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Stages de survie CEETS

Auteur Sujet: la vie... en prison  (Lu 69660 fois)

04 février 2008 à 21:23:08
Réponse #75

Chester


Ah, la maison de retraite... :( ça mériterait tout un fil de survie a elle toute seule, si ça ne risquait pas d'être mal interprêté.J'y ai passé 15 jours, l'an dernier, j'ai cru que j'allais devenir dingue.Et encore, j'avais de quoi griffonner et mes pattes de 21 balais pour aller marcher, moi; sinon,c'était une espèce de "couloir de la mort" naturel:"ah tiens,madame machin nous a quitté cette semaine""vous avez vu?il y a un nouveau dans l'ancienne chambre de monsieur untel" le genre de conversations qui mettent l'ambiance au réfectoire....Alors ce que tu dis, yoddha, je ne suis qu'à demi-étonnée.
désolée pour la disgression,fin de ma parenthèse

05 février 2008 à 00:03:08
Réponse #76

WOL


l ane o nyme,
Ce que tu décris là ce sont des choses que chacun a du essayer d’imaginer de l'extérieur un jour ou l’autre. En fait, je me suis toujours demandé si la vie là dedans c’était vraiment comme on le voit dans certains films.
En tous cas, ton témoignage qui décrit la situation de l’intérieur avec autant de précision c’est vraiment inquiétant.
Bien que l’on sache que la situation des prisons françaises soit particulièrement dégradée, je pensais qu’au moins la sécurité des détenus était mieux contrôlée que ça.
Peut être que j’imagine les choses avec un prisme grossissant, mais si ce que tu décris est la situation que tous les détenus doivent vivre à un moment ou un autre, ça me fait songer à ce que peuvent vivre psychologiquement des soldats qui doivent retourner combattre tous les jours en se demandant s’ils vont arriver à survivre une journée de plus à chaque fois.
Ca semble vraiment être la jungle et la loi du plus fort ou du plus malin.

Je comprends que pour nombre de lascars ça fasse parti du passage obligé, comme un rite initiatique, pour devenir un petit caïd, en revanche pour un citoyen lambda qui se retrouve là par accident ça doit être particulièrement éprouvant.

Il vaut mieux évidement tout faire pour éviter de passer par cette case dans le monopoly de notre vie.
Les raisons de devoir un jour être privé de liberté sont multiples. Mais, dans un contexte d’agression, de bagarre et même de Self Défense ça incite sérieusement à la réflexion préalable, car dans une confrontation physique on peut tous être amené à commettre un acte qui nous envoie faire un séjour à l’ombre pour quelques temps.

Dans la vie de tout un chacun, ça fait réfléchir sur le fait de se laisser emporter dans une altercation et rentrer dans le 1er gus qui nous casse les c***les, ou même de porter une arme sur soi sans en mesurer les conséquences possibles.
En cas de SD il faut savoir où placer nos propres limites de l’acceptable pour ne pas à avoir à le regretter par la suite et bien sur travailler à fond la SP pour éviter les embrouilles.

Mais en prison comment tenir mentalement dans cette ambiance stressante ?
Est-ce qu’on devient parano ou réussit on à s’adapter, tant bien que mal, aux règles du jeu ?



Merci pour tous ces conseils
L’excès de confort nuit gravement à la santé ... physique et mentale.

"L'infortune vient toujours de notre propre faiblesse" précepte martial

"Si tu continues de faire ce que tu as toujours fait, ne t'étonnes pas d'avoir ce que tu as toujours eu"

07 février 2008 à 16:58:30
Réponse #77

L-Ane-o-nyme


@Serge
Aucune organisation , aucun but tactique/stratégique de la part des lascars.
Les groupes se reforment généralement en fonction des quartiers dont les détenus proviennent.
Leur détention est forcément différente de celle d'un détenu lamda qui arrive en terra incognita.
La prison, généralement effectuée à coups de petites peines, finit par leur sembler une annexe de leur quartier.
A son arrivée en cellule d'arrivant, le lascar commence généralement par taper au plafond avec sa chaise pour savoir qui est en cellule à l'étage du dessus. S'il le connait, ou si le gars connait quelqu'un qui le connait, il va très rapidement se faire envoyer du shit, du tabac et du feu par le biais des fameux yoyos, et passera sa première soirée en fumant un petit bedo. Puis le lendemain, il descendra en promenade retrouver ses potes du quartier.
Quand tu maitrises à peu près ton environnement, que tu l'as sécurisé tant bien que mal, la détention devient moins difficile.

@WOL
Les films font généralement de la surenchère au niveau de la violence, parce que c'est très visuel, et que peu de réalisateurs sont capables de reproduire à l'écran la nature de la vraie violence des prisons françaises: la pression psychologique.
Je me suis battu assez peu en 5 ans, peut-être 4 ou 5 fois et quelque part, ça a toujours été une délivrance pour le psychisme. Enfin, la soupape de sécurité laissait échapper sa vapeur...

Je me souviens que dans une maison d'arrêt, les deux gars de la cellule d'à coté de la mienne se sont battus... toute la nuit.
Quand la bagarre à commencé, ils étaient pied nus. Très vite, la vaisselle à cassée et leurs pieds ont été entaillés.
Ils ont passé la nuit à se guetter, à s'endormir, à se battre à nouveau. chacun dans un coin de la cellule, attendant que l'autre s'endorme, ivre de fatigue, pour bondir sur lui. Au matin, à 7h, les surveillants les ont séparés. Le sol de la cellule était couvert de sang. Ils ont du passer une drôle de sale nuit...

Il faut imaginer un monde clos, absurde, peuplé de dingues, qui généralement s'insultent à longueur de journées par les fenêtres, se promettent la mort par le feu et le fer, et fument un joint ensemble trois jours après... C'est la maison d'arrêt. En CD, on revient un peu chez les humains.

Pour tenir psychologiquement, hé bien on use de drogues, généralement les cachetons distribués par l'infirmerie: xanax, valium etc...
La pluspart des détenus fument du shit ou sniffent du SUBUTEX, (un substitut à l'heroine).
Il y a un trafic impitoyable autour du subutex.
Parano, on le devient forcément. La violence étant souvent ludique, il suffit d'un délit de sale gueule pour se faire bouler.

Les dégats de la souffrance psychologique sont souvent les pires.
En CD, il y avait un gars qui travaillait aux espaces verts. Je ne sais pas ce qu'il avait fait, mais des gars de  son aile le persécutaient très cruellement.
Il a fait secrètement une demande de mutation pour changer d'aile. La demande a été acceptée.
Je ne sais pas ce que le chef de batiment, monsieur R., avait contre lui. Mais en tous cas, le jeudi matin, un surveillant est arrivé avec un chariot pour qu'il change de cellule. Les autres taulards ont compris qu'il essayait de se barrer de l'aile. Ca les a mis en rogne. Le gars a mis toute ses affaires sur le chariot, esperant quitter l'aile en vitesse.
Ce qu'il ne savait pas, c'était que l'administration l'avait muté dans une autre cellule, mais de la même aile...
J'imagine que ses codétenus ont du le martyriser encore plus, car, quelques jours plus tard, il a piqué du white spirit dans le stock auquel il avait accés de par ses fonctions aux espaces verts, puis il est allé dans la partie gazonnée innaccessible aux détenus, et face aux quatre batiments abritant les 600 détenus, il s'est aspergé de White Spirit et s'est immolé par le feu.
Une manière de dire à ses co-détenus: je préfère la mort par les flammes à ce que vous me faisiez vivre.
Le même gars, placé dans une aile "humaine" serait surement encore en vie.

07 février 2008 à 17:50:04
Réponse #78

emmuel


Salut…
J'ai des questions un peu stupides mais je voudrais comprendre :
il me semble que fumer un pétard, en milieu clôt, ça n'est pas très discret.
Les gardiens ne disent rien ?
Deux mecs qui se tabassent en milieu clôt ça fait du bruit, et un gars qui se fait rouer de coup et qui gueule aussi.
Les gardiens ne disent rien ?
Les cellules sont fermées par des portes ou des grilles ? C'est isolé ?
Quelle est la "mobilité" autorisée au juste, je ne suis pas sûr d'avoir compris. Tu es bouclé dans ta cellule la nuit, mais le reste du temps ? Tu y restes sauf durant les quelques plages évoquées plus haut ?


07 février 2008 à 18:18:54
Réponse #79

L-Ane-o-nyme


Concernant les surveillants, il y a quelques brebis galeuses qui se livrent à des trafics durs ou s'accoquinent avec des voyous.
Il me semble que c'est plutot rare même si j'en ai vu des exemples.

Il est vrai que les taulards, notamment les lascars, finissent souvent par savoir où habitent les surveillants, ou travaillent leur femmes, ou leurs enfants vont à l'école.
Il est certain que ce simple fait constitue à lui seul une forme de pression, même s'il ne s'accompagne pas de menaces directes.
Un surveillant qui assiste à une bagarre entre détenus n'a pas forcément intérêt à faire un rapport à tel ou tel détenu, susceptible d'aller tabasser sa gamine à la sortie de l'école.
Ceci dit, les détenus susceptibles de s'en prendre, de cette manière ignoble, à des surveillants, sont généralement des petites frappes, dont la logistique et les moyens ne vont pas très loin. Mais tout de même capables de nuire gravement, il est vrai.

Les relations humaines sont complexes, mouvantes, informelles, inattendues.
Et ce milieu où se mèlent flics, voyous, magistrats, matons et autres est tout sauf clair et délimité.
Les "bons" flics, ceux qui carburent bien, ont souvent un copain voyou à qui ils rendent des "services".
Le monde de la sécurité est aussi une passerelle brouillardeuse entre flics et "criminels". On y trouve parfois aussi des surveillants de prison qui arrondissent leur fin de mois comme videur.
Et puis les surveillants lient forcément des relations humaines avec certains détenus, surtout lorsqu'ils passent des années "ensemble".
Sans parler de ceux qui ont été à l'école et ont grandi ensemble.

Lors de mon premier Noel en taule, lun maton m'a très gentiment passé le bonjour et les voeux d'un de mes co-inculpés encore en cavale. Etait-ce un crime? Bof, il avait de la famille de l'autre côté de la loi et leur rendait un petit service, tout simplement.

En revanche, un premier surveillant qui vend des adresses de proches de détenus à d'autres détenus, comme je l'ai vu faire, est, à mon sens, un délinquant à part entière. D'ailleurs, ça ne lui a pas porté chance.

La menace qui pèse sur certains surveillants, et qui est apparemment identifiée désormais par certains psychologues, c'est que la société actuelle et les média valorisent plus les criminels que les surveillants. Le maton est méprisé. Le voyou est "romantique".  Et certains surveillants se laissent tenter par un petit franchissement de la barrière.
L'écrivain René Frégni raconte ainsi comment, après leur boulot, certains surveillants prennent, dans la rue, des attitudes et des mimiques de voyous.

Voilà tout ce que je peux dire sur ce sujet.

@Emmuel
Quand un détenu se cache d'un surveillant pour fumer un joint, c'est seulement par égard pour le surveillant, pour ne pas le mettre en porte à faux. (sauf quelques prisons disciplinaires comme Montpellier)
Quand certaines grosses prises de drogue sont faites au parloir, les surveillants passent une mauvaise journée et une mauvaise nuit. Les détenus sont énervés. La plupart ne vont pas dormir et vont s'insulter aux fenêtres toute la nuit etc...
Et le maton du matin va peut-être prendre un bol dans la tête en ouvrant à quelqu'un pour le petit déjeuner...
Cannabis = paix sociale.

Les types se battent. Le surveillant de nuit passe et leur dit d'arrêter, qu'on les changera de cellule le lendemain. Il n'a pas la clef des cellules, c'est son supérieur qui l'a. Pour eviter justement les passages à tabac nocturnes.
La nuit, effectifs réduits. Pourquoi prendre le risque d'ouvrir la porte et de se faire charcuter?
Les surveillants entrent de nuit dans la cellule quand c'est vraiment grave.
Dans ce cas là, les deux détenus se battaient entre eux par intermittence, sans appeler à l'aide.
Imagine toi que pendant ce temps là, une bonne partie de l'étage se marrait de l'affaire. les autres arrivaient à dormir.

En maison d'arret, les cellules sont fermées tout le temps, sauf pour certains détenus qui s'occupent du service.
En CD, portes ouvertes au sein de l'aile de 7heure à 19 heure. Possibilité d'accès illimité à la cour de promenade.
Pour quitter l'aile, il faut etre inscrit à une activité, etre dans les horaires de sport, de bibliothèque etc...

En CD, le détenu peut fermer la porte de sa cellule de l'extérieur avec sa clef, ou de l'intérieur avec le loquet.
Mais le loquet peut etre crocheté de l''extérieur avec un simple couteau de cantine.
Donc: intrusion possible malgré le loquet. Et parfois, violence et racket en conséquence.














07 février 2008 à 19:33:36
Réponse #80

BULLYSSON


L'Ane-o-nyme,

je vais te soumettre la question que certains vont se poser en te lisant si tu veux bien :

En cas de tentative de racket, d'embrouilles, en prison est ce qu'il vaut mieux laisser filer une fois et prendre le risque de passer pour une proie facile, ou rentrer dedans et là tu ne sais pas sur qui tu tombes et tu risques peut être de te faire planter ou d'avoir toute une bande sur le dos pendant toute la durée de ta peine ?

« Modifié: 06 février 2009 à 15:52:52 par BULLYSSON »
Une seule loi dans ce Monde :
http://youtu.be/41Q21B7ap9M

08 février 2008 à 01:46:33
Réponse #81

Eric Lem


Bien résumé bully  ;) c'est effectivement la question que je me posais aussi...

P.S.: Anonyme, mille fois merci pour la sincérité et le contenu très intéressants de tes posts, c'est rare le gens qui ont pu réfléchir sur un épisode de leur vie qui doit être à ce point traumatisant...
Peace,

Eric.
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"...everyone's got their path brother.... choose wisely." - R. Dimitri
"La "baffe de gitan" j'imagine la grosse baffe de cow boy : c'est un moyen de dialogue qui peut permettre la syntonisation." - Kilbith


http://www.acdsbelgium.org/

08 février 2008 à 05:45:42
Réponse #82

Rod


Salut L-Ane-o-nyme,

merci à toi pour toutes ces explications...
Respect pour une vision équilibrée de l'expérience sans verser dans le manichéisme ou le misérabilisme.

Sur le sujet, j'ai eu dans ma salle quelques mecs qui avaient fait des séjours de durée variable (j'ai près de chez moi un centre de réinsertion et quand ils ont les moyens, ils passent faire du sport). Sans tomber dans l'angélisme, les mecs qui ont purgé de peine sont souvent bien plus polis et bien plus respectueux que bien d'autres voisins du quartier. Ils savent dire bonjour et merci quand on les croise (ça semble con mais pour moi c'est super important). Enfin si j'ai toujours eu de bons contacts avec eux c'est parce qu'ils savent que je ne suis pas là pour les juger à nouveau ou leur jeter la pierre... Je donne toujours mon respect aux gens que je croise jusqu'à ce qu'ils me prouvent qu'ils ne le méritent pas. C'est selon moi ce qui manque dans une société qui a tendance à montrer du doigt. :down:
Le seul truc moche c'est la came qui hélas change énormément les gens...

Bien à toi,

Rod

08 février 2008 à 13:40:49
Réponse #83

L-Ane-o-nyme



Le racket.

On peut je pense différencier le racket rampant du racket avec violence.

Le racket avec violence ressemble à l'agression caractérisée telle qu'elle existe dans la rue.
Un gars possède quelque chose que les autres veulent. Ils l'entourent à l'endroit qui leur convient et lui prennent. S'il resiste, il prend des coups.
Ex: un détenu agé descend un escalier avec sa rolex au poignet, qu'il a omis de laisser à la fouille. après lui avoir passé une serviette sur la tete, les gars lui enlèvent sa montre. le vieux ne moufte pas. Affaire réglée.

Le racket "rampant" est un processus plus long, plus sournois.
Un jour, en maison d'arret, un lascar s'est fait ouvrir ma porte par le surveillant d'étage pour venir me demander du café. La boite de café était bien en évidence sur la table. Il me demande, avec un verni de politesse où l'on sentait pointer très nettement l'agressivité, la menace: "T'aurais pas un peu de café?"
Je réponds sans le quitter des yeux mais sans arrogance: "Non, j'en ai pas."
Le gars regarde la boite de café, puis me regarde à nouveau, me jauge, puis dit "Ok" et s'en va.
Si je lui avais donné du café, en lui faisant un grand sourire et en lui disant "oui oui bien sur!", je me cataloguais comme proie et il aurait continué de me demander de trucs, de plus en plus, jusqu'à me faire carrément cantiner pour lui et ses potes.
Je l'ai vu souvent faire, notamment avec deux petits "from'" primaires de 20 ans, qui étaient pas très costauds.
Ils ont commencé par dépanner du tabac et du café - en pensant naivement qu'ils se faisaient des potes - et une semaine après, les lascars leur filait des bon de cantines remplis que les autres devaient prendre à leur compte, et la menace était devenue claire, nette, explicite et verbalisée: vous cantinez ou vous dérouillez.

Après, tu as aussi les gars qui deviennent des bonniches. Je pense par exemple à un toxico un peu fragile, en cellule avec un balaise complètement taré tombé pour meurtre qui trafiquait à tout va. C'est clair qu'il passait à la casserole le soir. Et il allait faire la cellule (ménage, lit, et rangement) du fournisseur en shit du balaise.
Et de temps en temps, le balaise l'humiliait publiquement pendant que le toxico se mettait à chialer. "T'es qu'une pétasse! Regarde toi! T'es une pétasse!! Arrête de chialer, pétasse!"
Ca faisait peine pour le gars, mais bon... Il se laissait faire.

Rod, t'as vu ta carrure? C'est normal que les gens soient gentils et polis avec toi!  ;D
Moi, je suis le premier à me méfier d'un ex-taulard.

Pour répondre plus particulièrement à Bullysson:
Je pense qu'il faut rester toujours distant.
Et quand un détenu commence à dépasser les bornes, il faut le lui faire comprendre, tout simplement par une attitude d'entrée en "pré-conflit": "Hein? Pardon?"
Là, il y a de forte chance que le gars fasse marche arrière dans son processus agressif et qu'il essaie de tourner tout ça à l'humour. Où alors vous passerez au conflit ouvert, mais quoi qu'il arrive, tout le monde aura vu que tu as posé des limites.

Se faire planter, c'est tout de même assez rare, même si la plupart des taulards portent une lame.
Ce que tu risques, c'est plutot un lynchage en bonne et due forme, à coup de pieds, de poings. Sachant que les surveillants ne pénètrent pas dans la cour de promenade.
En cas de lynchage, l'alarme sonne, les surveillants se rassemblent à l'entrée de la cour, ou bien rentrent à l'intérieur d'un mètre ou deux. Là, les gars arrêtent de taper pour ne pas avoir un rapport. La victime se démerde pour aller jusqu'à la grille  - parfois en rampant s'ils l'ont bien abimé - et là seulement, il est pris en charge par les surveillants.
la cour de promenade, c'est un monde à part.

Dans le genre arme improvisée, un détenu s'est fait lyncher par des lascars en maison d'arret. Dans la mélée, il a mordu l'oreille d'un des gars et lui en a arraché une bonne moitié.
Ca a fait sacrément sensation. Et le gars a terminé sa peine avec sa demi-oreille façon Monsieur Spock. Ca faisait rire tout le monde.

Il y a aussi de plus en plus de gars de l'Est, dans nos prisons.
Et ceux-là réservent souvent des surprises aux lascars qui essaient de leur faire une boulette. Serbes, Croates, Russes, Albanais... Ces gars là n'ont pas été élevés au cérélac.   ;D











08 février 2008 à 14:30:20
Réponse #84

bloodyfrog


Excellent topic.

Merci à tous, et à toi l'Ane-o-nyme tout particulièrement pour vos témoignages.

Manu. :)

08 février 2008 à 18:41:27
Réponse #85

BULLYSSON


Ok merci d'avoir répondu avec autant de détails sur les différentes situations L-Ane-o-nyme, c'est très instructif.  ;)

Je me fais juste ce commentaire perso, quel est l'intérêt d'aller en promenade si on risque le lynchage à chaque sortie ? la vie sociale tu peux aussi bien l'avoir dans les autres activités, non ?
Autre question que je me pose concernant la muscu : la salle doit pas être très grande et pas super équipée, ça m'étonnerait qu'ils aient construient un Gymnasium spécialement pour les détenus et pourtant ça doit être l'une des activités les plus demandées... donc pas trop d'embrouilles sur place ?
Une seule loi dans ce Monde :
http://youtu.be/41Q21B7ap9M

08 février 2008 à 21:11:53
Réponse #86

L-Ane-o-nyme


@Bullysson
non, je ne dis pas qu'on risque le lynchage à chaque sortie, mais:
- que des lynchages surviennent fréquemment et régulièrement
- qu'un gars tout seul, qui ne vient pas du monde des voyous et/ou des cités à plus de chance de dérouiller
- que la violence tombe généralement brusquement, comme un orage d'été. Ce qui fait que tu as toujours des yeux dans le dos, que la nuit, tu écoutes ce qui se dit aux fenêtres, que tu es en couleur orange/rouge en permanence.
mais si je devais retourner en taule avec trois ou quatre de mes potes, je me la ferai plutot bien, ça c'est sur... Fini le stress.

En fait, il y a dans un certains nombre d'établissements de vrais gymnases, construits par des détenus, ce qui minimise les couts.
Les salles de muscu sont parfois pas mal du tout.
C'est plutot tranquille, sauf parfois où ca part à coups d'haltères! :-)







09 février 2008 à 00:31:50
Réponse #87

Rod


Bonsoir L-Ane-o-nyme,

Rod, t'as vu ta carrure? C'est normal que les gens soient gentils et polis avec toi!  ;D
Moi, je suis le premier à me méfier d'un ex-taulard.
C'est la plus grosse erreur à faire lorsqu'on est un peu "lourd"...  :down: Croire que cela préserve de tout... Et c'est comme ça qu'on finit renversé par une bagnole ou tanné par surprise.  ;) Mon gabarit n'est qu'un outil et un cadeau de Mère Nature (enfin cadeau, j'aurais préféré un physique un peu plus sec et une gueule de top-modèle, ça aurait aidé avec les filles  :'(), ce n'est pas pour moi une manière de me placer par rapport aux autres (même si ça doit le faire sur un plan inconscient).
Sur ta deuxième phrase... Respect ne veut pas dire qu'il n'y a pas méfiance comme avec toute personne ne faisant pas partie de mon cercle d'intimes... D'un côté, ils sentent bien qu'il ne faut pas me faire chier mais d'un autre cela ne sert à rien de vouloir leur faire sentir une différence dans ma manière de les aborder par rapport aux autres. Ils sont dehors, ils ont payé leur dette et basta.

En fait, il y a dans un certains nombre d'établissements de vrais gymnases, construits par des détenus, ce qui minimise les couts.
Les salles de muscu sont parfois pas mal du tout.
C'est plutot tranquille, sauf parfois où ca part à coups d'haltères! :-)
C'est clair j'ai quelques potes qui ont pris plus de masse en prison qu'en dehors...  :o Ben oui, pas de femmes à gérer, pas de boulot puisant dans les réserves énergétiques, parfois un équipement de bonne qualité et l'accès à des suppléments diététiques et même à des anabolisants! Maintenant ce n'est pas la méthode number one que je conseillerais à quelqu'un qui veut se muscler...  ;) :down:

Bien à toi,

Rod

10 février 2008 à 21:35:18
Réponse #88

guillaume


Je ne sais pas si ça a été dis mais pouvoir rendre service à quelqu'un d'influent aide beaucoup (en maison d'arrêt). Du genre écrire les lettres aux autres détenus qui ne savent pas écrire mais qui sont bien respectés. Paix assurée (L'anonyme, tu confirmes?).

a+

11 février 2008 à 11:48:15
Réponse #89

L-Ane-o-nyme



La paix assurée, hélas, ça n'existe pas.
Mais de faire des courriers judiciaires pour certains détenus permet effectivement de rendre service et d'obtenir de la reconnaissance de leur part. Ca peut être très utile et c'est un bon moyen de cultiver de bonnes relations, surtout si on refuse d'être payé en échange de son travail.


12 février 2008 à 14:44:16
Réponse #90

vince


Salut  :)

Je tiens à remercier en particulier l'Anonyme (je résume) pour ta participation généreuse et sincère à ce post. Il permet d'avoir une vision réaliste de l'enfermement carcéral, tout à fait effrayante.
Je pourrais rajouter ou insister - pour avoir vécu un autre type d'enfermement - sur les effets psychologiques dévastateurs de celui-ci, la désafiliation sociale et familiale, le stress permanent, l'altération des capacités de planification, du rapport au temps et de la perte de maitrise de celui-ci, les humiliations qui s'incorporent, etc... Il faut être très sévèrement outillé, burné, aidé, entouré, balèze ou chanceux pour s'en sortir, pendant et après... En cela, et rien que pour les outils qu'il donne, ce post est vraiment riche, et je dirais émouvant. Il serre les tripes à la fois d'effroi et de tristesse. D'autant plus que comme dit Patrick - et un proche, maton, et mon expérience encore - on peut vite se retrouver en prison, très vite.
Ce que je retiens est que la compétence principale, l'outil de survie élémentaire, c'est le cerveau, et plus précisément une intelligence relationnelle qui n'est ni donnée ni évidente à acquérir : tant mieux pour les plus doués, horreur pour les moutons. En fait, de ce que tu dis, on serait presque forcé de s'affilier pour survivre ? la solitude serait impossible ?


Les questions que j'ose concernent "l'après" : que reste-t-il après des années de prison sur le plan de la réinsertion ? sur le plan psychologique ? familial ? social ? en garde-t-on des "amis" ? les fuit-on ? cauchemars ? Même pour qq'un comme toi Anonyme, qui a pu éviter le pire et ménager un "séjour" convenable. Quelles habitudes garde-t-on ? Meilleurs souvenirs ? pire souvenirs ? Regrets et "bénéfices" ?

Merci de ton/votre attention.

vince

12 février 2008 à 15:29:02
Réponse #91

BULLYSSON


la question que je me pose est quel peut être l'échappatoire pour un gars qui n'a pas su se défendre au début et qui s'est fait dépouillé ou casser la g**ule à répétition ?

C'est beaucoup plus difficile de "sortir" du statut de victime que de poser les limites pour ne pas y entrer. Ce genre de truc c'est avant tout de l'intox, de l'attitude, parceque des fois un mec qui ne sait pas se battre, pas forcément très courageux non plus, sera plus respecter qu'un autre juste parcequ'il aura su poser les limites au bon moment et de la bonne façon...

même en étant le plus fort du monde c'est pas facile de calmer un quinzaine de mecs qui t'ont pris en grippe, et à moins de faire le "gros coup" qui risque de rallonger ta peine pour calmer tout le monde je ne vois pas ce qui peut te sauver une fois que "le mal" est fait..

faut pas relâcher la pression sinon ça sera encore plus dur... c'est comme dans tout lieu où c'est un peu la loi du plus fort qui prédomine (certain établissements scolaires, quartiers, business illégaux)
« Modifié: 12 février 2008 à 15:40:05 par BULLYSSON »
Une seule loi dans ce Monde :
http://youtu.be/41Q21B7ap9M

16 février 2008 à 14:45:43
Réponse #92

guillaume


Je pense pour ça qu'il faut arriver très low profile mais sans toutefois se laisser marcher sur les pieds.

a+

16 février 2008 à 23:17:04
Réponse #93

skaro


bonsoir.voici une des techniques de survie applicable partout et aussi en prison:il vaut mieux avoir l'air d'une poule que d'un coq...si la situation l'exige et si vous en avez les moyens,redevenez subitement un coq;puis posez vous la question"ou est ceque j'ai m.rdé pour que ma couverture tombe"?...ne perdons pas le VRAI but de vue;retrouver les siens en bonne forme et continnuer la vie

17 février 2008 à 12:35:04
Réponse #94

skaro


de la a avoir l'air d'une poule reproductrice,ya 1large fossé :glare:...il faut le comprendre dans le sans ou il ne faut pas faire de vague,rester discret...pas de traces dans l'esprit des autres détenus."capable,passez pour incapable.reposé,feignez la fatigue.ordonné,affichez le désordre..."
quelqu'un connait SUN TSU?

17 février 2008 à 12:38:35
Réponse #95

Eric Lem


Vaguement  ;D C'est pas une marque de voiture Coréenne ça ?

Je pensais que c'était l'inventeur du Walkman...
Peace,

Eric.
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17 février 2008 à 12:46:18
Réponse #96

BULLYSSON


On connait un peu, oui, comme ci comme ça.  ;D
Le passage que tu cites convient mieux à mon avis à une situation où l'effet de surprise permettra d'emporter le victoire.
Hors dans le cas cité ici, on affiche clairement une attitude forte pour ne pas être choisi comme victime potentielle.

Si tu étais un zèbre parmi d'autres dans un troupeau, et qu'une horde de lionnes vous entouraient dans la savane, tu ferais le vieux malade qui boite ou tu léverais la tête en dégageant force et assurance ?  C'est un peu la même problématique.
« Modifié: 06 février 2009 à 15:58:14 par BULLYSSON »
Une seule loi dans ce Monde :
http://youtu.be/41Q21B7ap9M

17 février 2008 à 19:31:43
Réponse #97

skaro


vous etes vous déja trouvé avec 1500bipèdes agressifs jouant aussi au coq?ètes vous assez entrainé pour mené 1500combat et sortir toujours vainqueur?je vous parle d'une situation VECUE ou dans la REALITE cette stratégie a porté ces fruits:but atteint sans manquer de rien et sans bobos;jai bien eu 2"accrochages"mais comme tu le dit,l'effet de surprise(et les heures d'entrainement)ont été décisifs.
je n'ai jamais parlé de se soumettre mais bien de rester discret :closedeyes: car enfin,dans une basse cour c'est le coq qu'on voit en premier...
entre bomber le torse et rester dans l'ombre,c'est une histoire d'ego;notre meilleur ennemi.

17 février 2008 à 20:36:55
Réponse #98

guillaume


je n'ai jamais parlé de se soumettre mais bien de rester discret :closedeyes:

Tafdac et j'ajouterais: discret mais très vigilant, en posant ses limites, en ne se laissant pas marcher sur les pieds quoi.

a+

17 février 2008 à 20:37:43
Réponse #99

Gofannon


Merci beaucoup L-Ane-o-nyme pour  le témoignage que tu nous accorde.
Je ne pensais pas que la prison pouvais être aussi violente que tu le décrit.  :o
Je n'en reviens pas. Je ne pensais pas que ce qui passe dans Prison Break pouvais exister en France.

Niveau communication, comment ça se passe?
Internet? Téléphone? Courrier? Visite?
Leurs durée d'utilisation, le système de controle, leur éventuel prix...

Certains détenue vivent t-il dans le "luxe" et avoir ce qu'ils veulent? Genre prisonnier disposant d'argent et d'influence à l'extérieur.

Les soins sont t-ils correct?

Si tu as déjà répondu, excuse moi mais j'ai tout lut d'une traite tellement que j'était sur le c*l et j'ai dut zapper des trucs.

Merci encore.
''Ce n'est pas la façon dont la lame est aiguisée qui fait le talent du sabreur.'' Yvan Andouart
''Le couteau a beau être tranchant, il ne peut tailler son manche.'' Mahmud de Kachgar

 


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Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
avec bienveillance, curiosité et un appétit pour le dialogue et la réflexion que l'interlocuteur peut susciter. »


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