L'arrogance paie rarement en prison.
Une grande gueule que je connaissais de dehors, prompt à l'ouvrir et à mettre des coups de fusils lorsqu'il était à l'air libre, s'est retrouvé dans une taule un peu difficile et s'est fait casser la tête à plusieurs reprises, jusqu'à ce qu'il finisse en isolement, et balance ses potes au juge d'instruction pour sortir au plus vite.
@Gofannon: les prisons françaises n'ont rien a voir avec les prisons américaines. La nature et l'intensité de la violence des unes et des autres ne sont même pas comparables. Je n'ose imaginer ce que peut être la vie dans une taule US...
Regarde la série "OZ" plutot que Prison Break. C'est, je pense, autrement plus réaliste... :-(
Skaro a tout à fait raison lorsqu'il précise que les détenus ne sont pas de grands martialistes, loin s'en faut.
Seulement, lorsqu'ils agissent, c'est généralement qu'ils sont sûrs de leur coup et qu'ils ne risquent rien. D'où de longs palabres lorsqu'ils improvisent un lynchage: les maigrichons s'efforçant d'exciter les plus costauds pour qu'ils y aillent en premier. Ca vaut le coup d'oeil, cette espèce de souk de salopards qui se chauffent les uns les autres, et finissent même par s'insulter entre eux...
Vince, un de mes meilleurs souvenirs: un jour, justement, ou, suite à un début de bagarre avec un petit caid lors de la gamelle, je me suis retrouvé en promenade, avec (largement) plus d'une vingtaine de gars qui s'excitaient pour me tomber dessus. J'étais seul à marcher , et ceux qui me connaissaient... ne me connaissaient plus, justement... :-)
Je commençais mentalement à me préparer à ce qui allait arriver, essayant de rassemble le plus de courage au fond de moi pour au moins donner une paire de beigne avant d'être submergé par la meute. Ensuite, je me disais: "il faudra penser à protéger tes dents et tes co**lles, quitte à y laisser des cotes."
Et puis mon compagnon de cellule, un angliche sérieusement handicapé du bras droit, est arrivé dans la cour et est venu me rejoindre. Je lui ai dit "Tu sais qu'ils sont là pour moi" et il m'a répondu, tout simplement, sans fioriture, sans bravade: "Un contre un, je ne m'en mèle pas..."
Je lui ai dit: "Tu sais bien qu'ils viendront tous..." et il n'a rien répondu, se contentant de continuer de marcher à mes côtés, comme pour une ballade de santé. On rencontre rarement, dans la vie, des gens prêts à souffrir avec vous, pour vous, pour l'honneur et une certaine conception de ce qui est juste.
On marchait et au sein de la meute, la tension montait, montait. La meute était stationnée au centre de la cour, en nébuleuse, et à chaque tour, on passait tout prêt. A chaque tout, ils paraissaient prêt à bondir...
Puis l'angliche m'a dit: "regarde derrière nous..." J'ai jété un coup d'oeil et juste derrière nous marchaient deux bandits corses et un ancien légionnaire. Ostensiblement prêts à nous porter secours.
Ce renfort inattendu à définitivement dissuadé la meute de nous tomber dessus.
Ensuite, l'un des corses m'a dit, toujours sans fioriture:"Tu es un bon garçon, on ne pouvait pas laisser faire ça..."
Voilà le genre de bons souvenirs, qui ne cessent jamais de m'émouvoir quand j'y repense.
Pour ce qui est des soins, l'arrivée des unités de soins ambulatoires dont quelqu"'un parlait plus haut, à été un grand bienfait. La qualité des soins prodigués m'a toujours parue excellente. Auparavant, un médecin attaché à la maison d'arrêt m'avait laissé un mois avec une conjonctivite agravée, en me promettant de me faire aller à l'hopital, et j'avais sacrément souffert. A devenir dingue. C'était justement le mois qui précédait l'arrivée de l'unité ambulatoire dans cette maison d'arret. Le toubib partait dans le privé et n'en 'avait plus rien à faire. Ensuite, tout a été nickel: j'ai eu un collyre qui m'a calmé.
Une autre fois, transporté aux urgences de la ville la plus proche de mon CD, on m'avait recousu à vif comme un chien, vraiment comme un chien, menotté au brancard, et j'avais vraiment vraiment douillé.
Paradoxalement, j'aurais surement bien mieux été traité par le personnel des unités ambulatoires, au sein de la prison.
Pour les papys, la vie peut être dure.
Tout dépend de l'ambiance de la prison où ils sont.
Parfois, certaines racailles ont tout de même encore un petit peu le respect des vieux...