Au sujet de la contagiosité:Celle observée pour l'instant est dans les clous habituels de la maladie, à savoir un R0 estimé de 1,5 à 2 ( qui sont les taux observés par le CDC sur les anciennes épidémies en RDC ), et dont les données épidémiologique ne ressemblent en rien aux infections à transmission aériennes connues telles que varicelle ou rougeole ( cette dernière ayant un R0 de 13 à 15, le R0 étant le nombre de personnes que contamine en moyenne un individu infecté ).
La propagation exponentielle est classique, puisque en l'absence de mesure efficaces pour juguler les cas ( on en a largement décrit les raisons dans ces pays très pauvres et peu observant avec les mesures de sécurité ), de plus en plus de gens se contaminent et contaminent eux-même de plus en plus de gens.
On a aussi déjà abordé les raisons de la résolution des précédentes épidémies. Elles étaient très localisées, souvent dans des villages de brousse, et dans des zones connaissant le virus et étant habitué à leurs prises en charge éclair et agressives. Cette épidémie a eu lieu en milieu urbain, avec un accès rapide aux grandes capitales à haute densité de population, dans des populations n'ayant jamais été confrontées à la maladie et n'y croyant pas, et dans des pays à la politique instable, minés par des années de guerre civile, méfiants envers leur gouvernement comme envers leurs soignants et les structures de santé.
C'est bien une question de contexte géographique social et démographique, et non une question de contagiosité.
Transmission et étude de "Nature":Effectivement l'étude n'est pas issue d'un torchon conspirationniste. Mais ce sont les torchons conspirationnistes qui l'ont récupérée pour prêcher la fin du monde, les équipes médicales connaissent cette étude comme les autres, elle n'est ni secrète, ni cachée aux yeux du monde depuis 2012.
Cette étude a été menée pour rechercher la cause de propagation de souche Reston ( souche animale uniquement, jamais observée chez l'homme ) dans des zones indonésiennes reculées. Les expérimentations ont permis de mettre en évidence une probable transmission aérosolisée uniquement du porc au singe, notamment du fait d'une particularité anatomopathologique infectieuse au niveau des tissus respiratoires du porc et d'une capacité d'excrétion respiratoire spécifique à cette espèce. La même étude a montré qu'aucune transmission possiblement aérosolisée n'avait été observée de singe à singe.
Au point de vue inter-humain, aucune des études menée de très près sur toutes les précédentes épidémies Ebola n'ont donné le moindre argument pour une contamination aérosolisée, pas plus que l'actuelle.
Patients survivants et immunité: Un patient survivant sera effectivement immunisé... à la souche qui l'a contaminé. C'est à dire la souche Zaïre, et
cette souche Zaïre. La moindre mutation mineure ( qui n'aura pas d'effet réel sur la pathogénie du virus mais suffira à le rendre différent d'un point de vue reconnaissance immunitaire ), suffira à réinfecter un malade immunisé à la souche originale. Il est donc hasardeux et dangereux pour un rescapé de s'estimer immunisé à quoique ce soit, et il devra prendre les mêmes précautions que les autres, sauf en présence de souches avérées en laboratoire comme étant exactement la même que celle qu'il a contracté.
Risque de mutation: Il est très faible, et le risque d'action modifiant la contagiosité en cours d'épidéie n'a jamais été observé dans l'histoire de la médecine. Le H5N1 lui-même a été endémique et a contaminé des milliards d'oiseaux pendant plus de 20 ans avant de donner une souche qui a posé problème à l'homme.
Contagion de personnels hospitaliers occidentaux:A priori les retours semblent montrer des manquements aux règles de sécurité, non seulement humains mais institutionnels ( mauvais matériel, absence pure et simple de protocoles d'habillage / déshabillage avec personnel qui a du improviser, erreurs humaines ), rien n'indique une propagation autre, et de toute façon les combinaisons intégrales agissent aussi sur les aérosols s'il aérosol il y avait eu. Le risque majeur est au déshabillage, c'est là que les erreurs sont les plus fréquentes alors qu'on croît l'opération terminée.
Pour tous les personnels de santé: allez sur youtube et tapez " APHM Ebola ", le centre de réference marseillais du Pr. Brouqui a mis en ligne en film tous les protocoles d'habillage / déshabillage et de prise en charge de ce genre de patients à risque.
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EDIT par la modération : voici le lien direct : https://www.youtube.com/watch?v=zLcMgaBERSw&index=1&list=PL2SIynHPUiNRQFwmGp9DzxUKwdDjNdzMT]
En bref, gardez la tête froide et ne cédez pas au conspirationnisme gratuit. Si des blog et sites pseudo-scientifiques brandissent des études, c'est avant tout parcequ'ils ne savent pas les lire, ou les replacer dans leur contexte épidémio-pathogénique.
Peut-être que cette épidémie va poser de nombreux problèmes et que l'ONU va avoir du mal à casser la courbe comme elle espère le faire. Mais les arguments d'inquiétude avancés pour le moment ne sont valides. Et surtout, une fois de plus, je ne vois pour l'instant pas en quoi quiconque fait preuve d'occultation ou de mensonge dans les instances de santé internationales. Ce sont des instances dépassées et en grande difficulté sur le terrain, mais elles ne cachent pas grand chose pour le moment.