Les mésaventures d'Aleksi et les messages qui ont suivi, m'ont indirectement inspiré ce petit résumé sur les appels de détresse et les secours en haute mer, appliqué au cas d'un petit navire :
Suivant la distance de la côte et la région du monde, l'alerte peut être donnée par téléphone mobile (GSM et autres), radio courte distance (VHF), radio moyenne distance (MF), radio longue distance (HF) ou satellite. Certains de ces matériels sont plus efficaces car ils s’intègrent au Système Mondial de Détresse et de Sécurité en Mer.
Les océans sont divisés en zones SAR réparties entre les pays riverains responsables de l'organisation et la coordination des secours.
Selon les conditions météo, la distance et l'équipement des centres de secours les plus proches, les secours interviendront avec un canot léger, un canot de sauvetage, un hélicoptère, un patrouilleur côtier, une frégate ou autre navire de haute mer, ou un navire de pêche ou commercial ou de plaisance déjà présent à proximité. Ou une combinaison de ces moyens.
Des conventions internationales régissent et organisent la sécurité en mer, y compris dans les eaux internationales qui sont soumises à très peu d'autres règles.
Depuis 1912, à la suite de l'émotion causée par le naufrage du Titanic et les insuffisances qu'il avait mis en évidence, les conventions internationales
SOLAS (Savety Of Life At Sea) successives ont peu à peu organisé la sécurité en mer.
Le volet secours en mer est intégré à la convention internationale
SAR (Search And Rescue) de 1985, qui concerne aussi les secours aériens et terrestres.
Plus précisément, depuis 1999 les appels de détresse (émission, veille et réception, transmission) et la coordination des secours en mer sont organisés au niveau mondial par le
SMDSM (Système Mondial de Détresse et de Sécurité en Mer)
Le principe général est qu'un appel de détresse est reçu par - ou relayé vers - une station terrestre du réseau SMDSM, qui le transmet au centre de coordination chargé de la zone SAR où se situe le navire en détresse, qui organise les secours en faisant éventuellement appel aux navires présents sur zone.
Cela n'interdit pas aux navires qui entendent l'appel de détresse d'agir en anticipant les instructions du centre de coordination. Au contraire, porter secours à un navire, ou un avion, en détresse est obligatoire (et en principe gratuit quand il s'agit de sauver des vies), sauf si on est certain que quelqu'un d'autre le fait et sauf dans le cas où on se mettrai ainsi soi même en danger. Mais le centre de coordination doit être informé des actions entreprises, et peut juger préférable de mettre en œuvre d'autres moyens.
Les grands navires et les navires commerciaux sont soumis aux conventions SOLAS et donc astreints à pouvoir envoyer et recevoir des messages de détresse, et des instructions de sauvetage, par différents moyens performants et normalisés (au moins deux indépendants)
Ce n'est pas le cas des petits navires de plaisance et de pêche. Ce serai d'ailleurs peu réaliste tant techniquement qu'économiquement. Néanmoins ces petits navires s’insèrent en cas de besoin dans le dispositif SMDSM.
Chronologiquement on a :
1° Appels de détresseAvec, classés par ordre de portée croissante, les moyens de communication suivants :
- Téléphone portable terrestre (GSM en Europe).
Portée : 15 à 20 km d'une zone côtière ou insulaire habitée. Les services de secours ne disposent pas des moyens nécessaires pour les localiser, ni pour se guider dessus, contrairement aux VHF. Leur usage est en principe limité à signaler une détresse, vue de terre (puisque l'usage d'une VHF est interdit à terre).
En France, téléphoner au 196 met en relation avec un CROSS (Centre régional Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage), sinon le 112 est le numéro d'urgence en Europe et un peu partout dans le monde là où le protocole GSM est utilisé.
- VHF portable basique, en phonie sur le canal 16.
Portée : environ 5 milles de bateau à bateau, parfois plus avec une station terrestre. Dans le système SMDSM, l'usage des VHF portables est limité au contact avec les secours quand ils sont arrivés sur place, mais rien n'empêche de tenter de faire entendre un appel de détresse par ce moyen. En phonie, la procédure complète comprend d'abord un message d'alerte MAYDAY MADAY MADAY (à prononcer comme «m'aider» en français); ICI le nom du navire (3 fois) et l'indicatif de l'émetteur; en principe on attend un peu et on répète ce message d'alerte; puis suit le message de détresse proprement dit : à nouveau MADAY (une fois) ICI (ou FROM) « nom », « indicatif », la position géographique, la nature de la détresse, la nature de l'aide demandée, etc.
On répète la procédure, jusqu'à obtenir une réponse, en faisant entre chaque appel une pause suffisante pour permettre à quelqu'un de répondre. Les navires qui seraient en veille sur le canal 16 et qui entendent les messages d'alerte puis de détresse laissent libre le canal 16 en attendant (5 minutes en principe) qu'une station côtière réponde. Passé ce délai, qui par ailleurs laisse le temps de comprendre et d'analyser la situation, un navire peut tenter de relayer le message à une station côtière, ou intervenir, ou souvent faire les deux à la fois.
A noter qu'en France, depuis quelques années, la possession et l'usage d'une VHF portable de faible puissance ne sont plus soumis à taxes spéciales, certificat, examen ni permis d'aucune sorte. Seulement à une déclaration.
A noter également que, toujours en France, l'usage de la VHF est interdit à terre, tout comme l'usage de la CB est interdit en mer.
- VHF fixe, avec ASN (Appel Sélectif Numérique) sur le canal 70 pour les appels de détresse.
Exemple : VHF fixe ASN (site commercial)
Plus puissantes que les VHF portables, et avec une antenne en tête de mat, leur portée est de 15 à 20 milles de bateau à bateau, et jusqu'à 40 milles entre bateau et station côtière. Au large, l'utilité des VHF est limitée. Il n'y a pas forcément d'autres navires à portée. Et même prés des côtes, les stations veillant efficacement la VHF sont rares à travers le monde. Si les côtes d'Europe de l'Ouest (hors Portugal) sont bien couvertes, ce n'est pas le cas partout, comme on le voit sur la carte (zone A1)

carte de l'excellent site http://gmdss.free.fr/index.html
L'appui sur le bouton « détresse » d'une VHF équipée ASN SMDSM déclenche l'émission d'un message de détresse numérique comportant l'identité de l'émetteur et si possible sa position et la nature de la détresse. L'appel est automatiquement ré-émis jusqu'à que quelqu'un le capte et accuse réception (seuls peuvent recevoir cet appel les stations et les navires équipés eux aussi de VHF ASN). Suit normalement un dialogue en phonie sur le canal 16. On est dès lors dans le circuit normalisé de communication, coordination, et exécution des opérations de recherche et sauvetage.
Ce type d'appareil faisant partie du SMDSM, chaque navire soumis à la convention SOLAS doit en avoir un en veille, paré à émettre ou capter un appel de détresse. La tendance réglementaire est de vouloir les rendre également obligatoires à bord des navires professionnels trop petits pour être soumis à la convention SOLAS, le but étant à la fois d’améliorer la sécurité de ces navires, et de densifier la veille VHF ASN (donc veille assistée électroniquement) dans les zones côtières.
- Radios MF et HF
D'une portée de 200 à 400 milles pour la MF et monde entier pour la HF. Il est de plus en plus rare d'en trouver à bord de voiliers ou de petits bateaux à moteur, car elles imposent des antennes démesurées et sont très gourmandes en énergie (comparées aux téléphones satellites). On en trouve quand même sur certains voiliers de grande croisière, où le pataras est modifié pour servir d'antenne. A la base, elles permettent des communications gratuites entre navires, la réception d'infos météo, l'échange d'email, etc. Elles peuvent être équipées de l'ASN, et dans ce cas peuvent fonctionner de la même manière que les VHF ASN, avec une portée très supérieure.
- Téléphones satellites non-SMDSM
Les téléphones satellites Iridium, Thuraya, Globalstar, Inmarsat Mini-M, etc .. ne sont pas dotés de fonctions d'alerte SMDSM, leur couverture est variable, la disponibilité du réseau n'est pas garantie et les appels de détresse n'y sont pas prioritaires. Ils peuvent néanmoins être utilisés pour essayer de contacter un centre de secours. Soit le centre de secours chargé de la zone où on se trouve, soit un centre secours parlant une langue plus familière. Par exemple, pour les français cela pourra être le Centre de consultation médicale maritime de Toulouse pour une urgence médicale, ou le CROSS Gris-Nez pour une détresse maritime. Ce centre est chargé de la coordination avec les équivalents étrangers des CROSS dans le monde entier, hors Méditerranée pour lequel c'est le CROSSMED qui en est chargé.
- Les balises de localisation et de tracking par satellite ne sont pas des balises de détresse. Quand elles possèdent une fonction d'alerte, la transmission et la réaction à cette alerte dépend de la disponibilité du réseau satellite qu'elles utilisent et de la compétence du service ou de la personne qui reçoit cette alerte.
- Téléphones satellites compatibles SMDSM
Bien que cela ne soit plus sa spécificité, Inmarsat, commercialise encore quelques systèmes de transmission voix/données par satellite compatibles avec le SMDSM :
Le standard B, énorme radôme, grosse puissance, il n'est pas adapté aux petits navires.
Le système Fleet 77, plus petit que le précédent, il est quand même un peu gros pour les voiliers de moins de 20 m ou les petits bateaux à moteur.
Le standard C est une sorte de modem fax/email/sms à 600 bit/s, sans capacité téléphonique; ses atouts sont sa simplicité et sa légèreté (comparée aux systèmes précédents), il peut lancer un appel de détresse prioritaire et assurer le dialogue avec les sauveteurs.
La couverture Inmarsat ne comprend pas les zones polaires.
- Balises de détresse Cospas-Sarsat (Kannad, Mcmudo, ACR, etc)
Balises personnelles (PLB) ou bien associées au navire.
Elles envoient un appel de détresse compatible SMDSM sur 406 Mhz à destination des satellites Cospas-Sarsat et bientôt peut être Galileo, qui localisent au besoin la balise par effet Doppler et transmettent l'info aux centres de secours.
Elles émettent également à faible puissance sur 121.5 Mhz, uniquement pour le radio guidage de proximité.
Elle fonctionnent dans le monde entier.
Lien intéressant : http://www.capbreizh.com/tutoriaux/balises/balises.htm
Quelques centaines de grammes, quelques centaines d'euros, fiables et efficaces, elles ont beaucoup d'avantages. On peut leur reprocher leur spécialisation et leur capacité de communication très limitée dans le sens victimes->sauveteurs et nulle dans le sens sauveteurs-> victimes.
2° Organisation des secoursLes mers et océans sont divisées en zones SAR où un pays a la responsabilité de l'organisation et de la coordination des secours. C'est à son centre de coordination (RCC) qu'aboutit finalement en principe l'appel de détresse. Ce centre organise les secours, mettant en œuvre ses moyens de secours, les navires présents à proximité du sinistre, ou les moyens de secours d'un autre état s'ils sont plus adaptés.
Il peut arriver qu'un centre de coordination délègue sa responsabilité à un autre centre (par exemple quand, en eaux internationales, naufragés et sauveteurs sont d'une même nationalité, autre que celle du centre responsable de la zone où ils sont)
Zones SAR de l'Atlantique :

On y voit que ce zonage ne dépend ni des eaux territoriales, ni des zones économiques exclusives (zone des 200 milles).
3° Déroulement du sauvetageSelon la distance à la côte, les conditions météo, la nature et la gravité de la détresse, peuvent être impliqués :
- Dans la bande côtière, de quelques centaines de mètres à quelques milles de la côte.
Les embarcations légères des pompiers, gendarmes, organisations de sauvetage - A moins de quelques dizaines de milles de la côte.
Les canots de sauvetages des gardes-côtes ou des sociétés de sauvetage (SNSM en France), les vedettes rapides des polices ou des marines locales - A moins de 100 à 200 milles de leur base, selon le type d'appareil.
edit : de leur base (qui peut être un navire) ou d'un endroit où ils peuvent refaire le plein.
Les hélicoptères équipés SAR - Dans leur zone de patrouille (en général moins de 200 milles des côtes)
Les patrouilleurs côtiers - Au large et dans toutes les zones précédentes.
Les navires militaires, navires-hôpitaux*, de plaisance, de compétition, de pêche, de transport de personnes ou de marchandises les plus proches. Ces navires peuvent avoir entendu l'appel de détresse et s'être signalés au RCC. Ou, s'il sont soumis à la convention SOLAS, et leur position étant donc connue, avoir été sollicités par le RCC.
AbréviationsASN : Appel Sélectif Numérique. Système utilisant un code de dix éléments avec une détection d’erreurs. Anglais : DSC - Digital Selective Calling
COSPAS-SARSAT : Cosmicheskaya Sistyema Poiska Avariynich Sudow – Search and Rescue Satellite-Aided Tracking. Système mondial d’alerte et de localisation de sinistre par balise de détresse, dérivé du système ARGOS, et combinant les systèmes russe (COSPAS) et franco-américano-canadien (SARSAT)
CROSS : Centre Régional Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage en mer
GSM : Global System for Mobile Communications. Norme européenne de téléphone numérique terrestre.
HF : high Frequency. Radio haute fréquence. Portée mondiale, mais propagation capricieuse.
Inmarsat : INternational MARitime SATellite organization. Organisation mondiale de téléphonie par satellite, privatisée en 1999.
MF : Medium Frequency. Radio moyenne fréquence. Portée de quelques centaines de milles.
OMI : Organisation Maritime Internationale. Anglais : IMO
PLB : Personal Locator Beacon. Balise de localisation personnelle du système COSPAS-SARSAT. Portables elles sont déclenchées manuellement ou automatiquement.
RCC : Rescue Coordination Centre. Centre de coordination pour les opérations de sauvetage. En France, pour les sauvetages maritimes, ce sont les CROSS
SAR : Search And Rescue. Recherche et sauvetage.
SMDSM : Système Mondial de Détresse et de Sécurité en Mer. Anglais : GMDSS - Global Maritime Distress and Safety System
SNSM Société Nationale de Sauvetage en Mer.
SOLAS : Safety Of Life At Sea. Convention internationale pour la sauvegarde de la vie humaine en mer et du milieu marin.
VHF : Very high Frequency. Radio très haute fréquence. Portée optique.
J'ai essayé de faire simple. Pas absolument certain d'y avoir réussi

Pour aller plus loin, en français, les ouvrages SHOM :
Guide du Navigateur – Volume 3 Réglementation nautique (300 pages – 21.52 euros) – chapitres 5 et 6,
et
Radiocommunications maritimes – Volume 92.4 Système Mondial de Détresse et de Sécurité en Mer (330 pages – 73.55 euros).
Edit :
* ajouté les navires-hôpitaux. Je les avais oubliés, ni les français, ni les britanniques n'en possédant. Militaires ou civils, publics ou privés, ils sont employés pour les armées en opérations extérieures, à l'assistance des flottilles de pêche, au secours en cas de catastrophe naturelle à proximité des côtes (75% de la population mondiale est à portée des hélico et canots d'un navire-hôpital), et aux secours des détresses maritimes diverses.