Journée type : On se lève assez tôt le matin. Les journées sont très courtes et si on veut avancer un peu, il ne faut pas traîner. Courtes parce que c'est le nord et que le soleil se lève tard et se couche tôt. Courtes parce qu'il y'a un million de choses à faire, tout le temps et que toutes doivent être faites et bien faites.
Un groupe de 7 personnes et 2 instructeurs, ça se lève 2 heures et demi à trois heures avant le départ les premiers jours, et deux heures, une fois rodés. Le tout en se dépêchant. En coursant, en allant le plus vite possible, mais vraiment. A fond, tout optimisé. En courant de la cuisine à la tente, presque… Et pas question de bâcler quoi que ce soit.
C'est un peu plus simple en camp de base que quand il faut tout plier…
Le réveil, donc. Ou plutôt non. Je vais commencer par la fin.
C'est la fin de la journée, et on a repéré un bon spot ou poser le camp. Abrité du vent, avec une belle vue. Il faut poser le camp tôt, parce qu'on est fatigué et qu'il faut faire un certain nombre de choses avant la nuit. Ce qui fait avancer, ne mentons pas, c'est la perspective d'un bon repas chaud. Pendant la journée, ça allait pas mal, on avançait avec les skis et les pulkas derrière et on a eu de la chance, on a eu soleil. Mais la le soir tombe et il commence à faire froid et faim.
On repère le spot ou poser la tente et le sport n'est pas fini. Bien aplanir le sol en piétinant avec les skis. Pour que ce soit plat et ferme, qu'on puisse marcher sans s'enfoncer. On pose les tentes sur ce plat en pensant au lendemain. Pas enterrer les piquets trop profonds, pas faire des noeuds qui bloquent trop, les noeuds ça gèle… On dispose les tentes en losange entre elles et puis on commence à creuser. Pour faire un mur qui va couper du vent. au début en pelletant, et puis très vite on fait des blocs à la scie, plus rapide, plus efficace.
C'est juste après ça qu'on enfile la doudoune du soir, et le bonnet supplémentaire…
A plusieurs c'est mieux. Un groupe de gens bien organisés et qui se font confiance, ça simplifie énormément la vie. Et même on a pas vraiment le choix. Il faut dispatcher les taches qui peuvent se faire seul. et pour les solitaires congénitaux, c'est pas facile au début. Laisser quelqu'un installer son couchage quand il va faire -25 la nuit. Laisser quelqu'un d'autre préparer sa bouffe quand veux manger bon beaucoup et bien chaud.
Mais on dispatche. Donc l'un s'occupe de la tente… Première chose, creuser encore. Si la tente est munie d'un vestibule on creuse une belle tranchée dedans. A mi cuisse. Cette tranchée sert de fosse à froid. Elle permet aussi de s'asseoir avec les jambes en bas pour enlever ses chaussures, elle permet d'aménager l'intérieur de la tente sans se casser le dos et mettre les genoux dans la neige. Dans ma tente, une tente pour deux personnes et demi, nous étions trois. Je nous installais donc tête bêche. Et moi la tête vers la porte. Avec mon bon sac de couchage, j'avais moins besoin d'être au chaud que les deux autres, donc mon torse vers les pieds. Donc trois tapis de sol pourris, des baches par dessus qui débordent largement en hauteur sur les cotés pour pouvoir recouvrir les duvets sur les cotés et éviter que ceux ci ne touchent les parois pleine de condensation gelée de la tente, puis encore des tapis de sol. Je déroulais ensuite les sacs de couchage de chacun celui en duvet en premier pour lui laisser le temps de gonfler. Les sacs de compression sous l'oreiller pour stocker les vêtements, les nalgènes pipi dans le sac de couchage ainsi que les pyjamas ou chaussettes. Une vraie mère poule.
On apprend très vite à laisser les autres prendre les affaires dans notre sac, et à faire confiance pour les remettre correctement.
Le tout en faisant super gaffe de ne pas embarquer une once de neige à l'intérieur et à tout brosser bien consciencieusement (fallait pas rigoler avec snow crystal au moment où il installait ses doudous

)
Pendant ce temps là, pendant que certains font le murs d'isolation de la tente, d'autres font une belle cuisine… Un tranchée dans la quelle on peut se tenir debout avec une table pour les réchauds, des sièges, des petites étagères, pourquoi pas…le tout creusé dans la neige.


Et là vient le gros boulot, le truc qui coince un mec à plein temps soir et matin. La bouffe et l'eau. Personnellement le soir il me fallait deux litres litre de flotte un pour boire rincer un chouillat ma gamelle et ma faire un bouillon ou un chocolat et un pour ma bouillotte > reserve d'eau non gelée du matin. x 3 = 6 litres + l'eau du diner pour trois et de la vaisselle (ahem…

) ça nous emmène à 8 litres à peu près. 8 litres à faire bouillir à partir de la neige avec deux réchauds et par -15 ou -20 ça prend un temps monstrueux… Moins quand il reste un peu de flotte de la journée on met d l'eau à chauffer et on rajoute de la neige petit à petit dans l'eau chaude, ça va plus vite qu'un seul bloc, puis couvercle puis une autre gamelle de neige à préfondre par dessus le couvercle. Verser l'eau des casseroles dans les bouteilles et thermos : on apprend l'intéret des becs verseurs, et apprend l'intéret des bouteille à large goulot. Les possesseurs de sigg à petit goulot s'en souviennent bien. Obligés de verser l'eau dans leur thermos ou dans leur bouteillle avec un petit gobelet. Du coup l'eau se refroidit. On perd de précieux degrés. Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que l'eau qui a bouillit, ça dégége beaucoup de vapeur par -20 et que franchement, verser de l'eau dans un petit trou dans ces conditions, c'est plus que du sport… On peut s'en faire une vague idée sur cette photo prise par Kalle Pulli.

Donc voilà on est pressé de manger du bon du calorique. Des pates, de la polenta des nouilles… dna lesquelles on rajoute du beurre du fromage rapé des sachets de thon qu'on bouffe à moitié congelé parce qu'on a pas pensé à le sortir de la pulka pour le mettre dans sa poche pectorale tout de suite après avoir déchaussé les skis (enfin, les premiers jours en tous cas…), des proteines de soja. On ouvre le petit tupperware qu'on avait rempli d'eau chaude et de haricots vers déshydratés maison le midi et c'est prêt on mélange tout on mange debout en tapant des pieds, celui qui cuisine gueule parce que celui dont il doit remplir le plat ne se grouille pas asse et que le reste (sa part) refroidit, parce que le premier qui a déja finit de bouffer ne prend pas le relais pour faire chauffer a suite de l'eau… Bon j'xagère. Ca peut aussi très bien se passer (ça a été le cas) mais c'est pour vous dire que quand on est en bas de al pyramide de maslow, (relativement…

), le moindre truc énerve, peut prendre des proportions démesurées… Manger froid, la suite de l'eau qui ne vient pas et retarde l'heure du coucher…