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Quand à la soumission, n'oublie pas qu'il y en a que ça encourage à passer à l'acte, alors que si tu as du répondant de "la force de frappe" comme tu le dis, celle-ci doit transparaître et l'inciter à ne même pas t'aborder.
Petite anecdote personnelle, pour illustrer à la fois le point souligné par Patrick ci-dessus, et aussi le fait qu'il n'y a pas de toujours ni de jamais en SD et que le bluff "surenchère" est affaire de circonstances...
Il y a assez longtemps, je traverse à pied un quartier quasi-désert (mais pas craignos du tout) pour rentrer chez moi en fin de soirée... Circonstance un peu particulière et qui joue un rôle dans l'histoire, les semelles des chaussures que je porte absorbent quasi-complètement mes bruits de pas... Absorbé dans mes pensées, je ne remarque que tardivement un lascar assis sur une borne de stationnement, à 10 mètres devant moi sur le trottoir où je suis, juste devant un immeuble récent connu pour être probablement le plus luxueux de l'agglomération. J'hésite mais fais le choix de ne pas changer de trottoir, pour ne pas paraître craindre le personnage... Juste après j'en aperçois un deuxième, assis en parallèle quelques mètres derrière le premier... Ils ne m'ont pas encore vu ni entendu, n'ont pas réagi, je confirme donc mon choix de rester sur le même trottoir pour passer juste derrière eux... Petite précision, les deux lascars ont des profils de clients sérieux, plutôt 25-30 ans que 17-18 et une tête à avoir une bonne connaissance de la correctionnelle... Ils ne réalisent mon approche que quand je suis presque à leur niveau, et ont l'air surpris de ne pas m'avoir entendu arriver. Juste à ce moment-là, quand je passe derrière eux, un troisième, qui avait l'air d'être le meneur, sort avec l'air furibard du sas de l'immeuble devant lequel les deux autres stationnaient, et les deux premiers se lèvent aussitôt... Je me retrouve à devoir décider en une fraction de seconde soit de passer exactement entre les trois types, soit de devoir m'arrêter et faire un détour...J'ai rapidement analysé la situation pour supposer que les deux dehors faisaient le guet pendant que le troisième essayait, apparemment en vain, de forcer l'entrée de l'immeuble, et non pas qu'ils attendaient un passant pour un guet-apens. J'ai donc maintenu mon choix de faire "celui qui ne craint pas" en retenant du coup l'option de la surenchère : je n'ai pas dévié ma route d'un millimètre ni changé en rien ma vitesse, je suis passé entre les trois en les touchant tous en même temps épaule contre épaule, tout en gratifiant le meneur furibard d'un regard glacial et hostile, à la limite de l'agressivité, puis en l'ignorant aussitôt après... Le plus dur a été sans doute immédiatement après de ne pas ni accélérer ni me retourner, tout en m'efforçant malgré tout de surveiller mes arrières (essentiellement à l'oreille et à l'instinct)... Mais rien ne s'est passé, à aucun moment ils n'ont cherché à me suivre, et quand au bout de 50 mètres, j'ai enfin pris le risque de me retourner, mes trois lascars avaient dégagé de la rue...
Le bluff surenchère a marché cette fois-là. Pour autant, je ne le conseillerais absolument pas de façon générale. A relire les choses, il me semble que ça a pu fonctionner ce soir-là pour plusieurs raisons:
- d'abord, j'étais par chance ce soir-là habillé plus que d'habitude en "grey man", donc je ne constituais pas une cible attractive;
-ensuite, ayant eu la veille un entraînement de SD disons "productif", j'avais sans doute suffisamment d'assurance pour pouvoir "bluffer" avec un peu de crédibilité;
- enfin, et last but not least, ils ont sur le moment manifestement été aussi surpris que moi, sinon plus...
Autrement dit, ils ont été surpris, et une fois la surprise passée, ils ont dû percevoir que me suivre pour s'en prendre à moi était une option d'un rapport bénéfices / risques insuffisamment intéressant, même si le meneur avait manifestement besoin de passer ses nerfs sur quelqu'un.
L'essentiel à mon avis était donc sans doute finalement là, plus que dans mon bluff instantané de "surenchère"...
Ceci dit, je reste partisan en premier lieu de l'évitement et donc du détour, dès que c'est possible... Et quand au bluff de "surenchère", il me semble que c'est vraiment en quelque sorte un outil de la dernière chance, lorsque le combat est quasiment déclenché, et qu'une ultime intimidation n'obligeant pas l'adversaire à dégainer, voire lui laissant une porte de sortie, mais le faisant douter, peut au tout dernier instant permettre qu'aucun coup ne parte...
Dans ce cas d'ailleurs spécifique du bluff de l'ultime instant, il y a à mon sens deux options à distinguer: si l'adversaire potentiel semble accessible à un raisonnement rationnel (pardon pour la redondance), la surenchère pourra peut-être marcher en le faisant douter; s'il n'est pas accessible à un raisonnement cohérent (il a réellement "pété les plombs", est bourré, camé, ou est un cas psy en pleine crise, etc...), la faiblesse feinte pourra peut-être faciliter la surprise tactique...
Mais je pense, pour revenir aux propos de Patrick ci-dessus et à mon anecdote censée les illustrer, que dans ce contexte très particulier, je me serais signalé comme une proie possible si j'avais changé de trottoir au dernier moment, et que j'aurais ainsi grillé à l'avance la principale carte que j'avais en main, à savoir celle de n'être apparemment pas une proie facile...
Cordialement,
Bomby