Bonsoir,
Je viens de tomber sur ce forum un peu par hasard, et sur ce post sur l'utilisation du bluff en self-défense en particulier. Comme le sujet m’intéresse, et après avoir consulté quelques autres posts sur les aspects martiaux de la survie urbaine dans le forum et constaté que les débats y étaient constructifs et éclairés (et c'est pas souvent le cas sur ce sujet), je me permets de poster ici mes propres considérations sur le sujet.
En introduction je tiens à préciser que je suis pratiquant d'arts martiaux & sports de combat depuis longtemps et que ma pratique professionnelle m'a souvent amené à devoir gérer des situations conflictuelles voir violentes.
Tout d'abord je pense que le bluff tel qu'il est évoqué dans le premier message de FW190 peut facilement passer pour une incitation : "Et ils sont ou tes copains"ou "tu crois que tu m'fais peur avec ton karaté" pour un agresseur un tant soit peu motivé (ou inconscient). Et quand la ruse est éventée (les copains imaginaires n'arrivent pas), ça devient carrément de la provocation : "tu te fous de ma gueule!".
Par contre, à travers mes expériences personnelles dans ce domaine, je pense que le "bluff" peut être un élément capital dans la gestion des conflits (avec un/des inconnu/s) pouvant déboucher sur de la violence physique.
Pour ma part j'applique trois types de "bluff" bien différents selon le type de menace de l'agression:
1. Menace faible: Typiquement le jeune gringalet bourré qui veut faire le mariole devant ses copains.
Dans ce cas là, et dans ce cas-là uniquement, et après avoir jugé la situation sans réel risque, je prends ma tête de psychopathe et je lui fais comprendre que je vais lui crever les yeux ou un truc dans le genre (j’ai un grand gabarit et je fais très bien la tête de méchant

). Mais encore une fois je n'use de ce stratagème QUE parce que je juge l'agresseur relativement inoffensif et que j'ai le physique qui va bien pour ça. Ça désamorce le problème avant que le gars n'ait atteint le point de non-retour.
2. Menace sérieuse: Le(s) agresseur(s) a l'air déterminé et bagarreur.
Dans ce cas je dissocie ma parole et mon attitude corporelle. Je m'explique: Je parle d'une voix calme et posée, je dis des paroles d'apaisement "y'a pas de problème", "je cherche pas la bagarre" etc. Pas de peur, mais pas de colère ou de provocation non plus. Mais en même temps mon esprit et mon corps se préparent pour la bagarre qui va suivre. En même temps que je dis ça je pense "lequel je vais frapper en premier", " ou est la sortie", "quels objets à porté de main" etc. Et je me prépare physiquement aussi (j'enlève les lunettes de soleil ou la montre ou le sac qui gène, je relâche les épaules, prend mes appuis, etc.).
Dans mon cas, et en cas de menace sérieuse, ce type d'attitude marche la plupart du temps. Je pense que le fait que tout mon langage corporel annonce que je suis prêt à vendre chèrement ma peau, et que d'un autre côté mon langage verbal appelle à la paix sème le doute chez l'agresseur. Le langage physique lui fait craindre des dommages et en même temps mes paroles apaisantes lui permettent de renoncer sans s'énerver et sans perdre la face.
3. Menace imminente: La méthode ci-dessus n'a pas porté ses fruits et l'agresseur est balèze, ou armé ou sont plus nombreux.
Là aussi un peu de bluff peut bien aider. Dans ce cas je feins l'inverse du premier cas. Je me fais plus petit, plus inoffensif. Je baisse un peu le regard. Je laisse croire à l'agresseur qu'il aura facilement le dessus ...Et je me prépare mentalement et physiquement pour le combat (voir ci-dessus). Quand les coups vont partir, la surprise sera de mon côté, et c'est un élément décisif en cas d'infériorité.
Voilà; un long texte et beaucoup de "je" car il ne s'agit ici bien évidemment que de considérations personnelles sur un sujet auquel j'ai pas mal réfléchi et de méthodes que j'ai développées et expérimentées pour mon usage perso, et en aucun cas d'une grande théorie martiale généraliste.
