Salut

Merci, Kilbith, pour cette réflexion qui m'a permis, le temps d'une petite pause, de poser pas mal de choses dans ma tête.
Une fois n'est pas coutume, je suis fondamentalement en désaccord avec ta métaphore... je me permets donc de faire part ici de mes réflexions, en faisant confiance au fait que tu ne verras pas dans mes pensées une manière de démolir ta métaphore mais bien de pousser ma propre réflexion en m'appuyant sur ladite métaphore... bref on avance sur le même chemin. Je sais que tu ne m'en tiendras pas rigueur.
La première pensée qui m'est venue, en te lisant, c'est que ta métaphore est valable pour ce qui est de COMPRENDRE un arbre. Or, pour moi, un apprentissage réel, une réelle acquisition, serait plutôt représentée comme le fait de DEVENIR un arbre. Or, il y a quelque chose de statique dans la notion de végétal qui me dérange un peu. De là, j'en reviens très prosaïquement à des réalités toutes crues : là, on cherche à développer de l'humain. A faire grandir et se développer des humains... et ça passe nécessairement par le corps, des périodes nécessaires d'acquisition de savoirs, d'adaptation du corps et de la psyché à ces nouveaux savoirs, de développement global et général de la personne et de son contexte de vie.
Souvent, après les stages, j'ai des nouvelles de stagiaires qui me disent que la survie a profondément changé leur vie. Qu'ils ont changé leurs habitudes, qu'ils ont retrouvé certaines évidences, qu'ils ont repris contact avec des aspects oubliés de leur vie. Et ça implique souvent des changements profonds aussi dans leurs activités, leurs préoccupations... et de fait dans leurs relations sociales.
Une personne qui apprend la survie fait souvent le tri dans son matériel, dans ses passe-temps, et même dans ses amis. On a vite fait, une fois qu'on a décidé de tenir compte de certaines réalités (notamment la gestion du risque) de s'éloigner des autruches et des gens qui se laissent aller à subir les évènements en bêlant. On ne supporte souvent plus les gens qui nous renvoient une image de "parano" ou de "fou furieux" quand on leur parle du fait d'être prêt et autonome. On a tendance à se protéger de ces gens qui pour pouvoir continuer à nier l'existence des risques préfèrent nous stigmatiser.
Bref, l'apprentissage de la survie, de la self, de toutes ces choses qui pourtant me semblent fondamentales et libératrices sont un processus parfois douloureux et coûteux... et ça demande forcément du temps. Ca ne se fait pas comme ça en claquant des doigts. Il faut digérer, trier, classer, ordonner tout ça à divers niveaux : intellectuellement, matériellement, émotionnellement, socialement.
Faire le tour d'un arbre comme un oiseau, ou grimper dedans comme un écureuil, ou même faire les deux comme un écureuil volant ne permettra jamais d'être un arbre. Et d'être un arbre ne permettra jamais d'être un humain à part entière, au sens où je l'entends personnellement.
Pour moi un humain, c'est :
- quelqu'un qui sait communiquer, comprendre, entendre, travailler en équipe, coopérer ;
- quelqu'un qui sait aussi repérer les nuisibles, et s'en protéger dans la non-coopération la plus totale ;
- quelqu'un qui sait vivre seul, qui sait être autonome, qui a les compétences de base nécessaires pour assurer sa survie....
- quelqu'un qui progresse tous les jours...
Comme le disait si bien Heinlein : la spécialisation c'est pour les insectes. Un être humain à part entière, pour moi, c'est un mélange subtil entre un intellectuel et un guerrier, entre une nounou et un bûcheron, entre la tendresse profonde et inconditionnelle et la rupture totale d'empathie, entre l'adaptabilité totale et la capacité à tenir un cap... bref comme les sages taoistes : heureux entre la terre et le ciel.
Alors pour devenir un Humain on fait comment ?
C'est infiniment riche et complexe. Et heureusement, la survie n'est qu'une des nombreuses facettes de l'humain.
Baisez, mangez des crumbles, prenez plaisir à faire marrer vos enfants, ne vous laissez pas entuber par le garagiste, éteignez la télé ou levez le nez de cet écran... apprenez une nouvelle langue... peu importe. Mais faites le en étant conscients de la beauté de la chose, et du pouvoir que vous avez sur tout ça. Et du fait que vous ne contrôlez pas tout. Et que c'est très bien comme ça.
Bon... je vais retourner retailler des machettes moi. Consciemment

David