Salut a tous ! Cela fait paisir de se reconnecter un peu sur ce forum

Je viens partager avec vous une des experiences que j'ai eu assez recemment. premierement, je contextualise, puis j'expliquerai les faits. J'aimerai seulement qu'il soit eviter des reflexions et reponses de types "c'etait inconscient, irresponssable, etc". On est libre de faire les choix que l'on veut, en son ame et conscience, si on est pret a en affronter les consequences.
L'histoire commence lorsque j'arrive aux canaries apres un long voyage a pied et en stop en Scandinavie durant l'hiver, puis a droite a gauche en Europe, pas mal de temps au Maroc, embarquer en tant qu'equipier sur un bateau pour les iles canaries, et de la, embarquer sur un bateau a nouveau pour l'autre cote de l'atlantique, peu importe ou...
Ca, c'etait l'idee de base. Finalement, au bout de 2 jours seulement, j'ai abandonne l'idee du bateau-stop. Autant, ma premiere experience etait extraordinaire, avec un capitaine mythique. J'avais eu de la chance visiblement.
Je n'aime simplement pas ca. Une floppee de bateau-stoppeur qui ne cherchent des bateaux que pour voyager moins cher, et pouvoir dire qu'ils ont traverse l'atlantique a leur copains (vous savez, la maladie de la "to do list..."). De l'autre cote, des capitaines froids, qui en font un business, etc. Bref je passe un peu sur les details, mais ca a ete suffisant pour me decevoir au plus haut point, moi qui m'attendais a trouver une communaute de clochards des mers dans lesquels je puisse reconnaitre ma vision des choses, la mer, la navigation, etc.
Bref, je part m'isoler dans un bled plus tranquil que l'horrible las palmas et reflechis a la maniere de traverser la grande bleue. Pret a tout, je pense a bricoler mon embarcation, meme pret a ramer avec une equipe d'acharne sur une embarcation type vieux drakar... bref pret a tout, en route pour l'aventure.
Finalement, je mets la main sur un bateau abandonne, qui va finir a la casse dans quelques mois. Voila mon embarcation. Le projet est risque, tout est fatigue sur le bateau. Je selectionne un equipage (ca a mis du temps...) pret a suivre et sachant dans quoi ils embarquent, et que tout peut arriver, il peut meme arriver qu'on arrive pas.
Un bateau rouille, sans electricite, ni electronique ni rien, il manque la grand voile, pas de moteur (pour un voilier de 15 metres en acier).
Point de vue securite, on recupere un canot de sauvetage, des fusees de detresses, et on embarque un petit GPS de randonnee. Je fabrique un sextant homemade et on photocopie un paquet de cartes de differents endroits de l'atlantique. La navigation se fera principalement aux etoiles.
Pour la nourriture, on a recycle pendant des semaines dans les poubelles de supermarche et fait des conserves avec les fruits et legumes, et pates, riz, goffio.
L'eau : environ 700 litres.
On part sans papiers.
Navigation entre canaries et cap vert parfaite, j'adapte un foc en guise de grand voile, en donnant un angle a la baume et en attachant tout le long du mat. Par securite, et parce que en cas de grain il n'est pas facile d'intervenir sur la GV avec cette configuration, nous evoluons systematiquement avec deux ris. Pas rapide, mais on s'en fou, nous c'est l'ocean, la navigation, et la liberte ; pas la regate. Et ce bout de voile est suffisant pour maitriser le roulis.
Commence quelques pepins au milieux de l'atlantique : Le winch babord qui lache, impossible a reparer. Par un systeme de poulies, je renvois l'ecoute sur le winch tribord, organise et explique a l'equipage la nouvelle manoeuvre en cas de changement d'amure (rare au milieux de l'atlantique).
La baume casse egalement.
Puis un hauban a babord qui est au bord de la rupture. Je le change immediatement, avec une technique DIY simple mais efficace. La traversee continue, je ne m'attarde pas sur les beaute de la navigation et la magie de la traversee d'un ocean.
Finalement, arrive a 300 milles des cotes de la Guyane, nous dematons, meme pas 1 minutes apres que j'ai ete en tete de mat faire une verif...
Premiere constatation : J'ai bien choisi l'equipage et les avait bien informes sur les risques. Pas de surprises, personne ne panique, les gens attendent juste mes instructions, et essai de descerner la moindre trace d'inquietude sur mon visage, ce que je ne montre absolument pas.
Un mois que nous sommes en mer, tous le monde un peu fatigue (conditions de nav assez rude, pas de pilote auto, etc.). Forcement, l'eau est la nouriture sont deja asses bas...
Premiere chose, nous coupons tres rapidemment les haubans qui retiennent le mat qui pourrait percer la coque, facon belier, puis rangeons tous le pont de maniere tres claire, puis ensuite reunion dans le cockpit. Certains membres d'equipage rangent frenetiquement, comme pour eviter cette conversation et rester l'esprit occupe pour ne pas voir la verite de la situation en face : Nous derrivons en arriere, vers le milieux de l'ocean, l'eau est bien attaque, encore plus la nourriture, nous n'avons pas vu un bateau depuis le cap vert, pas de radio. Mais des nerfs d'aciers.
A ce moment, nous croisons le premier bateau, un cargot qui nous passe a une centaine de metre, en plein jours, et ne s'arretant pas malgres la fusee de detresse. Cela donne un coup au moral de l'equipage, mais moi ca me donne finalement la conduite a tenir : J'envois la moitie de l'equipage faire l'inventaire precis des vivres et eau, pendant que les autres et moi dressons un greement de fortune. Nous fixons le tengon en guise de mat, haubanage de fortune avec les bouts qu'il reste et que l'on double a chaque fois, et un foc que l'on hisse dessus, mais sur le cote. Difficile a expliquer, mais le resulat est que nous pouvons reprendre la barre, nous avencons 0.5 noeuds en direction de Bresil-Guyane... Au meme moment, j'ai le resultat de l'inventaire qui redonne du moral au troupe. En rationnant presque a l'extreme, mais suffisament tous les jours pour rester physiquement et mentalement efficace, nous pouvons tenir deux semaines et demi de plus. Ce dont je suis parfaitement conscient, mais pas vraiment mon equipage, c'est que il nous faudra plus de 3 semaines pour rejoindre les cotes, ce n'est donc pas assez, mais je dis que la situation est excellente, l'affaire et dans la poche, tout ce qu'on a a faire c'est garder la bonne humeur comme pour une nav classique, en faisant un peu plus attention au nerfs de chacun. Le jours qui suit, deux bateau de plus passent et nous ignorent (ils peuvent pas ne pas nous avoir vu) : L'explication sont les directives bidons et la paranoia des gens face aux risques de piratage dans ces eaux la.
Nous n'avons plus de fusee de detresse. Mais mon choix est fait :
Je pourrais : decider d'aller avec le courant, et finir sur trinidad-tobago, mais risque car si on les rate on part dans l'ocean, de plus je ne fais pas completement confiance au greement.
Continuer vers la guyane, avec le vent mais contre le courant. Mais les vivres ne le permettent pas vraiment.
Pour moi la solution est d'essayer de rester dans cette zone de trafic maritime, et rester visible quoi qu'il arrive. J'organise pour la survie : Distillateur d'eau salee a partir de tubes, de bidons d'eau, de plastique noir et de coton imbibee d'eau pour refroidir la vapeur. Recuperateur d'eau de pluie (avec mon tarp). Pour la nourriture, je fais un filet de peche, des harpons a partir de bambous que l'on avait embarque a bord, et surtout des leurres :
Une sorte de leurre a partir de cordage dont j'enleve une partie de la gaine, ca se rapproche de la pieuvre de maniere efficace, et des amecons en plus avec des vieux clous. Face a la difficulte de faire un stop sur un amecon fait a base de clou, la forme a donner est un amecon qui forme une boucle, presque fermee. Les dorades repondait tres efficacement a ce systeme. Il faut les pecher lorsqu'elle deviennent coloree (jaune, vert, bleu). Si elles sont bleu foncee elles n'attaqueront pas. Et finalement, un certaine nombres de sacs poubelles remplies de truc inflamables, certain fait pour faire des flammes vives (pour la nuit) d'autres de la grosse fumee noire (pour le jour), pet a etre allume en une seconde.
C'est comme ca que nous avons ete secouru le jours d'apres par un bateau de peche venezuelien avec qui je suis reste travailler un moment. Nous avons attendu qu'il soit assez proche, avons allume l'un de nos sacs poubelles "flammes vives" car de nuit, SOS avec la lampe torche. Apres negociation, nous avons abandonne le navire et sommes parti en direction de trinidad. La suite (probleme d'immigration, etc blabla) n'est pas triste non plus mais est hors contexte.
Je suis maintenant a Bequia et rejoins prochainement Carriacou, ou je prevois de me fabriquer une sorte de pyrogue, greement pince de crabe, pour rejoindre venezuela et pourquoi pas Colombie si tout va bien.
C'est un condense de mon experience, j'attends en realite des reactions et des questions pour pouvoir detailler proprement les choses qui semble interessante sur le sujet de la survie. Je repondrais avec plaisir, uniquement par rapport a cette experience, car j'ai pu experimenter ce qu'est que d'avoir la gorge seche face a la perspective de peut-etre...mourir.
Pour conclure, je dirais que ce genre de situation, ce qui sauve c'est bien sur a quel point on est pret a faire face a une situation, mais surtout ne jamais arreter de prendre des decisions, et utiliser ses competences pour les mettre en oeuvre.
A plus !
