Ce que tu es en train de vivre doit être le pire chose qui puisse arriver à un homme.
Je ne sais quoi te dire si ce n'est, peut-être, de te consacrer à fond sur ton boulot ou sur une autre activité prenante et si possible ou tu seras pas mal entouré.
Occupe-toi l'esprit le plus possible pour penser à ce drame le moins possible.
C'est facile pour moi de dire ça, n'étant pas dans ta situation mais c'est à mon sens une bonne chose à faire.
Quoiqu'il en soit sois fort et ne reste pas seul
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: AD le 02 mars 2013 à 17:12:31
 :calin:
Courage Mo ...

Je te souhaite d'arriver à apprivoiser ta tristesse. La tristesse n'est pas une émotion à diaboliser, elle est une étape normale du deuil, elle va t'accompagner et s'estomper avec le temps.
La douleur est autre chose ... Simplement accroche toi, parle dès que tu en a besoin, écris peut-être, fait du sport pour évacuer le trop plein, et fais toi aider ... Courage, courage, courage ...




Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: loic35 le 02 mars 2013 à 21:46:53
Vraiment touchant .... tu a tout mon  soutient .
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Mo le 03 mars 2013 à 00:09:34
Oui, il s’agit bien d’extérioriser l’horreur. L’horreur de trouver sa petite femme dans une situation que jamais je n'aurai imaginée. A tel point que mon cerveau a refusé de croire ce qu’il voyait. Je me souviens du mot, du sentiment de « blague » qui a traversé mon esprit un bref instant, comme si un voile était tombé sur mes yeux pendant une fraction de seconde.
L’instant d’après c’est l’horreur qui me submergeait, la détresse.

Nous avions tout pour être heureux, pas de souci d’argent, un toit, du travail, des amis, de la famille, de beaux projets… ce n’est pas comme si nous étions dans une région où ne connaissions personne, isolés, avec des soucis…
Elle venait d’être tata, elle allait voir sa famille pendant une semaine, nous étions heureux.
J’en parle, avec des amis, la famille, quelques collègues qui la connaissaient. Mais au final je dis tout le temps les mêmes choses, je me pose toujours les mêmes questions. Et ils n’ont pas plus de réponses que moi.
Je vais faire analyser notre ordinateur, je veux essayer de trouver une réponse de ce côté-là aussi. Ce sera ma dernière piste, ma dernière tentative. Se torturer, oui, le mot est juste David.

On m’a prescrit des médicaments, mais ils m’endorment, et je ne veux pas être comme ça, avoir un moyen d’endormir mon esprit. Je veux pouvoir penser à elle, à nous, librement.
Oui, elle a je pense été heureuse, on a été heureux. On en a partagé des très bons moments, des rigolades… On en a fait des randos, vadrouillé ensemble.
Elle m’impressionnait, elle qui frôlait les 50 kg toute mouillée, à porter son sac à dos sans se plaindre, à m’endurer.

Moi qui ne pleurais jamais, qui n’exprimais pas facilement mes sentiments, aujourd’hui je pleure, peu importe l’endroit, et je parle de ce que je ressens. Jamais je n’aurai cru poster un jour ce type de message.
Peut-être croire en un Dieu quelconque serait moins traumatisant, mais je suis athée, et pour moi après la mort il n’y a rien, le vide. C’est très personnel et ça ne regarde que soi, mais ça ne m’aide pas à me dire que là où elle est, elle est mieux.

Il ya aussi ces visions, ces frissons, ces films dans ma tête. Et visiblement pour ça non plus il n’y a pas de remède miracle.

Merci pour vos conseils et vos marques de soutien, ils sont appréciables.
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Draven le 03 mars 2013 à 10:37:00
Je n'ose pas imaginer ce que c'est de rentrer chez soit et de découvrir une chose pareille... Je suis de tout cœur avec toi, tes deux messages m'ont retournés les tripes...

Effectivement je ne pense pas qu'il y ai de remède miracle, a part essayer de mettre de coté les choses négatives, pour ne garder que le positif... Et laisser le temps faire son œuvre...


Tu a un forum complet qui est prêt a te soutenir, sans compter tes proches et tes amis, appui toi sur ceux qui en sont capables et qui peuvent t'aider ( comme dit plus tôt, certains en sont incapables, involontairement ) et accroche toi !
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: guillaume le 03 mars 2013 à 13:08:26
Mes pensées t’accompagnent.

Si jamais je peux être utile en quoi que ce soit, n'hésite pas.
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: h le 03 mars 2013 à 17:31:24
put**n de saloperie de vie...   Accroches toi 
beaucoup de compassion pour toi
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Shumba le 04 mars 2013 à 03:29:49
Accroche toi ! Tu n'es pas seul...
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: psydomos le 04 mars 2013 à 21:27:08
 Salut Mo,

Je sais pas trop quoi te dire si ce n'est que j'admire ton courage et ta sincérité.
Si tu veux parler de tout et de rien avec un inconnu, je serais disponible, simplement...envoi juste un signal au besoin.

:calin:
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Cignalu le 05 mars 2013 à 01:08:39
Salut Mo,

on ne se connait pas, mais je te souhaite tout le courage dont tu as besoin et te souhaite sincèrement de reprendre le dessus dès que possible. Ne culpabilise pas, on ne peut ni tout prévoir, ni tout maitriser.

Je suis avec toi par la pensée,

Très sincèrement.
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Calypso le 06 mars 2013 à 14:56:29
Comment survivre, se reconstruire, reprendre goût à la vie ? J'ai beau tourner ça dans tous les sens je n'en vois pas d'issue. On me répète que le temps fera son œuvre...
J'ai parcouru un ancien fil  (http://www.davidmanise.com/forum/index.php/topic,3786.0/nowap.html) parlant des tentatives de suicide (avec le témoignage de Rod), mais certains auraient-ils des conseils face à cet évènement, pour surmonter ce geste et le traumatisme lié à cette découverte ?
Mo

Bonjour Mo.

Je vais du bas de mes 23 automnes, te donner un avis sur ce traumatisme et sur comment je l'ai géré. Car il m'est arrivé la même chose qu'à toi quand j'avais 14 ans, quand celle qui m'a donné la vie a décidé d'ôter la sienne. Et je ne suis pas la seule ici à avoir vécu cet évènement.
Tu t'en doute, ce sera mes conseils et mon point de vue, ce que j'ai consciemment ou inconsciemment fait pour surmonter ça, ma sœur qui a vu exactement la même chose n'a par exemple pas réagi du tout de la même manière. Certains s'éloignent comme une bête blessée, qui lèche ses plaies, loin des autres, d'autres se jettent dans l'action, papillonnent, se blindent les journées par peur de la solitude, s’enfoncent dans milles tracas quotidiens...

Je vais être honnête : ça fera 9 ans dans quelques jours, déjà, et la peine n'a pas diminué. Je ne crois pas du tout que "le temps ceci ou celà". Non, pour moi, on apprend seulement à vivre avec. Ce n'est pas le temps en lui même qui guérit, il atténue simplement quelque peu la douleur. Le temps n'a pas été un médicament. Mais il ne faut pas que la douleur s'enkyste face au défilé des jours...

Certains auraient-ils des conseils face à cet évènement, pour surmonter ce geste et le traumatisme lié à cette découverte

Dans mon cas, ce qui a été le plus dur à gérer, c'est l'image que j'ai vu. ça a mis du temps à sortir car les premiers mois je n'ai pas réalisé, pas pleuré ou si peu, bref je n'ai pas compris ce qui m'arrivait. Quand ça a commencé à sortir, quasiment un an après voir plus, je ne pouvais plus ouvrir un placard sans que ça me vienne à la figure. C'est venu d'un coup. J'avais fait une ou deux séances avec un psy quelque mois après son décès mais j'avais très vite arrêté car je ressortais plus mal que bien de ces séances, le courant n'était pas passé.
De là, forcément, on perds le sommeil. Et corrélativement, l'appétit. Là où ma sœur s'est plongé dans le travail, moi j'ai continué ma petite scolarité "normalement" , mais à la maison, sans même m'en rendre compte, je commençais à virer zombie. Je riais, je sortais, j'avais plein d'amis, mais intérieurement, je hurlais. Respirais la joie nourrie de désespoir. Tôt ou tard, je crois qu'on est rattrapé par ce qu'on a vu et vécu. L'enfouir n'est pas une bonne chose. Jpense qu'au contraire il faut que ça sorte. D'une manière ou d'une autre.
ça a continué comme ça pendant quelques mois, être une automate, une petite souris qui sourie, dont le fantôme remontait le mécanisme le matin pourqu'elle tienne jusqu'au soir. J'ai commencé à avoir des crises d'angoisses : mal au ventre d'un coup, plié en deux, ne plus pouvoir respirer, et littéralement être perdue, avoir l'impression d'étouffer, qu'une main invisible serre la gorge, qu'on va mourir...

Concernant le traumatisme lié à cette découverte aussi : les films, les livres, les conversations avec ceux qui ne savent pas forcément ce qui nous est arrivé... ça fiche un poignard dans le coeur. Une fois au cinéma, la scène a duré tellement longtemps (enfin, pour moi), que j'ai cru exploser.

Jusqu'au jour où je me suis levée en disant STOP, une sorte de déclic. Du style : "Tu es jeune, les jours passent, tu vas pas passer ta vie à pleurer, elle t'a pas éduqué comme ça, BASTA, maintenant, PLACE A LA VIE." Ne plus pouvoir regarder un film car il y a la peur de tomber sur une mauvaise scène, ne plus pouvoir se concentrer assez longtemps pour pouvoir lire... ça n'est pas normal et il faut réagir. Voilà, il fallait que ça sorte. J'ai vu quelqu'un d'autre, plus compétente, qui me correspondait mieux, qui m'a assez aidée + fait des tests à l’hôpital du sommeil. Juste d'en parler, de dire tout ce que je ressentais, ça m'a fait du bien. ça n'a pas tout guérir et ça a pris du temps, mais ça m'a permis d'aller mieux, et de recommencer doucement à vivre au lieu de "survivre". Je n'ai jamais pris aucun médocs, que ce soit anti-dépresseurs ou somnifères. Or de question. Mais ça c'est à chacun et au médecin de voir.
Autre chose : nous avons déménagé, 3/4 mois après, et ça a été une bonne chose. ça n'a pas évité les "flashs" bien sûr, car ce n'est pas en quittant un endroit qu'on peut mettre derrière ses sentiments, mais ça a quand même permis que nous reconstruisions quelque chose tous les quatre (Mon père, ma soeur, mon frère et moi).
Donc là je ne peux que te conseiller de partir... peut être pas tout de suite... tu as d'autres choses à régler, rien ne presse... mais ne tarde pas trop non plus si tu prends cette décision, car cela peut te bloquer dans ta reconstruction... Les choses ne sont pas seulement des choses, elles portent des traces humaines, chaque objet est une histoire, liée à celle des personnes qui les ont utilisées et aimées.
Les personnes décédées ne disparaissent pas de notre mémoire, nous pouvons librement les évoquer, par contre, eux ne peuvent plus penser à nous. Je ne crois pas non plus, comme toi, à une quelconque forme de vie après la mort et c'est vrai que ça rend "l'acceptation du décès" peut être plus difficile... Donc n'hésite pas à faire tes valises et t'aérer. Peut être auras tu l'impression de tuer les dernières choses qui te raccrochent à elle en faisant ça, mais au contraire cela permet de..."sainifier" la situation.

Une chose difficile à gérer en cas de suicide : le regard des autres. C'est une chose encore taboue et très mal comprise. Des personnes qui ignorent mon passé ont déjà tenu des propos comme "les personnes qui mettent fin à leur jour exprès chez eux sont des égoïstes, ils pensent pas à ceux qui les trouveront, c'est inadmissible d'imposer ça" etc...
Autant te prévenir, avant, il y avait surement des choses auquel tu ne faisais pas attention, qui désormais te toucheront directement. Du moins c'est comme ça que je l'ai vécu : il y avait un avant, et un après.

Au delà de l'image et du traumatisme lié à la découverte du proche décédé, s'ajoute le sentiment de culpabilité et le "pourquoi", le besoin de savoir.
J'ai comme toi commencé des recherches, quoi qu'un peu plus tardivement, pas de suite. J'ai découvert en allant voir son médecin, qu'elle était malade et en dépression depuis assez longtemps. Et comme toi, j'ai rarement connu plus fort, plus souriant que ma mère. Le fait de savoir qu'elle était malade, car la dépression est bien une maladie, m'a permis d'être lucide... on en veut pas à quelqu'un qui meurt d'un cancer. On lui dit pas qu'il est égoïste de faire souffrir ses proches et sa famille. Alors POURQUOI on en voudrais à quelqu'un qui a une dépression ? C'est une maladie comme une autre, et même plus perverse car incomprise, et qui touche tous les proches et les culpabilise... Jvois pas comment je pourrais lui en vouloir d'avoir été malade, d''avoir cru qu'elle était un poids pour nous, surtout quand il m'a révélé qu'elle avait surement fait ça pour nous "sauver d'elle" qui allait mal et allait nous tirer vers le bas  :blink:.
Ah... la culpabilité... et si j'avais pu... (je n'ai pas pu la réanimer non plus, et en même temps à 14 piges je sais pas comment j'ai pu penser y arriver !). Les "Et si"... bannis les "et si" de ta tête...
J'ai beaucoup travaillé sur la culpabilité (en plus de l'image), en utilisant une technique un peu spéciale, adaptée aux personnes ayant vécu des traumatismes (accidents de la route grave, viols ou décès etc etc etc...). ça n'est pas vraiment de l'hypnôse car je suis "résistante" et surtout j'y crois moyen... trop cartésienne. Si tu veux je t'en parle par MP mais en tout cas ça a mis des "filtres" entre ces images vécues et moi, elles me semblent très loin maintenant, je ne les vois plus, ça ne me fait plus rien... la vie a pu véritablement reprendre à partir de ce moment là. Que cette faiblesse est devenue une force.


Je t'envoie plus ce message comme un message d'espoir, te dire de ne pas t'effondrer, qu'après les ténèbres revient la Lumière...
Aujourd'hui, je termine tout juste mes études, j'ai tout réussi sans problèmes et plus j'allais mieux, plus j'ai réussi avec brio, au point de finir major de promo (quand jpense qu'il y a encore 4 ans je pouvais même pas lire deux phrases sans me déconcentrer !), j'ai justement ma remise de diplôme (le jour de sa mort haha, joli clin d'oeil...) dans 3 jours, je sors, je ris pour de vrai, je croque la vie comme une grosse pomme juteuse, elle est bien remplie, avec moults activités et centres d'intérêts, je me sens forte, il y a des choses que je "sens" aussi, quelque chose de bête mais parfois j'ai l'impression d'un coup d’œil de sentir que la personne dans le tram à côté de moi ne va pas bien, et comme je sais que parfois il suffit d'un rien pour que ça bascule, je distribue des sourires.
Je me sens très lucide par rapport à ça, j'ai revu des films où il y avait le genre de scène que j'ai pu voir "en vrai", et ça ne me fait plus rien, je n'ai plus de hauts le cœur, plus de bouffées d'angoisses, j'ai complètement mis des filtres et je vis très bien.
Alors bien sûr, elle me manque. Bien sûr certaines étapes de la vie font qu'on aimerait, plus qu'à n'importe quel moment, partager ça avec l'être qui est parti... mais quand je pense à elle, je ne vois plus désormais que les bonnes choses, les bons moments.
Je regarde avec plaisir les photos, tout le côté "négatif" est définitivement parti. Je te souhaite de retrouver un jour une "relation" sereine et saine avec elle, car cette acceptation et cette lucidité face à ce qui c'était passé, je crois qu'au fond, c'est ça qui m'a sauvée. Se réconcilier avec les morts, atteindre la sérénité du souvenir...


Désolée pour le pavé, et bon courage à toi.
Si tu as besoin que je détaille pour la technique que j'ai utilisé pour évacuer l'image traumatique, tu peux me MP.
Et sinon je serais sur Tours pour voir de la famille dans peu de temps.




PS : je laisse ce message en ligne, mais à terme, je l'effacerais peut être. Pas du tout de la honte hein, juste que je sais à quel point ce forum est lu, donc je trierais ce qui doit rester en terme de signal et ce qui sera devenu superflu.
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: ** Serge ** le 06 mars 2013 à 16:12:39
PS : je laisse ce message en ligne, mais à terme, je l'effacerais peut être. Pas du tout de la honte hein, juste que je sais à quel point ce forum est lu, donc je trierais ce qui doit rester en terme de signal et ce qui sera devenu superflu.

A titre personnel : ce sont des interventions comme la tienne qui sont la substance de ce lieu. Ce serait dommage de la retirer, la modifier, l'altérer. Même ce que tu pourrais considérer comme n'étant pas du ' signal ' en est, dans sa forme la plus brute, non traitée. Merci à toi  :)
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: AD le 07 mars 2013 à 17:09:48
Merci Calypso pour ton témoignage, ton honnêteté et ton optimisme.
Merci d'avoir apporté de la lumière à toutes ces questions, qu'on est nombreux à se poser.

Je suis d'accord avec Serge, même si tu ne le perçois pas comme tel, ton message déborde de signal et il est d'une grande richesse laissé en l'état. Il y a beaucoup de lecteurs sur ce forum qui n'interviennent pas mais qui y trouvent des réponses et du soutien.

 :calin:
 
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Patapon le 08 mars 2013 à 12:59:15
Yo Mo,

Je vais me permettre juste deux propos:


Bon courage, ne baisse pas les bras: il y a toujours de la lumière au loin.

Mes pensées t'accompagnes.

Hugo
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Mo le 08 mars 2013 à 23:34:33
J’ai habité quelques jours chez mes parents, et ai emménagé depuis chez ma sœur, du côté de Blois. J’ai la chance d’avoir une sœur et un beau-frère en or, et un petit neveu pour qui tonton est  important. Malheureusement, j’appréhende le moment où je devrais partir, où je ne serais plus entouré, et aussi bête que ça puisse paraitre, le moment où je serai seul le soir, surtout avec le traumatisme.

Dans tous les cas je ne pouvais pas revivre dans notre appartement. J’y suis retourné une fois récemment pour chercher des affaires, seul, ce fut suffisamment dur.
La psychologue n’est pour l’instant quasiment jamais intervenue, j’ai trop de choses à exprimer, à faire sortir. Dans les premières semaines, j’avais la sensation de tomber en arrière, sans pouvoir jamais m’arrêter. Depuis quelques jours, elle a été remplacée par une sorte d’hébétude, d’abattement.

Calypso, ton témoignage m’est utile, il me renvoie à ce que je vis depuis que ça s’est passé. Le fait de savoir que d’autres personnes ont vécu un évènement similaire ne change en rien ma douleur et le fait qu’elle me manque, mais ton témoignage m’apporte. Je te contacte par MP si tu veux bien.

Le regard des autres, s’y faire m’est difficile. Non pas qu’il soit mauvais (mes collègues m’ont dit qu’ils ne savent pas quoi faire, comment m’aborder) mais il est pesant, lourd à porter. Je vais travailler dans une sorte de cocon, de renfermement sur moi-même. Je n’ai pas envie de parler. A quoi bon discuter avec eux, de quoi discuter d’abord ? Je n’ai rien à dire.
Je me demande si faire un break, partir, même loin, ne serait pas utile. Faire le vide, ne plus côtoyer pendant une certaine période les gens qui l’ont connu, me la rappellent, ou me renvoient à ce qui s’est passé. Mais une fois parti peut-être que je regretterai justement cet entourage…

Décider seul alors que pendant 14 ans mes décisions ont été guidées par rapport à nous 2, c’est aussi un choc important. C’est effrayant de se dire qu’on peut faire ce qu’on « veut » de sa vie, mais uniquement pour soi, sans pouvoir la partager avec celle qu’on aimait.

L’analyse de notre ordinateur aura lieu ce week-end. Je ne sais pas si j’ai tord ou raison, mais j’ai envie de savoir.
Les médecins m’ont dit qu’il devait y avoir un terrain propice à ce geste, peut-être présent depuis longtemps. Je n’accepte pas le fait qu’elle est pu être malade (c’est le terme qu’ils ont employé), et surtout que je n’ai pas pu le voir.
Ils ont aussi dit que même si j’avais été à ses côtés lorsque ça s’est produit, les chances qu’il n’y ait aucunes séquelles auraient été très minimes, même si j’avais pu agir de suite. Ca ne me console pas, mais ça conforte le fait que sa décision était prise.

J’ai juste pris une partie de mes affaires, tout est resté tel quel. Dans un moment, peut-être dans longtemps, j’irai vider complètement notre foyer.
J’ai rassemblé les mots, lettres et objets symboliques qui me rattachaient à elle. Je les mettrai dans un coffre, plus tard.

Votre soutien me va droit au cœur.
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Dox le 09 mars 2013 à 03:19:16
Salut Mo,
ton histoire me remue,
vécu la mort de mon frelu de 17 ans, cancer fulgurant en 2005,
autre histoire pour le m^me dénouement, tjs du mal à le digérer.
(Je ne vais pas détailler plus avant, ça n'est pas forcément le but et ça serait un peu long et maladroit de ma part)

ces quelque lignes pour te dire :
je trouve ta réaction d'en parler ici très saine, ça n'est pas évident, à chaud, je ne sais pas si j'en aurais eu la force.

Ne fais pas la même connerie que moi, ne retiens rien, laisse couler ce qui doit sortir,
suffisamment de bordel va te résister.

De l'importance de garder le silence pour pouvoir lâcher les mots /maux.
une oreille neutre et  extérieure est parfois la bienvenue, la mort est lourde et encombrante.

Forcément un coin de ciel bleu qui se profile à l'horizon (j'assume le cliché).
j'aimerais trouver le mot qui va bien, mais je ne l'ai pas.

avancer.
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Anke le 10 mars 2013 à 20:54:57
Mmmmh difficile d'avoir une analyse claire, il y a beaucoup d'affect dans tout ça.
Je crois que le plus compliqué à combattre en l'occurence c''est le : " j'aurai dû..." et toute la panoplie de culpabilité qui va avec.
Ton épouse a fait ce choix là, de mettre fin à ses jours et elle a mis en oeuvre les moyens necessaires et suffisants pour arriver à ses fins. Je crois qu'on peut lui rendre cette justice : c'est d'avoir accompli cet acte en pleine conscience, et en assumant pleinement les conséquences, même celles qui arriveraient après sa disparition.
Je crois que nous pouvons lui rendre cette justice, elle a agit en totale liberté. C'est bien sûr douloureux, mais ce fut son choix à elle, et chacun ( même toi quoiqu'il puisse t'en couter), doit respecter cela.... je crois..
As-tu failli ?
Non !
Même si tu avais été différent, si tu avais "vu", cela aurait-il changé quelque chose ? Certainement pas.
Un tel acte n'est pas une fatalité, comme une maladie, c'est un choix pesé et raisonné. Et cet acte n'est dirigé vers personne et surtout pas vers ceux qu'on aime. Quand on va jusqu'à cet acte, c'est qu'on ne veut plus aller au-delà. C'est un peu comme si on disait: " Non, moi, je m'arrète là, continuez sans moi." Et en disant ça, personne n'est remis en cause, c'est juste qu'on a plus envie, qu'on a plus la force, et qu'on décide que c'est maintenant que ça s'arrète.
Je crois qu'il faut lui reconnaitre ça, ce libre choix de faire ce qu'elle voulait de sa vie, d'y mettre un terme, même si tu devais en souffrir. Elle le savait tout ça.
Détaches toi de toute culpabilité, c'est elle qui a fait ce choix là, pas toi. L'homme que tu es n'es pas en cause. C'est difficile, mais il te faut accepter tout ça. Ton amour pour elle n'est pas en cause non plus, elle sera toujours dans ta vie, comme une partie heureuse de ton existence et ma foi surement aussi comme une partie heureuse de la sienne. Cependant; elle a choisi d'emprunter un autre chemin, le sien.
On ne peut obliger personne à vivre sous prétexte que nous on a envie qu'il vive.
Je crois que le véritable amour c'est celui là : " Fais ce qui est bon pour toi, même si ça doit être sans moi."
Tu n'es pour rien dans tout ça. Continue de l'aimer, pour ce qu'elle est aujourd'hui, pour les choix qu'elle fît. M^me si c'est dur. Dans quelques temps, tu seras plus serein qu'aujourd'hui, et de cette épreuve, il ne restera que ce que vous vous êtes donné l'un à l'autre.
A l'automne de ta vie, tu seras heureux de l'avoir connue, aimée. Tu en sortiras grandi.
Prends soin de toi.
Titre: Re : Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: b@s le 10 mars 2013 à 21:10:10
Mmmmh difficile d'avoir une analyse claire, il y a beaucoup d'affect dans tout ça.
Je crois que le plus compliqué à combattre en l'occurence c''est le : " j'aurai dû..." et toute la panoplie de culpabilité qui va avec.
Ton épouse a fait ce choix là, de mettre fin à ses jours et elle a mis en oeuvre les moyens necessaires et suffisants pour arriver à ses fins. Je crois qu'on peut lui rendre cette justice : c'est d'avoir accompli cet acte en pleine conscience, et en assumant pleinement les conséquences, même celles qui arriveraient après sa disparition.
Je crois que nous pouvons lui rendre cette justice, elle a agit en totale liberté. C'est bien sûr douloureux, mais ce fut son choix à elle, et chacun ( même toi quoiqu'il puisse t'en couter), doit respecter cela.... je crois..
As-tu failli ?
Non !
Même si tu avais été différent, si tu avais "vu", cela aurait-il changé quelque chose ? Certainement pas.
Un tel acte n'est pas une fatalité, comme une maladie, c'est un choix pesé et raisonné. Et cet acte n'est dirigé vers personne et surtout pas vers ceux qu'on aime. Quand on va jusqu'à cet acte, c'est qu'on ne veut plus aller au-delà. C'est un peu comme si on disait: " Non, moi, je m'arrète là, continuez sans moi." Et en disant ça, personne n'est remis en cause, c'est juste qu'on a plus envie, qu'on a plus la force, et qu'on décide que c'est maintenant que ça s'arrète.
Je crois qu'il faut lui reconnaitre ça, ce libre choix de faire ce qu'elle voulait de sa vie, d'y mettre un terme, même si tu devais en souffrir. Elle le savait tout ça.
Détaches toi de toute culpabilité, c'est elle qui a fait ce choix là, pas toi. L'homme que tu es n'es pas en cause. C'est difficile, mais il te faut accepter tout ça. Ton amour pour elle n'est pas en cause non plus, elle sera toujours dans ta vie, comme une partie heureuse de ton existence et ma foi surement aussi comme une partie heureuse de la sienne. Cependant; elle a choisi d'emprunter un autre chemin, le sien.
On ne peut obliger personne à vivre sous prétexte que nous on a envie qu'il vive.
Je crois que le véritable amour c'est celui là : " Fais ce qui est bon pour toi, même si ça doit être sans moi."
Tu n'es pour rien dans tout ça. Continue de l'aimer, pour ce qu'elle est aujourd'hui, pour les choix qu'elle fît. M^me si c'est dur. Dans quelques temps, tu seras plus serein qu'aujourd'hui, et de cette épreuve, il ne restera que ce que vous vous êtes donné l'un à l'autre.
A l'automne de ta vie, tu seras heureux de l'avoir connue, aimée. Tu en sortiras grandi.
Prends soin de toi.

 :love: :love: :calin:

tellement vrai, et si bien dit ...

accroche toi Mo !
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Gros Calou le 10 mars 2013 à 22:07:53
Mo suite au post de Anke aka mon Titi, tu as un MP  :love:
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Stéph le 11 mars 2013 à 09:11:39
Courage Mo..
Ne pas culpabiliser.. un acte, fruit d'un choix personnel, tu n'as aucune prise dessus..
Accepter sera le plus difficile.. le plus long..
Tu trouveras ici des gens que la vie n'a pas épargné, et certains t'ont déjà tendu les bras; j'en veux pour preuve toutes les propositions de contact par MP..
Je te félicite d'avoir su te livrer; c'est déjà du courage et la volonté affirmée de continuer ton chemin..
N'hésites pas à me contacter en MP si tu as envie de parler, je te confierai mon tél..
Prends soin de toi mon gars..
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Humain le 11 mars 2013 à 11:07:02
Bonjour Mo

J'ai beaucoup hésité avant d'écrire sur ce fil car je savais que tu allez recevoir ici beaucoup de soutien et que tu n'avais certainement pas besoin d'une mouche du coche.
Puis Anke a posté. Message plein d'humanité et de courage, fidèle à lui-même.
Mais je ne suis pas d'accord.

Ton épouse a fait ce choix là, de mettre fin à ses jours et elle a mis en oeuvre les moyens necessaires et suffisants pour arriver à ses fins. Je crois qu'on peut lui rendre cette justice : c'est d'avoir accompli cet acte en pleine conscience, et en assumant pleinement les conséquences, même celles qui arriveraient après sa disparition.
Je crois que nous pouvons lui rendre cette justice, elle a agit en totale liberté. C'est bien sûr douloureux, mais ce fut son choix à elle, et chacun ( même toi quoiqu'il puisse t'en couter), doit respecter cela.... je crois..
En totale liberté??? Oui elle a choisi la mort à la vie, oui c'est son choix et ce n'est certainement pas a Mo de se sentir coupable de cela, mais même sans la connaître je sais qu'il ne s'agit pas de liberté. Pour être libre il faut avoir réellement le sentiment d'avoir des choix.
Quant à en assumer les conséquences... quand on se suicide chez soi en sachant que la personne qui nous aime le plus au monde va devoir découvrir ça et vivre avec ces images jusqu'à son dernier souffle, on est loin d'en assumer toutes les conséquences, non!
 
Citer
Je crois qu'il faut lui reconnaitre ça, ce libre choix de faire ce qu'elle voulait de sa vie, d'y mettre un terme, même si tu devais en souffrir. Elle le savait tout ça.
Idem... et dire qu'elle savait qu'il allait souffrir me semble relever de la boule de cristal. Non elle ne le savait pas forcement. Selon les causes de son suicide elle pouvait même penser que ça serait un soulagement (présent ou à venir) pour lui. Un suicide peut parfois être un acte d'amour...

Citer
Même si tu avais été différent, si tu avais "vu", cela aurait-il changé quelque chose ? Certainement pas.
On en sait rien et il n'en saura jamais rien.  Peut-être qu'il aurait pu faire quelque chose, peut-être pas. Ce qui est sûr, c'est qu'elle n'a pas appelé au secours, n'a pas sollicité son aide de manière visible, et ça elle l'a vraiment choisi.

Citer
Un tel acte n'est pas une fatalité, comme une maladie, c'est un choix pesé et raisonné. Et cet acte n'est dirigé vers personne et surtout pas vers ceux qu'on aime. Quand on va jusqu'à cet acte, c'est qu'on ne veut plus aller au-delà. C'est un peu comme si on disait: " Non, moi, je m'arrète là, continuez sans moi." Et en disant ça, personne n'est remis en cause, c'est juste qu'on a plus envie, qu'on a plus la force, et qu'on décide que c'est maintenant que ça s'arrète.
Mettre des ailes et une auréole à un défunt ça fait joli dans les cimetières et les souvenirs mais les pierres tombales n'en restent pas moins glacées.
Et s'il est indéniablement réconfortant de se faire croire que l'on est pour rien dans le suicide de quelqu'un, ni que ce n'est absolument pas dirigé contre nous, cela n'en rends pas moins l'hypothèse possible. Le nier, le refuser sans se poser la question, c'est prendre le risque que ce doute en suspend quelque part au fond de soi distille son venin jusqu'à la fin de nos jours.

Oui je suis un monstre si vous voulez, oui certains penseront même que j'enfonce la tête de Mo dans l'eau.
J'ai la faiblesse de croire que ce n'est pas en mettant du vernis sur l'horreur qu'on le rend acceptable, j'ai la faiblesse de croire que ce que l'on masque sous des pansements de bons sentiments et de philosophie déconnectée du réel ne sont que des couvercles de cocottes-minute que l'on ferme bien hermétiquement alors que le feu est au plus vif.
Il l'aime, mais il a le droit de la détester aussi pour ce qu'elle a fait, ce qu'elle s'est fait. Il a le droit de lui en vouloir de l'avoir laissé nu sans aucune explication. Les premières victimes des suicides, ce sont sont pas les morts.
Alors tu en chies, tu vas en chier, peut-être même au point d' essayer de te foutre en l'air toi aussi... Et si tu y arrives, il ne restera alors plus rien d'elle, de ses rires, de son regard, de la douceur de sa peau... elle sera vraiment morte.
Mais laisse-moi te dire une chose Mo: les vrais coupables, les vrais salauds sont rarement ceux qui se posent des questions et qui souffrent.

Regarder ce suicide en face sans maquillage avec toute l'atroce douleur que ça implique pour essayer de comprendre, si c'est possible, puis se défaire de la culpabilité et du Néant comme on enlève un manteau qui n'a pas été fait pour nous, parce que ça ne sert à rien de le garder, parce que ça ne la fera pas revenir quoi qu'on ressente, quoi qu'on fasse.
Survivre à un suicide, c'est aussi devenir un Guerrier qui a conscience que le plus grand ennemi n'est autre que ce Soi qui chuchote ces paroles qui sont comme des boulets de bagnard.

Avec cela, je suis d'accord:
Citer
On ne peut obliger personne à vivre sous prétexte que nous on a envie qu'il vive.
Je crois que le véritable amour c'est celui là : " Fais ce qui est bon pour toi, même si ça doit être sans moi."
Accepter que l'autre soit mort sans qu'on ait pu le retenir, et accepter de s'autoriser à vivre.
Titre: Re : Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Bomby le 11 mars 2013 à 13:11:06
(...)
Et s'il est indéniablement réconfortant de se faire croire que l'on est pour rien dans le suicide de quelqu'un, ni que ce n'est absolument pas dirigé contre nous, cela n'en rends pas moins l'hypothèse possible. Le nier, le refuser sans se poser la question, c'est prendre le risque que ce doute en suspend quelque part au fond de soi distille son venin jusqu'à la fin de nos jours.

Oui je suis un monstre si vous voulez, oui certains penseront même que j'enfonce la tête de Mo dans l'eau.
J'ai la faiblesse de croire que ce n'est pas en mettant du vernis sur l'horreur qu'on le rend acceptable, j'ai la faiblesse de croire que ce que l'on masque sous des pansements de bons sentiments et de philosophie déconnectée du réel ne sont que des couvercles de cocottes-minute que l'on ferme bien hermétiquement alors que le feu est au plus vif.
(...)

Humain,

je suis vraiment en accord avec ton post dans son ensemble, mais je voudrais quand même nuancer un peu plus sur la question de la responsabilité/culpabilité (question de formulation sans doute)...

Il est certainement important pour ceux qui restent, essentiel sans doute, de vouloir comprendre,  au point d'essayer de déterminer la part de responsabilité éventuelle qu'ils pourraient avoir...

Mais dans la plupart des cas cette quête de l'explication restera largement vaine, tant les causes apparaissent le plus souvent complexes, multiples. On peut peut-être mettre de côté l'hypothèse des suicides d'avant éclatement de tel ou tel scandale, et encore, mais il me semble que la plupart du temps, il serait vraiment hasardeux de prétendre avoir fait la lumière sur les raisons d'un acte aussi dramatique et traumatisant pour ceux qui restent...

Et il me semble que, dans beaucoup de cas également, on ne peut faire abstraction de l'hypothèse d'une part pathologique importante dans les causes de l'acte... En un sens et pour forcer le trait, considérer qu'un suicidé a librement choisi son suicide peut revenir à considérer qu'un dépressif serait responsable de sa dépression. Sur ces sujets, la réalité me paraît éminemment complexe...

Autrement dit, les causes de responsabilité (et donc de sentiment de culpabilité) des proches survivants peuvent exister, mais leur impact réel sur l'acte définitif reste souvent largement aléatoire...

Ce n'est pas une raison à mon avis pour ne pas les rechercher... C'est en tout cas à mon avis une raison pour les relativiser et ne pas éternellement, ni constamment, s'épuiser à vouloir percer un mystère qui demeurera toujours au moins en partie...

                                                                                                                                                              ***

Mo, je suis désolé, je ne suis pas sûr que nos "dissertations" ici sur le sujet puissent t'aider beaucoup, malgré nos bonnes intentions à tous... Peut-être que cependant la formulation de certains points de vue, éventuellement antagonistes, t'aidera toi-même à faire le tri et à y voir un peu plus clair... On peut du moins l'espérer.

En tout cas, je crois que tu peux être assuré de l'affection de tous ceux qui ont posté ici...

Cordialement,

Bomby
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Calypso le 11 mars 2013 à 19:15:53
Salut Humain.

Tu n'es pas un monstre. Je n'étais pas entièrement d'accord avec le message de Anke non plus... je retrouve du vrai et j'ai ressenti ce dont vous parlez tous les deux. au début ce dont tu parles Humain (colère) ensuite, ce dont tu parles Anke (acceptation). Ca fait sans doute parti des étapes du deuil. Peut être que ce sera pareil pour Mo, peut être pas...

C'est typiquement le genre de chose où on ne peut pas faire de généralités. Il n'y a pas un suicide mais des suicides, chacun, chaque situation est différente, et là peut être encore plus qu'ailleurs. Certains car ils sont en dépression, d'autres car ils viennent d'apprendre une nouvelle dramatique qu'ils pensent ne pas pouvoir surmonter, d'autres par honneur ... il n'y a pas toujours et systématiquement une longue dépression derrière... Et puis, rien que la manière dont une personne a décidé de se donner la mort change tout pour moi... je ne suis pas sûre que le fait de donner chacun un point de vue pour quelque chose d'aussi personnel (car même pour les proches, c'est un acte incompris, et chacun aura son interprétation...) fera avancer le chmilblik mais bon...

Bref. Pas forcément envie de disserter, j'ai eu 9 ans pour faire le tour de la question, pour le ressentir, je vois que les avis sont en tout cas très divergents (c'est pas forcément une mauvaise chose), mais personnellement je pense que cet acte restera toujours et à jamais incompris... Les suicidés sont incompris, et bien souvent par ricochet, leurs proches aussi -ou du moins je l'ai perçu comme ça- (comment ont-ils fait pour ne rien voir/moi à sa place je... limite si ce ne sont pas "les autres" qui te culpabilisent parfois)...

Quand on le vit de plein fouet, on peut avoir envie, et même BESOIN de chercher pourquoi. ça a été mon cas, et c'est apparemment celui de Mo. J'espère que cela lui apportera quelque chose...
Chacun a ses réactions et aucune n'est blâmable ou meilleure qu'une autre. Simplement, pour vous livrer mon expérience là dessus : chercher ce pourquoi était nécessaire... nécessaire car il m'aura fait comprendre... qu'il ne fallait pas à tout prix le chercher. J'ai trouvé certains débuts de réponses, mais je n'ai pas été au bout, j'ai arrêté car j'ai senti que ce que j'allais découvrir (ou pas) n'allait pas forcément m'aider...
Néanmoins si je n'avais pas essayé, je n'aurais compris que c'était plus ou moins vain. Cette recherche a fait parti de mon processus de deuil et d'acceptation. Je n'ai pas trouvé POURQUOI, mais j'ai trouvé qu'elle était malade, et ça a été suffisant. Elle l'a caché, elle n'en pouvait plus et pourquoi j'en sais rien, mais elle pensait nous "libérer d'elle". Elle pensait être un poids pour nous, qu'elle nous rendrait malheureux à être malheureuse, qu'elle nous tirait vers le bas...
J'ai senti ce dont tu parles Humain : de la colère, la détester pour ce qu'elle a fait, ce qu'elle s'est fait, ce qu'elle nous a fait...

Cette recherche, le fait de découvrir à quel point elle était mal, qu'elle n'en pouvait plus, qu'elle souffrait réellement comme souffre n'importe quel autre malade, m'a apaisé : je ne comprends toujours pas pourquoi, la raison unique, mais j'ai compris à quel point elle était mal et qu'il n'y avait pas une raison simple, et ça m'a suffit pour me réconcilier avec elle. A l'accepter. A lui pardonner. Et corrélativement, à ne plus culpabiliser. D'où ce que je disais dans mon précédent post : on en veut pas aux personnes ayant un cancer ou autre. Ils ont des médecins pour ça, des médicaments, le cancer, on s'en sort ou on en meurs. La dépression est une maladie aussi. Pas un choix. Il y a des médecins pour, des médicaments pour, on en meurt, ou on y survit. Jvois pas ce que ça pouvait m'apporter de toutes façons d'en vouloir à une personne ayant été malade, et ayant décidé d'arrêter de souffrir.

Donc de là, j'ai plutôt ressenti ce dont tu parles Anke. Je sais désormais que son acte n'était pas dirigé contre nous. Je respecte son choix, elle n'avait plus la force, je suis en paix avec elle.


Voilà sans doute pourquoi, lorsque ceux qui sans savoir mon passé me sortent des "ceux qui se suicident en faisant bien exprès pour que leurs proches les trouve ce sont des égoïstes", "non mais tu te rends compte ils gâchent leur vie de leurs enfants consciemment, leur vie est gâchée, ils s'en sortiront jamais !" (conversation réelle, tenue avec une future magistrate... gloups...). En arriver à un point de mal être tel que s'en est insupportable, invivable, MAIS être encore taxé d’égoïste. Puis quand je dis que je suis un de ces enfants là et que vois ma petite mon parcours identique au tien comme je m'en suis pas sortie, la personne devient en général cramoisie. Et moi, au fond, je suis assez sympa pour ne pas lui dire que c'est à mes yeux elle, la personne égoïste, pas capable de réfléchir cinq minutes et de voir plus loin que le bout de son nez, de comprendre à quel point une personne peut souffrir pour aller jusqu'à vouloir mettre un terme à sa propre vie.

J'espère que ce sera la même chose pour toi Mo, le tout étant qu'il ne faut pas s'acharner et se faire du mal. Mais ça, tu le sentiras.
Comme l'a dit Bomby, l'explication est restée vaine, tant les causes sont complexes et multiples, néanmoins cette recherche m'a aidée et m'a apporté. Comme un scientifique qui essaye une formule qui ne marche au final pas. Il n'aura pas le résultat mais aura appris énormément quand même.
Oublier tout ce qu'on en dit, ce que les gens, les autres en pensent, ceux qui disent que c'est égoïste, ceux qui disent que c'est héroïque... et faire selon son propre ressenti...


Désolée je me doute que c'est décousu, je crois que ça n'est pas très cohérent et que c'est fouillis, mais je n'ai pas envie de changer pour structurer, je crois que c'est bien mieux brut.

PS : Comme je le disais en MP, ok pour laisser mon témoignage précédent, j'enleverrai simplement, à terme, ce que je juge trop perso pour être laissé éternellement sur internet.


Mo, je t'ai répondu...
Je réponds aux autres dès que j'ai plus de temps.
Si d'autres questions => MP, jpense pas re-poster, j'ai dit tout ce que j'avais à dire sur mon vécu, donné mon point de vue sur la recherche du pourquoi/la colère/l'acceptation, jpense pas avoir d'autre lumière à apporter...


Bon courage Mo...
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: zapi le 14 mars 2013 à 23:18:17
Courage, je crois qu'on ne peut pas réellement parvenir a comprendre pourquoi
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Anke le 15 mars 2013 à 09:56:49
"Et s'il est indéniablement réconfortant de se faire croire que l'on est pour rien dans le suicide de quelqu'un, ni que ce n'est absolument pas dirigé contre nous, cela n'en rends pas moins l'hypothèse possible. Le nier, le refuser sans se poser la question, c'est prendre le risque que ce doute en suspend quelque part au fond de soi distille son venin jusqu'à la fin de nos jours."

La seule personne responsable d'un suicide, c'est celui qui met fin à ses jours, c'est lui qui agit. Point.

Pourquoi devrait-il y avoir des "coupables" d'ailleurs ? Un peu facile le Bien et le Mal. Y'a pas de bien ni de mal.
" Mettre des ailes et une auréole à un défunt ça fait joli dans les cimetières et les souvenirs mais les pierres tombales n'en restent pas moins glacées."
ça je ne sais pas , les cimetières c'est pour les gens qui sont morts, je n'y ai pas ma place ( je ne parle que pour moi). Et si on doit avoir des souvenirs autant que ce soit de bons souvenirs plutot que des mauvais. Et une auréole, ça peut aider à supporter les faits momentanément. ça peut juste aider à survivre ! ( c'est pas dans le titre ça d'ailleurs ?), et puis essayer de vivre après...

Mon discours n'est qu'un message d'espoir et pas une dissertation (mes dissertations, je pense que Mo s'en fout...). Quitte à supposer quelque chose d'hypothètique, j'aime autant ( je ne parle que pour moi une fois de plus) que ça puisse aider à avancer, à sortir la tête de l'eau et à ne pas se noyer dans la souffrance...

"Se faire croire..." Purée, j'aurai pas osé ça, pas tout de suite... Et ce n'est surement pas à moi, parfait inconnu de dire ça à un parfait inconnu en souffrance extrème.
Un peu plus de prudence peut-être.

Mais bon, tout ça, en l'état, on s'en fiche. En mode "survie", on se met à l'abri, on met des trucs qui fonctionnent de suite, efficaces, en branle. Le reste on verra plus tard, c'est pas à l'ordre du jour, c'est pas l'urgence.

Mo, ton demain est à construire, personne ne le fera pour toi, même ceux qui ont la bouche remplie de belles et intelligentes paroles, moi le premier...
N'oublies pas ça...
Prends ton temps, mais...
Dans la tempête, garde ton cap...
Sois fort...


Fin de ma participation en public.
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: vz le 15 mars 2013 à 12:55:27
Salut mo
Je t'apporte tout mon soutien dans cette douloureuse épreuve.
J'ai 37 ans et je suis veuf depuis le mois de juin 2012, ma femme est parti en 2h30 d'une crise cardiaque ... et a laissé un ado de 14 ans (issu d'une précédente union)
J'ai jamais su écrire ou exprimer la profonde tristesse qui s'est abattue sur mes épaules et je salue ton courage d'avoir su le faire ....
peut être qu'un jour j'y arriverai.
Je remonte la pente, mais ce n'est pas toujours facile.
Si tu as besoin d'en parler en MP ...

VZ
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: flo66 le 15 mars 2013 à 14:16:03
Salut,
          Désolé pour ceux qui t'arrive, bon courage.

Si j'ai un conseil a te donner, c'est d'aller voir un psy.

Ce conseil je te le donne car j'ai vu une personne que j'aimais mourir devant moi. J'avais 11 ans.
Malgré toute la bonne volonté et la compassion qu'ils ont t'es proches ne peuvent pas tout entendre, n'ont pas se regard extérieur dont on a besoin dans ces moments la.
Avec un psy tu peux te lâcher tout sortir ce que tu as en toi.

Bon courage je te souhaite de tout coeur de pouvoir t'en remettre et reprendre du poil de la bete.
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Mo le 23 mars 2013 à 22:27:55
Cubitus a raison, votre soutien m’aide. Bien sûr, il n’enlève rien à ma douleur, à mon incompréhension, mais il m’entoure.
Aujourd’hui  il me semble que mon cerveau essaye de camoufler ce qui s’est passé, de mettre comme un couvercle par-dessus. Je vois ça de loin, comme si je flottais au-dessus, avec un certain "détachement", et comme si quelques années étaient passées. C’est peut-être un mécanisme de défense, comme s’il décidait qu’à défaut de comprendre et d’assimiler son geste, il faut le "cacher", ne plus y penser. Peut-être pas la meilleure réaction, mais je ne contrôle pas.

Je ne la vois plus, ne la serre plus dans mes bras, ne l’embrasse plus, ne parle plus avec elle. Mais l’incompréhension et le sentiment de gâchis sont toujours présents. 
La psychologue a encore pas mal de travail avec moi je pense.

Je vais faire un break en mai, pour un mois au moins, peut-être plus, et partir. Même si, comme me l’a dit Calypso, partir ne résout pas tout, j’ai le sentiment qu’il faut que je voie autre chose, que je sorte de mon environnement habituel, que je voie d’autres personnes, et que je me construise un morceau d’histoire, quelque chose à moi sur lequel  je puisse repartir.
Je ne sais pas encore la forme que ça prendra : voyage seul, engagement humanitaire, avec un ou des compagnons de route improvisés… on verra.

Encore une fois, merci.

Mo
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Draven le 24 mars 2013 à 12:51:05
Partir et faire un break peut être une bonne solution, a condition de ne pas revenir au même endroit après. Je ne me souviens pas qui te l'avais conseillé, mais je crois sincèrement que tu doit te " débarasser " des lieux a trop forts souvenirs négatifs...
Les souvenirs positifs tu les garderas quel que soit le lieu ou tu vis.

Fais toi aider, part faire le vide et change tes habitudes en revenant ( plus facile a faire si tu part un moment ).

Je pense, et cela n'engage que moi, qu'il y a une grosse part d'habitudes et de gestes reflexes qui vont te manquer/te faire du mal. Sans mettre en doute tes sentiments...
Du coup, vivre autrement durant quelques temps et revenir mais en changant d'appart/de maison ça ne peux qu'être positif.

Cela dit, je n'ai jamais vécu ce que tu vis, donc c'est uniquement mon ressenti et mes expériences ( différentes ) qui me font dire ça. Je sais pas si j'ai été clair, j'ai l'impression de mal m'exprimer... désolé.
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Pouçot le 24 mars 2013 à 15:35:06
Je suis avec toi, Mo. Au sens strict du terme.
Courage, puisque la Lumière fait l'ombre, alors; la Lumière n'est pas éteinte.  :)

Ayant été confronté à la violence que revêt -presque- systématiquement la mort par suicide, et n'ayant pas forcément la même vision de cet acte que nombre de gens avec qui j'ai eu l'occasion d'en parler, voire d'en débattre; je me permets de partager ici le chemin qui a été le mien. D'autant plus que chaque cas est unique, chaque expérience précieuse, et bla bla bla et bla bla bla.
J'avais 11 ans tout rond lorsque mon père s'est suicidé. Ce fut brutal.
Brutal sur le moment, car une décennie plus tard et à l'aune de ce que je suis à même de comprendre à présent, c'était une évidence.

Premier aparté concernant la culpabilité, celle qui fait mal et n'a jamais rendu meilleur (car il existe néanmoins une culpabilité ayant ce pouvoir, une sorte de rédemption...) : elle est inutile.
Comme l'a dit Calypso, il te faut bannir les "et si". Le conditionnel, à plus forte raison. Dégage les.
Normaux dans cette situation, tu comprendras plus tard qu'ils te desservent, s'accrocher au passé rend infirme et tenter de le transformer par l'esprit corrompt le présent...

J'avais 11 ans, donc, un beau jour [sic] de l'an 2000.
Comme à mon habitude, j'étais rentré du collège afin de manger chez moi avec mon père. Mais papa, ce jour-là; était plus pâle que d'habitude. Plus renfermé qu'à l'ordinaire. Froid comme une pierre.
Peu importe, ce genre de détails, bien qu'ils se remarquent, ne sont pas importants lorsqu'on est jeune; j'ai mis ça sur le compte de la fatigue ET de la ... tentative de suicide de ma mère, survenue une semaine plus tôt. Ouaip.
Je ne m'étale pas sur ce point, parce qu'il n'a aucun intérêt concret dans l'exposé...
Toujours est il que le padre n'étais pas au somment de son art et que le repas fut bref.
J'avais coutume de rentrer directement chez moi après le collège, mais ce jour-là, au moment de quitter l'appartement, il m'a demandé de lui remettre les clés. J'ai tiqué, demandé la raison avec véhémence; mais j'ai fini par obéir, conscient que quelque chose de tragique était à l'oeuvre. Je m'explique : mes vieux étaient alors en instance de divorce, et je pensais naivement que mon père préparerait dans l'après-midi le plus gros de ses affaires. Sauf que.
A peine le palier franchi, celui ci s'est précipité vers moi, m'a serré dans ses bras et m'a demandé pardon d'avoir été un mauvais père, qu'il nous aimait, mes frères et moi; et qu'il nous était défendu d'en douter. Pas glop, pour un gosse de 11 ans qui n'avait jamais reçu ce type d'effusions. Je ne galvaude pas le sens du mot jamais.

J'ai quand même siffloté le long du chemin me menant au bahut.  ::)

Tout a été très vite, ensuite. Le soir, ma mère était à la sortie du collège, m'a emmené chez mes grand-parents, et m'a annoncé le décès de mon père.
En mentant. Évoquant une crise cardiaque. Ouaip.
La nuit même, j'ai fini par arracher la vérité (mon père était fort comme un boeuf et dans ma p'tite tête d'ado, on ne pouvait pas mourir d'une crise cardiaque "juste comme ça") à la madre, mais le mal était fait...

J'ai passé plusieurs jours dans le brouillard, ne partageant avec personne les mots qui furent donc les derniers, de mon père. Ce fut sans doute une erreur.
Ma mère nous a demandé ensuite si nous souhaitions ou non assister à l'enterrement. Nous avons décliné l'invitation. Ce fut là, sans doute, une erreur.

Et le petit Kéké changea -bien évidemment- subitement.
En public, j'étais devenu le mec à fréquenter, le type même du petit con arrogant, le brun ténébreux qui fume des joints devant le collège; et méprise tout ce dont il n'a cure. Ma scolarité fut bousillée. Je m'appliquais à mettre de grands coups de tête dans tout ce qui avait été important pour moi jusque là. Seule exception, la littérature. J'ai trouvé une catharsis dans l'écriture, en sus de continuer à dévorer assidument les bouquins qui trainaient autour de mes pattes.
En privé, j'étais devenu un papa de substitution pour ma smala, ma mère ne sortira de sa torpeur que plusieurs années plus tard...
Sauf que je ne gérais réellement rien, j'étais devenu un automate au milieu d'une ataraxique et de deux frangins qui se laissaient porter par le vent... Lever/Glander/S'coucher.

Je pense n'avoir pas suivi la voie classique qu'utilise l'esprit pour accepter un deuil, en fait. Plusieurs étapes se sont mélangées et d'autres n'ont jamais été présentes. Seules la colère et la résignation furent vécues réellement par moi, et vécues intensément. J'étais une boule de rage. Voyant le mal partout, je finissais par porter le mal en moi.
Je n'ai jamais vraiment fait la paix avec mon père, mais je ne suis pas en guerre non plus. C'est ... très bizarre.
Pour pardonner, il faut d'après moi que chacun reconnaisse ses erreurs. Et la mort a bon dos, pour le coup ...
J'ai appris à vivre avec, très simplement.

Je ne supporte que difficilement cette habitude qu'ont beaucoup de proches de suicidés de chercher dans cet acte la racine de multiples problèmes, le terreau de nombreuses névroses ... On peut sombrer, on peut ramer; mais on peut aussi se laisser porter par la houle jusqu'au rivage.
J'ai longtemps imaginé que mon besoin irrésistible d'ailleurs, mon instabilité quasiment pathologique, trouvaient leur raison dans le suicide de mon père.
J'ai longtemps imaginé que mon idéalisation de la relation humaine et du lien qui nous unit tous étaient liés à ça.

Ce sont des foutaises...

Je suis comme ça.



Mo, tu vas continuer d'avoir mal. C'est certain.
Tu vas sans doute trouver plein de (bonnes ou mauvaises, c'est selon) raisons de te résigner.
Je ne vais pas te dire de ne pas baisser les bras. Si tu en ressens le besoin, l'envie, fais le. Tu les relèveras plus tard. C'est, une fois de plus; certain.
Écoute les conseils, prends bonne note des différentes expériences; mais à la fin, seules ton intuition et ta résilience te permettront de te sauver toi-même.

Et. Tu n'es pas seul.



Pour finir : arrêtons (siouplé, va sans dire 8)) de vouloir expliquer par l'esprit le suicide. Une question à 10000 balles => Socrate est il un enc**é et n'aurait-il pas du choisir l'exil ?!  :lol:
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: mrfroggy le 23 avril 2013 à 13:32:03
Salut Mo, comment vas-tu ?
David.
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: DavidManise le 23 avril 2013 à 13:59:00
+1 --> comment ça va ??

:calin:

David
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Draven le 23 avril 2013 à 21:11:35
+1
On est tous la si besoin est..  :up:
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Mo le 25 avril 2013 à 23:33:20
Bonsoir,

Merci de prendre des nouvelles.
Simplement pour vous dire que je pars mercredi prochain. Destination le Canada, pour 2 mois.
Je vais essayer d’oublier ce que j’ai vu, et le vide que ma petite femme a laissé dans ma vie.
Cette situation est toujours inacceptable à mes yeux, incompréhensible, j’essaie donc d’éviter d’y penser. Même si j’y suis toujours renfermé et mal à l’aise, mon travail a le mérite de « m’occuper » l’esprit pendant la journée. Le plus dur demeure le soir, ou les moments où je commence à cogiter.

Je vais passer 1 mois au Québec (Saguenay), et 1 mois en Ontario normalement, pour parcourir une partie d’un pays où nous avions rêvé d’aller.
Partir complètement seul aurait été inenvisageable dans l’état actuel des choses, la solitude serait trop lourde à porter et je ne sais pas encore je pourrai réagir face à elle, surtout dans un environnement inconnu. Je vais alterner l’immersion dans la culture locale à travers la pratique du woofing, et la découverte du pays en touriste plus classique.
Pour le reste on verra au fur et à mesure.

La psychologue dit que c’est courageux de partir, moi j’y vois plus un moyen de fuir…
Quoi qu’il en soit, j’espère que ça m’apaisera un peu.
Je vais tenter de trouver quel « sens » / orientation (tant personnelle que professionnelle) je vais donner à ma vie, même si j’appréhende à l’heure actuelle ces questions et leurs implications.
Je pense me tenir éloigné quelques temps, si ce n’est pendant la durée de cette période, des ordinateurs, pour que cette coupure soit vraiment une manière de repartir à zéro, de faire le vide. Les nouvelles risquent par conséquent de devoir attendre mon retour, ou d’être rares.

Dans tous les cas, je vous le réécris : votre soutien est précieux. Merci


Mo
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: éclipse le 26 avril 2013 à 00:06:55
Salut Mo,
merci de donner de tes nouvelles.

Je n'étais pas intervenu car je suis maladroit.
Mais j'en pense pas moins.

J'ai l'impression que ce voyage représente beaucoup pour toi (et pour vous deux).

Vas-y, envole toi (envolez-vous), et reviens guéri de ta souffrance.

Je sais bien que l'éloignement ne guérit pas tout (surtout si c'était un projet entre elle et toi),

mais là je crois que ça va être une bonne chose. Genre de catharsis.

Puisses-tu devenir en paix.

'clips.
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: b@s le 26 avril 2013 à 07:58:42
bon voyage et  :calin:
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: loic35 le 26 avril 2013 à 18:30:43
Bon voyage , tout mon soutien dans cette épreuve
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: mrfroggy le 26 avril 2013 à 18:46:37
Bon voyage  :calin:
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: bilbo78 le 30 avril 2013 à 14:16:37
Bon voyage Mo.  :calin:
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Mo le 10 juillet 2013 à 23:16:50
Bonsoir à tous,
 
Simplement pour vous dire que je suis revenu en France.
Comme prévu, j'ai passé 2 mois au Canada en faisant du wwoofing : 1 mois au Québec (fjord de Saguenay) et 1 mois en Ontario (péninsule de Bruce).
Pendant cette période, j'ai eu la chance de rencontrer des personnes attachantes, avec qui j’ai pu échanger sur ma situation, et partager des moments forts.
Moi qui suis assez carré dans ma manière d’appréhender les choses, ce voyage a aussi été l’occasion de vivre au fil de l’eau, au gré des opportunités, et d’adopter un autre type de fonctionnement.
Inutile de vous dire que la reprise du travail, à Paris qui plus est, a été rude après 2 mois à travailler dehors…
 
Je vais arrêter de poster sur ce sujet, et tenter (au moins par ce biais) de penser à autre chose. Je ne vois pas quoi dire de plus de toute façon .. Votre soutien a été une aide précieuse pour moi à une période où j’en avais un besoin fort.
Maintenant le reste va se passer entre moi et mon esprit, et ça prendra du temps. La seule chose que je sais, c’est que je dois l’occuper un maximum pour y penser le moins possible.

A bientôt, peut-être sur un autre fil.

Mo
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: éclipse le 11 juillet 2013 à 00:02:48
On se boit une mousse un de ces 4 ?
Avé les autres parisiens du forum ?
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: gahús le 11 juillet 2013 à 06:41:44

Bon retour Mo.
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Yann69 le 11 juillet 2013 à 08:04:15
Salut Mo,

Voilà quelques mois que tu as posté cette mauvaise nouvelle mais étant nouveau, je ne le lis que maintenant :(
Je suis sincèrement désoler de ce qui t'ai arrivé.

Pour ma part, j'ai connu deux fois la mort en dehors de ce que j'ai vécu à la légion.

La première fois a été avec ma mère qui s'est suicidée quand j'étais petit et qui a essayé de m'emporter avec elle (médicaments) et la deuxième fois a été un ami quand j'étais adolescent qui est tombé d'une falaise en Italie quand nous étions en colonie et je l'ai vu tombé :-\

Pour ma mère, je devais avoir 3 ou 4 ans mais malheureusement, son suicide est la seule image (et souvenir) que j'ai d'elle et ça c'est horrible. Je me souviens qu'elle était déjà dans un état d'endormissement quand quelqu'un a frappé à la porte (c'était le médecin de famille). Elle m'a demandé d'ouvrir le verrou mais comme j'étais trop petit sur ma chaise, je n'avais pas assez de force pour l'ouvrir.
Ensuite (c'est ce qu'on m'a raconté), ils l'ont retrouvée décédée là ou je l'avais vu pour la dernière fois dans mon souvenir et on m'a retrouvé étendu sur mon lit dans le coma (personne ne peut me dire comment je m'y suis retrouvé). Je suis resté deux mois dans le coma à l'hôpital et je peux même dire qu'aujourd'hui, j'ai encore cette intoxication médicamenteuse en moi car beaucoup de médicaments ne font pas effets sur moi !

Bref, jusqu'à environ mes 25 ans, je lui en ai voulu et je ne voulais rien savoir d'elle. Ma famille faisait tout pour me faire comprendre qu'elle avait sa raison et qu'il fallait respecter ça sans compter qu'elle était malade. Même ma tante (sœur de mon père) lui avait parlé la veille de son geste et elle ne voyait rien dans ces propos d'alarmant !

Depuis, j'ai appris malheureusement à vivre avec ça et je lui en veux toujours de m'avoir abandonné mais je reconnais aussi que si elle a fait ça, c'est parce qu'elle avait sa raison personnelle et qu'elle a été courageuse. C'est malheureusement très dur à vivre pour les personnes autours d'elle mais on ne peut pas faire autrement.
Au jour d'aujourd'hui, je lui rend visite au cimetière alors qu'avant, j'allais uniquement sur la tombe de mon père qui lui est décédé 1 an après elle mais pas d'un suicide.

Pour mon ami, c'était un accident. Le pire pour moi a été de rester avec les secours et une monitrice parlant l'italien (pour la traduction) afin que je les aide dans l'orientation des recherches en milieu montagneux.
Ensuite, j'ai aussi comme toi pensé à une blague. J'étais peut-être jeune et naif mais je pensais réellement pendant quelques heures qu'ils l'avaient caché dans un hôtel et qu'on nous faisait une blague. Mais non, ce n'était pas le cas et on s'est vite rendu à la raison quand on a rendu visite à son cercueil pour se recueillir.

Tout ça pour dire en gros que la mort d'un proche est toujours difficile à accepter et à surmonter mais il n'y a rien d'impossible dans la vie. Comme un autre membre te l'a dit, il faut persévérer et remonter la pente même si c'est beaucoup plus simple à dire qu'à faire.
Moi même étant marié, je ne m'imagine pas vivre sans ma femme et ça serait un choc pour moi de la perdre au point que je serais prêt à la suivre car elle est tout pour moi et ma seule raison d'être ce que je suis aujourd'hui.

Je te souhaite en tout cas encore pleins de courage dans ta vie...
Yann
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Jérôme A le 11 juillet 2013 à 11:06:22
Je n'avais pas lu ton post ...

Toutes mes condoléances Mo et "bravo" pour la façon avec laquelle tu as réagi .

Courage  :calin:
Titre: Re : Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: bilbo78 le 11 juillet 2013 à 11:36:50
Content de te lire à nouveau, Mo.  :calin:

On se boit une mousse un de ces 4 ?
Avé les autres parisiens du forum ?

J'suis partant, au cas où...  ;)
Titre: Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Anke le 11 juillet 2013 à 12:02:35
Tu l'as bien dit dans ton titre " survivre..." Tu as passé cette étape, tu as appris à faire "autrement".
Maintenant, fort de ce bagage, il te faut vivre et non plus "survivre".
N'oublies pas, tu es le seul acteur de ton propre bonheur...
Amitiés.
Titre: Re : Re : Re : Survivre / vivre après un suicide
Posté par: Calypso le 13 juillet 2013 à 11:31:42
J'suis partant, au cas où...  ;)

Me too. Suis "Parisienne" depuis 2h et pour un mois et demi.
Je te réponds dès que j'ai fini de défaire mon sac Mo.