Petit récit de la dernière mésaventure... Désagréable.
Mercredi sortie photo animalière, je suis depuis 20 minutes le cul dans l'herbe, dans une clairière au soleil en pleine forêt chênes/pins, sur un coléoptère. Mal au dos, je m'étire, et pose la main derrière moi sans regarder.
CLAC, l'impression de me prendre une tapette à rat sur le doigt, et brulure immédiate. Je me retourne, furax... Une vipère péliade de 45cm se barre!

Je me lève fissa, ma doudou n'est pas loin, j'écrase la bestiole du talon pour être sur de l'identif (désolé pour les amis des bêtes, dont je suis, mais il s'agit dans l'instant de savoir quelle mesure prendre... Les considérations écolo-bobos, on verra plus tard, j'ai mal, pour l'instant, et je suis un tantinet énervé, et ça fait quand même bien mal. Comme un gros coup de cutter dans le doigt). Pas de doute, c'est une péliade. Je me dis qu'en ces temps de sécheresse, le venin doit être chié concentré. Je monte dans la voiture heureusement garée non loin, ma douce va prévenir les mômes en passant devant la maison, je reste au calme dans la voiture, essayant de rester calme, ventilation ample, puis on file sur un point de ralliement convenu avec les pompiers, selon mes instructions : chez moi, c'est introuvable, donc, rv sur un rond-point à 4 bornes. 5 minutes après la morsure, un gros voile blanc, mon amie me dira plus tard que j'ai manifestement perdu connaissance, tête tombée sur les genoux. Je ne peux que confirmer, me souvenant l'entendre converser avec les pompiers, alors que je n'ai aucun souvenir du début de la conversation... J'ai donc clairement eu une absence.Je suis "revenu" tout seul, mais j'ai eu un blanc, sans doute possible). Envie de vomir. ça se stabilise, je me met une fois arrivé, à l'ombre, en PLS. Les pompiers me prennent en charge, symptômes stables et gérables pendant 10 minutes. Puis nouvelle escalade : vomissements, perte de connaissance, douleurs et fourmillements très douloureux au niveau du diaphragme, du cœur et... de la <biiiiip>(on rigole pas!

Véri...dick). Administration du sérum seulement 20 minutes plus tard, le temps que le smur arrive, j'ai eu le temps de douiller, tout en sachant que j'avais peu de risque de crever... C'est un serpent européen. Nuit douloureuse, puis la main et le bras avec un gros œdème. L’œdème disparait, sous réserve de maintenir la main en l'air, mais H+24, le doigt a doublé de volume, la trace des crocs est devenue nécrosée (noir très moche). Généraliste, urgence, et coup de bol, c'est un copain Chir qui me prend en main, et en la voyant, me dit "pas d'anesthésie locale, impossible vu la tronche, hop, au bloc, tu te fous à poil, anesthésie générale". 1 heure plus tard, la tronche en biais, une grosse poupée sur le majeur, un drain dans la viande.
Va mieux, maintenant, mais je peux garantir que protégée ou pas, la prochaine que je vois à portée prend un coup de 12.

Désolé pour les amis des bêtes, dont je suis une fois de plus, mais celle-ci, je l'ai pas emmerdée, j'ai juste pas eu de bol.
Des trucs à en tirer:
- Aucun des secours (pompiers, SMUR, urgences), ne m'a désinfecté la plaie. J'en suis certain, entre mes souvenirs (forcément incomplets) et le témoignage de ma compagne (plus fiables). Etonnant, et je ne leur jette pas la pierre, il est trop facile de juger. Mais c'est comme ça. A vérifier.
- Le traitement antibio, je l'ai appris à cette occasion, n'est pas conseillé en cas de piqure de serpent. J'ignore pourquoi, mais il y a une bonne raison médicale à cela. Donc ne pas s'étonner si la faculté ne vous fourgue pas d'Augmentin ou un truc du style.
- Le risque de Nécrose est non négligeable. Le venin de serpent est "étudié" pour dissoudre partiellement la victime (une proie), il fera de même avec la partie piquée. Mon doigt s'est nécrosé, la viande se transformant doucement en liquide ingérable. A surveiller donc, presque plus que les symptômes "primaires" (nausées, vomissements, pertes de connaissance). Je veux dire qu'en situation de survie, une piqure se traduira par les mêmes symptômes (je parle, on est d'accord, en EUROPE). Mais l'évanouissement est plus facile à gérer pour un secouriste (voire pour la victime) que la nécrose.
- Après la nécrose (éventuelle, d'après ce que j'ai compris, non systématique), le traitement antibio s'impose, par contre.
- Les soins infirmiers et si possibles stériles aussi.
- le port du membre blessé "en haut" aide énormément à la résorption de l’œdème induit. Entre mon premier séjour à l'hosto et ma sortie, j'ai tenu mon bras normalement (en bas) et mon bras à -presque- doublé de volume, ou pas loin.
- J'ai été contacté ensuite par le centre antipoison d'Angers, ils m'ont confirmé ce que je savais déjà, la sécheresse concentre les venins.
- Peut-être que Lundi, l'infirmière sera rousse aux yeux verts et belle comme le jour.
