ma remarque portait justement sur le fait que c'est peut-être un peu plus compliqué : le ratio serait plutôt pour moi risque de l'intervention / chance de succès / intérêt de l'intervention
plus simplement, je suis prêt à prendre plus de risques si c'est pour faire face à un viol, plutôt qu'à deux jeunes qui fument.
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Salut Moss,
à mon avis l'exemple que tu prends d'une prise de risque pour intervenir face à un viol est déjà bien différent : dans ce cas-là, la question d'agir ou non ne se poserait à mon avis pas vraiment : pour autant qu'on soit en mesure de faire quelque chose (et non pas pétrifié ou contraint de rester passif), c'est alors plus la question des modalités d'action qui se poserait...
Mais je suis tout à fait d'accord avec la précision que tu amènes en complément dans l'équation : il ne faut pas pondérer le risque de l'intervention seulement avec les possibilités de succès de celle-ci mais également avec son intérêt.
L'hypothèse de départ du fil me semble en effet plus être celle du constat flagrant d'une "incivilité". L'enjeu social de la cessation de l'incivilité constatée n'est pas nul du tout, au contraire. Mais a priori, cet enjeu est quand même un peu court pour justifier la prise d'un risque excessif pouvant aller jusqu'à un risque vital.
L'assistance ou la non-assistance à personne en danger, ou la légitime défense de soi-même ou d'autrui, me semblent être des sujets déjà différents. Si l'intégrité d'une personne est menacée, la justification du risque qu'implique une prise d'initiative est toute autre (ce qui n'interdit pas de peser ses chances de succès par rapport à son niveau de risque pour déterminer ses modalités d'action).
Par ailleurs, ton analyse personnelle sur l'appréciation des risques faites par l'agent de sécurité dans le fait divers initialement rapporté, ainsi que les remarques de Nihil un peu plus haut sur les aléas de la communication dans ce type d'hypothèses montrent entre autres exemples assez bien comme cette appréciation du risque et la prise de décision qui s'ensuit sont complexes, contextuelles et profondément subjectives.
Moi aussi, comme toi, je trouve a priori dangereux d'aborder, en les contrariant, deux "jeunes" qui fument un joint dans un lieu public accompagnés d'un chien de race réputée dangereuse. Mais je ne suis pas agent de sécurité dans un supermarché d'une métropole du littoral méditerranéen, et je ne suis donc pas quotidiennement confronté à des situations présentant des niveaux de risques sensiblement équivalents ou supérieurs et où il faut bien engager la discussion.
Et dans la plupart des hypothèses un peu similaires, même avec un niveau de risque moins élevé (pas de chien, par exemple), je pense que je ne saurais pas forcément faire de façon adéquate, et préfèrerais la boucler plutôt qu'engager une discussion dont le ton pourrait s'échauffer rapidement et qui mènerait à une fin violente de toutes les façons disproportionnée (quel que soit le "vainqueur") par rapport à la transgression initiale.
Mais dans certains contextes bien particuliers et spécifiques, je serais peut-être au contraire l'une des personnes idoines pouvant désamorcer la situation, et peut-être éventuellement en passant rapidement d'un ton brutal et intimidant à un ton poli, ou l'inverse, ou sans aucun ton brutal, ou uniquement avec ça, ou que sais-je encore...
A chacun ses sphères d'influence possibles, selon le moment, l'endroit et encore de nombreux autres paramètres, et à chacun le cas échéant son mode de communication...
Pour moi, le problème est tellement dépendant du contexte et relève d'une communication interpersonnelle si subjective et délicate que vouloir prendre une position générale n'a tout simplement pas de sens.
Cordialement,
Bomby