Petite anecdote :

Lorsque je travaillais dans l'encadrement spéléo on amenait les ados dans une grotte très belle avec un accès facile par un sentier qui donnait directement sur un puits de 20 mètres. La grotte se poursuivait ensuite sur 500 ou 600 mètres avec des vasques des concrétions, des perles des cavernes… avant de rencontrer un autre puits qui était le point final de la visite. A l’allée, on utilisait le plus souvent un descendeur sur baudrier contre assuré par le haut avec une autre corde avec un demi cabestan et à la remonté une échelle spéléo plus blocker sur corde fixe avec toujours contre assurage par le haut toujours avec une autre corde mais cette fois-ci le demi cabestan était remplacé par un système poulie bloqueur. En général la descente se passait bien et passé le cap des 50 premiers centimètres la peur s’en allait pour laisser place au bonheur de se laisser aller suspendu dans l’obscurité au milieu des échos de sa propre voix.
Là ou s’était plus dur c’était à la remonté. Une vingtaine de mètres à l’échelle spéléo quand on a jamais fait de sport ou qu’on est obèse ou les deux c’est très difficile. D’un autre côté, pour quelqu’un de mal dans sa peau, réussir un tel défi est une grande chose.
Donc notre défi à nous c’était que ces ados là, obèses et peu sportifs réussissent la descente et la remontée comme leurs camarades. Le premier défi était de trouver un baudrier à leur taille. Généralement les grandes tailles allaient juste juste mais ça passait. Une bonne dizaine de fois cependant le tour de cuisse était trop petit et nous avons du faire un baudrier en anneau de sangle. (Tout ça en faisant semblant de s’être trompé, et de n’avoir pris que des baudriers pour enfants) Les baudriers spéléos ne sont déjà pas confortables, mais là… pour avoir testé moi-même, c’est 10 fois pire (mais supportable sans problème). A la remonté on s’organisait pour laisser passer les plus vaillants en premiers afin que le reste du groupe ne fasse pas d’anticipation négative. Une fois le puits franchi (en général à la vitesse de l’éclair afin d’impressionner les copines) le premier ado (en sueur et extenué) arrivait en haut. On lui demandait : « alors ça a été ? » et immanquablement il répondait : « oui, c’est super facile en fait ». Au fur et à mesure que le groupe remontait les gens d’en haut encourageaient les gens d’en bas. Le problème c’est que les ados obèses savaient qu’ils n’y arriveraient pas comme les autres, d’où anticipation négative sur ce que vont dire ses camarades, l’humiliation et tout ce qui peut passer par la tête d’un ou d’une ado mal dans sa peau. La personne qui se trouvait en bas avait pour travail en priorité de laisser passer les autres et de faire passer les cas à problème en dernier. D’un point de vue psychologique le travail était de les rassurer et de les mettre en confiance : « ne t’inquiète pas on fait ça tous les jours, même si tu décidais de redescendre en cours de route on te remonterait

». Au moment ou les premiers cas à problèmes remontaient on prétextait le manque de place près de l’entrée du puits (petite entrée, les ados assis longés à 2 mètres minimum) pour évacuer tout le monde vers les véhicules et commencer à les déséquiper (travail fait par les animateurs). Il ne restait alors plus en haut que les ados qui avaient eu des difficultés, et en bas les ados qui n’y arriveraient pas seul. Le système poulie bloqueur était alors supplémenté d’un moufflage poulie bloqueur et l’ado était assisté dans sa remontée. L’assistance était telle que l’ado arrivait jusqu’en haut dans le même temps que ses camarades (en général exténué) félicité par ses camarades (compréhensif eux car ayant également eu des problèmes pour y arriver. Le dernier à remonter était l’encadrant du bas bien sûr, en général, c’était moi, moi et les kits bien sûr (15kg quand même), je remontai tranquille sans me presser, arrivé en haut mon partenaire me charriait sur mon exceptionnelle lenteur (on faisait des concours de remonté sur jumar à nos heures perdues). Le temps de plier les deux échelles et la corde et on rejoignait le reste du groupe. Quand tout le monde se retrouvait au véhicule, les plus susceptibles de se moquer étaient surpris d’être rejoint si vite et les choses passaient comme ça, sans humiliation… Si un ado disait « vous en avez mis du temps ! Ca va ce n’a pas été trop dur pour x ? » la réponse évidente était « non, par contre Jérémy a mis super longtemps à remonter

»
Notre récompense, tout le monde remonte dans le bus les yeux pleins d’étoile, l’ado mal dans sa peau a accompli une grande chose, une chose dont il peut être fier.
Evidement, les choses ne se sont pas passé comme cela du premier coups, il y a eu une série d’essais erreur, et de plus jamais je ne referai cette erreur (genre laisser le groupe en haut, avec un des ados qui commencent à crier Oh hisse au moment du moufflage)
:-[Bref, tout ça pour dire que le demi-cabestan en tête de puits ou sur le baudrier ça le fait, et que l’anneau de sangle fonctionne bien même sur les très gros gabaris (au-delà de 110kg).
Donc pas de problème pour toi Patrick.
Voilà, merci d’avoir lu jusqu’au bout.