C'est une vidéo très intéressante qui, incidemment, met en exergue des sujets de débat actuels très intéressants dans certains groupes de SP de haut-vol, de par le monde.
Il y a une alchimie excessivement fragile à obtenir lors des entraînements/séminaires qui consiste à tenter de fondre intensité, réalisme, viabilité technique, création d'un esprit volontaire ( forward drive ) dans un contexte qui n'oublie pas la sécurité dans la pratique, tant au niveau de l'intégrité physique qu'à celui de la pérennité sanitaire.
Force est de constater que tous ces groupes arrivent pratiquement tous aux mêmes conclusions : il n'existe quasi aucun modèle d'entraînement qui soit parfait, complet et prenne en compte tous les paramètres.
Par exemple :
* si la pratique s'exerce avec des moyens de protection allant du plus léger au plus lourd ( mettons du RedMan, ou Blauer gear, en passant par le Fist pour arriver au Bullet Man ), aussitôt les pratiquants vont adapter leur bagage pour correspondre au niveau des protections rencontrées. Ce qui débouche très rapidement dans l'irréalisme malgré une volonté de bien faire.
Par exemple, le RedMan ou le Fist vont empêcher le porteur de souffrir d'hématomes visibles, mais absolument pas de souffrir des commotions liées aux chocs de grande amplitude. Donc, les frappes délivrées et les types de technique utilisées vont être revus en conséquence et ne correspondront peut-être plus à ce que le pratiquant mettrait, ou devrait mettre, en oeuvre lors d'un événement réel.
* si la pratique se fait sans l'aide de protections, tout de suite les techniques utilisées devront être " retenues " dans l'intensité de leur délivrance; ce qui, sur la longueur, débouche tôt ou tard sur l'effet " Kata ".
Si l'on choisit d'opérer dans l'option d'un contact total, dès lors, les probabilités d'accident se multiplient et, de fait, les incidents émaillent la pratique. Ce qui débouche sur un contresens complet : un pratiquant de SP rencontrera le plus de risques physiques dans un cadre qui a été créé et élaboré pour lui assurer une meilleure survie physique. Ce qui est un non-sens total.
Thompson disait : à quoi cela sert-il que j'instruise quelqu'un, pour que celui-ci ne soit plus capable de se défendre sur le parking, à la sortie d'une séance d'entraînement.
* si l'on opte pour oeuvrer dans l'intensité ( Vasbyte et/ou milling ), sans protections, de suite on obtient un effet " Kata " avec un jeu d'acteur façon Actor Studio pour compenser le manque d'effet réaliste des techniques utilisées.
* si l'on opte pour l'intensité, avec protections, on tombe ( comme décrit auparavant ) dans l'adaptation des techniques utilisées au type de protection rencontré. Ainsi, par exemple, essayez de faire du grappling avec un Bullet Man. Impossible.
Allongez un double ChinJab à un porteur de casque Fist, il n'aura pas de marque sur le visage mais finira sa séance à l'hôpital ou à la morgue.
Dans tous les documents visibles sur l'Internet concernant diverses pratiques qui suscitent aujourd'hui bien des passions et des vocations ( SP, UFC, MMA ) prenez un recul salutaire et faites un constat sur l'âge moyen des pratiquants visibles à l'écran. Nous allons du très jeune ( +/- 16 ans ) au plus âgé ( +/- 35 ans ). Ceux qui dépasseront cet âge un peu aléatoire de la trentaine bien tassée constitueront l'exception qui, très souvent, sera pourtant portée à l'attention de tous comme étant l'exemple d'une réussite à suivre.
Ainsi, on nous dira : regardez Kelly Mc Cann, Silva, Crocop ou Rutten et Thompson ainsi que Consterdine. En omettant que pour ces six hommes exemplaires, des centaines, voire des milliers d'autres compteront comme déchets non comptabilisables. Blessés, impotents à des degrés divers ou, plus simplement, hommes vieillissants souffrants de maux infirmant quotidiennement leur confort de vie.
On nous bourre le mou, constamment, en nous disant tout et son contraire. Telle technique est trop efficace pour réellement l'entraîner. Et l'inverse : il faut absolument entraîner cette technique dans l'intensité pour être efficace.
Au bout du compte, il nous reste la voie du milieu ( encore une fois ) : le bon sens commun.
Il y a peu, dans un pays dont l'identité n'a que peu d'intérêt dans ce sujet, j'assistais, invité, à une rencontre sur le terrain entre groupes militaires de divers horizons pour une rencontre/séminaire en combat rapproché.
Dans les quinze premières minutes, un soldat était évacué avec une pommette éclatée par un coup de coude, tandis qu'un autre voyait ses ligaments croisés du genou anéantis par un Stab Kick.
Un des officiers me regarda alors en me disant " assez intense, n'est-ce pas ? " avec un sourire satisfait sur le visage.
L'homme défiguré par le coude a du, et devra encore, subir des chirurgies réparatrices tandis que le militaire au genou massacré sera non opérationnel pour huit mois.
Où se trouve l'intelligence d'une telle pratique ?
Le degré zéro dans les risques encourus lors d'une pratique martiale/sportive/SP n'existe guère. C'est illusoire. Toutefois, on peut se poser des questions légitimes concernant ceux-ci pour tenter d'y surseoir.
Après cette ( longue ) introduction, prenons maintenant le temps de regarder le document vidéo une nouvelle fois. Avec un oeil plus attentif, un rigueur accrue dans les qualificatifs choisis et la volonté de répondre à des questions précises.
* Que voit-on réellement dans le document ? De l'intensité, de l'énergie. Confondues ( volontairement, et pour des raisons mercantiles ) trop souvent avec l'agressivité. S'il y avait de l'agressivité dans le document, divers protagonistes ne se relèveraient pas du sol.
* Dans cette énergie brouillonne, peut-on distinguer l'intelligence d'une analyse face au danger, le choix de stratégies, le développement de techniques efficaces ? Jamais.
A aucun moment.
* Dans cette pratique ( si l'on peut en déceler une ) peut-on dégager un schéma rationnel autour duquel elle s'articulerait ? Je ne vois aucun schéma. Juste un chaos à peine encadré par un instructeur invisible et vociférant.
Il existe un mouvement gagnant en amplitude, au-travers du monde, qui joue sur ces confusions pour vendre des produits qu'on labellise ensuite comme de la défense personnelle réaliste, ou de la protection personnelle, ou du combat rapproché façon ( au choix ) S.A.S, Haganah, SEALS, Rangers, GIGN, GSG9, et autres acronymes célèbres.
Dans certains pays, des hommes adultes, responsables, jouent ainsi à se mettre en scène constamment dans des schémas guerriers, visant à correspondre à des cadres tous plus réalistes les uns que les autres. Ainsi, des colosses américains vont se vautrer dans le désert, sur un lit de poussière et de pierre, casqués d'un Fist, armés d'un Glock transformé pour la Simmunition, en des séances de grappling éprouvantes pour tenter de dominer l'adversaire afin de pouvoir vider leur chargeur dans son corps, à bout portant.
Le tout, hors contexte, sans réelle vue d'ensemble d'une situation qui, pourtant, n'arrive certainement pas soudainement.
In Fine, nous apprenons que la majorité de ces hommes sont soit célibataires, soit divorcés, soit plusieurs fois divorcés. Quasi tous ont des problèmes de santé qui ont nécessité ou nécessitent des interventions chirugicales ( genoux, coudes, épaules, colonne vertébrale ).
Là également on peut s'interroger. Pourquoi ? A qui profite le crime, dirons-nous ?
Et comme de fait, à la clef, on trouve des sociétés vendant DVD's, armes et séminaires.
Que les instructeurs se cassent le corps, et vivent des divorces à répétition, peut à la limite se comprendre, s'expliquer. Tels les champions ou instructeurs précédemment cités, ils tirent de leur pratique un moyen de subsistance.
Mais, les autres ? Les simples pratiquants.
La question se pose exactement là, et nulle part ailleurs.
La vidéo qui nous a été donnée de voir par David reste intéressante. Car riche en réflexion.
Pour ma part, je serais honteux d'instruire des gamins, ou quiconque d'autre, de telle manière. Car, il n'y a tout simplement aucune instruction à déceler dans le document.
Juste le témoignage de l'existence d'une énergie brouillonne, non gérée, canalisée et transformée. Un gâchis total. Et beaucoup de risques physiques frôlés par des jeunes maintenus dans un état d'inconscience, peut-être de façon délibérée.
Si vraiment l'on désire " décharger " son énergie, faisons du sport. Ou l'amour, au choix.