Une petite question au sujet de ce passage, pour m'assurer que j'ai bien compris.Bien que dans un réacteur, la masse critique soit atteinte (k=1), il n'y a pas de risque de réaction divergente (explosion nucléaire) qui demanderait une masse, donc une valeur de k, supérieure pour se produire. Vrai ou faux? Je me demande si ce n'est pas ce que j'ai confondu.
C'est un chouïa plus compliqué : si tu concentres toute la matière fissile en une sphère, il existe une masse critique pour laquelle la réaction divergera (k>1). Mais elle cessera vite, car la sphère se disloquera. Et si la matière fissile n'est pas concentrée en une sphère, la masse critique est plus élevée.
Tu peux réduire cette masse en entourant la sphère de réflecteurs de neutrons, et prolonger la durée de la réaction en chaine en comprimant la configuration avec des explosifs classiques. Soit en configuration "gun" si tu as de l'U235, soit en implosion sphérique si tu as du PU239 (j'ai vérifié, je n'en ai pas à la cave, donc je ne peux pas vous faire une petite démo

). La puissance maximum d'une bombe A est limitée par le fait que pour disposer le maximum de matériau fissile en gardant la possibilité de rassembler tout ça en une sphère assez parfaite en faisant claquer des pétards autour, il faut éviter des structures trop "coquille d'oeuf" (ou il faut être très malin et très habile).
La quantité de matière fissile dans un réacteur serait largement assez grande pour atteindre des k très élevés. Mais sauf crétins finis, les ingénieurs s'arrangent pour que ça ne se produise pas. A Tchernobyl, on a dépassé 1, mais on n'a pas eu une divergence exponentielle prolongée comme dans une bombe (au passage, dans une bombe, c'est l'énergie cinétique des matériaux fissiles implosant qui maintient la configuration assez longtemps, aidée par les réflecteurs etc. - rien de tout ça n'est classifié, mais si vous maîtrisiez le sujet à fond, ainsi que les maths qui vont bien, et que vous n'aviez pas de scrupules, vous pouviez sans doute vous faire pas mal de thunes dans certains pays il y a quelques années).
A Tchernobyl, si il y a bien eu une excursion de criticité suite à une fausse manoeuvre, et si il y a eu fonte du coeur par la suite, fonte qui fit un joli tas merdique de "corium", ce corium, pour autant que je sache, n'a pas atteint une configuration critique.
A Fukushima, j'espère qu'il en sera de même si la fusion des coeurs des réacteurs 1, 2 et 3 se poursuit - ce qui pourrait arriver si la radioactivité répandue sur le site empêchait la poursuite des opérations de refroidissement. Mais, contrairement à d'autres types de réacteurs où le cas est explicitement prévu, je n'ai vu nulle part qu'il y avait des répartiteurs de corium pour assurer au moins la non-criticité. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y en a pas : simplement, je n'ai pas cette information.
Mais si cette fonte se produisait, il pourrait quand même y avoir une explosion - non nucléaire - due à la vapeur d'eau ou à des réactions physico-chimiques - qui serait catastrophique car dispersant des radio-éléments un peu partout.
Tchernobyl avait tout pour plaire : c'est le feu du graphite qui a été un des éléments clefs.
PS : ça aussi, je vais l'utiliser dans ma synthèse