La survie ne rend pas du tout devin. C'est juste qu'on entend et qu'on traite plein de choses avant que ça ne passe dans notre champ de conscience. Tout le reste, c'est traité aussi, mais en arrière plan, dans le cerveau. De temps en temps les infos se recoupent en arrière plan et le cerveau balance des sensations ou des "petites voix" qui sont le fruit de son travail d'analyse d'arrière plan, sub conscient ou inconscient. Sans plus.
Rien de devin là dedans. On le fait sans arrêt pour plein de trucs. L'exemple tout con, tu mets des oeufs dans l'eau. Tu continues à faire autre chose. D'un coup l'eau bout, tu en prends note. Tu regardes l'heure. Tu repasses à autre chose. Subitement, alors que tu bricoles et que tu coupes des oignons en pleurant et tout, d'un seul coup tu repenses aux oeufs. Tu n'as pas passé ton temps les yeux rivés sur l'horloge. Tu n'as pas passé ton temps à compter "un crocodile, deux crocodiles" jusqu'à "600 crocodiles"... Malgré tout, subitement tu lèves la tête et tu penses aux oeufs et tu regardes l'heure. 9 minutes de passées... faut s'occuper des oeufs.
Tout ça pour illustrer le simple fait, parfaitement normal, que notre cerveau fait tout plein de travail en arrière plan, en dehors de notre champ de conscience. On analyse tout, on voit tout, on entend tout... mais seulement une petite partie des infos est jugée "utile pour la conscience" par le cerval. Et juste le tri en lui-même, entre les infos d'arrière plan et les infos dont on juge avoir besoin, est déjà une fonction inconsciente du bordel cérébral.
J'ai un pote qui a disparu, une fois. J'étais chez lui. Il était en bas. J'étais en haut. Je pars pour aller le voir en bas.
Mon souvenir conscient, c'est ceci : je descends pour aller le voir, il n'est pas en bas. Bizarre. Je vais voir dehors, je le cherche partout, je suis seul chez lui. Il est parti où ce con ? Tant pis je me pose dehors et je joue avec le chien.
En fait, quand je me creuse la tête et que j'essaie de revivre la scène simplement, et après explications de sa part... il est monté. Il s'était déguisé en blessé. Un bandeau sur la tronche avec du rouge à la place de l'oeil. On s'est croisés dans le couloir. Il s'est simplement mis de côté, avec une expression parfaitement neutre sur le visage, en me fixant calmement. Je lui ai demandé ce qu'il foutait là. Plusieurs fois. Il n'a pas répondu. J'ai passé mon chemin parce que c'était trop bizarre. Et quelques minutes après mon cerveau avait gommé cette anomalie. J'ai retrouvé le chien, qui était décidément moins aré que mon pote, et je suis resté dehors tranquillement... endroit où je me sentais bien. Le truc, c'est que l'évènement était tellement bizarre que mon cerval a viré la scène du monde des possibles. Je me suis dit "j'ai dû rêver"... et je suis passé à la suite en niant le fait que ce machin état réellement arrivé. C'était, en quelque sorte, un mécanisme de défense de mon univers mental. Je n'avais pas envie d'être seul chez un pote que je croyais sain d'esprit et qui s'amuse à se déguiser en blessé et à ne plus répondre à mes questions...
Résultat ? Bah il a disparu

Le truc c'est que ça m'a tout de même troublé, cette histoire. Et pas bien longtemps après, sans trop savoir pourquoi j'ai eu envie d'aller vérifier mes baggages, ranger mes trucs pour être prêt à partir... et j'ai commencé à me remémorer le chemin à faire à pied pour aller de chez lui à Montréal, etc. Finalement il a cessé l'expérience, et il a repris le fil de la journée normale... mais un malaise persistait chez moi.
La petite voix, en survie, c'est un peu ça. Ce petit malaise. Ce petit truc qui nous fait dire, même si on n'a vraiment pas envie de voir la réalité qui se dessine, que ça sent la m*rde... Pas longtemps après je suis rentré chez moi mais une sensation bizarre persistait. Et ca n'est que bien plus tard que j'ai réussi à me rappeler cette scène... et encore maintenant je me demande dans quelle mesure ça n'est pas lui qui, en m'expliquant le principe de la "disparition", m'a permis d'inventer ce souvenir...
Faudrait que j'en parle avec lui, pour en avoir le coeur net, mais le problème avec les maîtres de l'illusion c'est qu'on ne sait jamais trop s'ils font eux-même la différence entre la réalité et la réalité

Ciao

David