Souvent, après les stages, j'ai des nouvelles de stagiaires qui me disent que la survie a profondément changé leur vie. Qu'ils ont changé leurs habitudes, qu'ils ont retrouvé certaines évidences, qu'ils ont repris contact avec des aspects oubliés de leur vie. Et ça implique souvent des changements profonds aussi dans leurs activités, leurs préoccupations... et de fait dans leurs relations sociales.
Une personne qui apprend la survie fait souvent le tri dans son matériel, dans ses passe-temps, et même dans ses amis. On a vite fait, une fois qu'on a décidé de tenir compte de certaines réalités (notamment la gestion du risque) de s'éloigner des autruches et des gens qui se laissent aller à subir les évènements en bêlant. On ne supporte souvent plus les gens qui nous renvoient une image de "parano" ou de "fou furieux" quand on leur parle du fait d'être prêt et autonome. On a tendance à se protéger de ces gens qui pour pouvoir continuer à nier l'existence des risques préfèrent nous stigmatiser.
Bref, l'apprentissage de la survie, de la self, de toutes ces choses qui pourtant me semblent fondamentales et libératrices sont un processus parfois douloureux et coûteux... et ça demande forcément du temps. Ca ne se fait pas comme ça en claquant des doigts. Il faut digérer, trier, classer, ordonner tout ça à divers niveaux : intellectuellement, matériellement, émotionnellement, socialement.
Faire le tour d'un arbre comme un oiseau, ou grimper dedans comme un écureuil, ou même faire les deux comme un écureuil volant ne permettra jamais d'être un arbre. Et d'être un arbre ne permettra jamais d'être un humain à part entière, au sens où je l'entends personnellement.
Pour moi un humain, c'est :
- quelqu'un qui sait communiquer, comprendre, entendre, travailler en équipe, coopérer ;
- quelqu'un qui sait aussi repérer les nuisibles, et s'en protéger dans la non-coopération la plus totale ;
- quelqu'un qui sait vivre seul, qui sait être autonome, qui a les compétences de base nécessaires pour assurer sa survie....
- quelqu'un qui progresse tous les jours...
Et si l'approche de la survie n'était qu'un moyen parmi d'autres pour se "recentrer".
Je veux dire qu'à une certaine époque de sa vie ( elle est variable selon les individus bien entendu) il est inévitable de se poser certaines questions sur ce que l'on a fait, sur ce que l'on fait de sa vie.
On peut appeler ça andropause, ménopause, prise de conscience, remise en question etc... Je crois qu'on y passe tous.
Déjà pour quoi aller faire un stage de survie ? C'est quand même un truc pas commun, faut avouer, aller se geler le cul en Novembre au fin fond du Vercors à bouffer des néfles et trois champignons, pour le commun des mortels faut être un poil ébrèché de la cafetière non ?
Et si la "survie" n'était qu'un prétexte à un truc beaucoup plus profond ? Un vecteur, un hasard ?
Je crois qu'on ne va pas faire un stage de survie par hasard, comme ça, pour voir, pour l'amusette. Je crois qu'il y a une réflexion préalable, voire un besoin... Un peu comme si on avait besoin d'une pause, d'une mise entre parenthèses. La survie ( enfin c'est comme ça que je le vois, je me trompe peut-être) ça appelle des trucs "basiques", fondamentaux, simples... Blanc ou noir, tu vis ou tu crèves.
Oui, des questions essentielles, je crois.
Nous vivons dans un monde de desespoir et nous, humains, avont besoin de certitudes. L'approche du : "oui, c'est possible, je suis capable de le faire... ça existe... c'est à ma portée etc..." sont amha déterminants dans la perception que l'on a de soi-même, dans la confiance que l'on peut s'accorder, ce sur quoi on peut continuer de se construire.
Attention tout de même, même avec l'expérience, même avec le savoir et la pratique, même un intructeur ça peut mourir bêtement.
La prise de conscience c'est amha le pouvoir( j'ai du mal avec les mots, ce n'est surement pas celui qui convient) d'être en "devenir".
A ce titre, je crois que l'école de la "survie", est une bonne école, pour peu qu'elle apprenne à ceux qui la pratique qu'un rien peut tout faire basculer, que nous sommes fragiles, éphémères, et que nos certitudes.... valent autant qu'une prévision météo à cinq jours...
Le "survivor", c'est celui( pour moi) qui nage avec le courant en étant capable d'envisager un échouage, un accostage possible variable. En mouvance quoi...mouvement, non statique...
J'espère ne m'être pas trop laissé aller !
