Le racket.
On peut je pense différencier le racket rampant du racket avec violence.
Le racket avec violence ressemble à l'agression caractérisée telle qu'elle existe dans la rue.
Un gars possède quelque chose que les autres veulent. Ils l'entourent à l'endroit qui leur convient et lui prennent. S'il resiste, il prend des coups.
Ex: un détenu agé descend un escalier avec sa rolex au poignet, qu'il a omis de laisser à la fouille. après lui avoir passé une serviette sur la tete, les gars lui enlèvent sa montre. le vieux ne moufte pas. Affaire réglée.
Le racket "rampant" est un processus plus long, plus sournois.
Un jour, en maison d'arret, un lascar s'est fait ouvrir ma porte par le surveillant d'étage pour venir me demander du café. La boite de café était bien en évidence sur la table. Il me demande, avec un verni de politesse où l'on sentait pointer très nettement l'agressivité, la menace: "T'aurais pas un peu de café?"
Je réponds sans le quitter des yeux mais sans arrogance: "Non, j'en ai pas."
Le gars regarde la boite de café, puis me regarde à nouveau, me jauge, puis dit "Ok" et s'en va.
Si je lui avais donné du café, en lui faisant un grand sourire et en lui disant "oui oui bien sur!", je me cataloguais comme proie et il aurait continué de me demander de trucs, de plus en plus, jusqu'à me faire carrément cantiner pour lui et ses potes.
Je l'ai vu souvent faire, notamment avec deux petits "from'" primaires de 20 ans, qui étaient pas très costauds.
Ils ont commencé par dépanner du tabac et du café - en pensant naivement qu'ils se faisaient des potes - et une semaine après, les lascars leur filait des bon de cantines remplis que les autres devaient prendre à leur compte, et la menace était devenue claire, nette, explicite et verbalisée: vous cantinez ou vous dérouillez.
Après, tu as aussi les gars qui deviennent des bonniches. Je pense par exemple à un toxico un peu fragile, en cellule avec un balaise complètement taré tombé pour meurtre qui trafiquait à tout va. C'est clair qu'il passait à la casserole le soir. Et il allait faire la cellule (ménage, lit, et rangement) du fournisseur en shit du balaise.
Et de temps en temps, le balaise l'humiliait publiquement pendant que le toxico se mettait à chialer. "T'es qu'une pétasse! Regarde toi! T'es une pétasse!! Arrête de chialer, pétasse!"
Ca faisait peine pour le gars, mais bon... Il se laissait faire.
Rod, t'as vu ta carrure? C'est normal que les gens soient gentils et polis avec toi!
Moi, je suis le premier à me méfier d'un ex-taulard.
Pour répondre plus particulièrement à Bullysson:
Je pense qu'il faut rester toujours distant.
Et quand un détenu commence à dépasser les bornes, il faut le lui faire comprendre, tout simplement par une attitude d'entrée en "pré-conflit": "Hein? Pardon?"
Là, il y a de forte chance que le gars fasse marche arrière dans son processus agressif et qu'il essaie de tourner tout ça à l'humour. Où alors vous passerez au conflit ouvert, mais quoi qu'il arrive, tout le monde aura vu que tu as posé des limites.
Se faire planter, c'est tout de même assez rare, même si la plupart des taulards portent une lame.
Ce que tu risques, c'est plutot un lynchage en bonne et due forme, à coup de pieds, de poings. Sachant que les surveillants ne pénètrent pas dans la cour de promenade.
En cas de lynchage, l'alarme sonne, les surveillants se rassemblent à l'entrée de la cour, ou bien rentrent à l'intérieur d'un mètre ou deux. Là, les gars arrêtent de taper pour ne pas avoir un rapport. La victime se démerde pour aller jusqu'à la grille - parfois en rampant s'ils l'ont bien abimé - et là seulement, il est pris en charge par les surveillants.
la cour de promenade, c'est un monde à part.
Dans le genre arme improvisée, un détenu s'est fait lyncher par des lascars en maison d'arret. Dans la mélée, il a mordu l'oreille d'un des gars et lui en a arraché une bonne moitié.
Ca a fait sacrément sensation. Et le gars a terminé sa peine avec sa demi-oreille façon Monsieur Spock. Ca faisait rire tout le monde.
Il y a aussi de plus en plus de gars de l'Est, dans nos prisons.
Et ceux-là réservent souvent des surprises aux lascars qui essaient de leur faire une boulette. Serbes, Croates, Russes, Albanais... Ces gars là n'ont pas été élevés au cérélac.
