Je n'ai pas d'avis sur des questions comme "l'anglais comme vecteur de domination étrangère et d'uniformisation" ou "le choix de la différence par le refus du savoir" (j'aimerai qu'on se connaisse mieux Waylander car actuellement, je ne comprend pas ta façon de penser ; je ne te juge pas mais je ne te comprends pas).
Je ne peux que parler de mon vécu concernant les langues étrangères et leur apprentissage.
J'ai appris l'anglais, que je parle couramment, j'ai subi l'allemand (pendant 9 ans) que je me suis empressé d'oublier, j'ai bafouillé un peu d'espagnol ( dans le cadre de cours très informels donc peu d'effets durables) et il m'a été imposé la pratique du latin et du grec ancien (mes profs ont jeté l'éponge

).
J'ai constaté que, dans mon cas, un bon apprentissage de la langue passait par trois choses :
- un apprentissage rigoureux de la grammaire et de listes de vocabulaire.
- une immersion dans la culture d'un pays parlant cette langue
- la pratique de la traduction
Ces trois choses font souvent défaut dans l'apprentissage des langues en France.
La grammaire est souvent correctement enseignée. Par contre, l'éducation nationale crie à l'hérésie quand on propose des leçons de vocabulaire : pour le corps enseignant, le vocabulaire doit être vu en situation, pour bien en pénétrer le sens. Je ne suis pas d'accord avec ça.
Un élève doit être capable rapidement de construire une phrase complexe et d'élaborer un raisonnement dans la langue apprise : s'il est difficile de fixer l'attention d'un jeune de 11-12 ans sur quelque chose qu'on le force à apprendre, il est encore plus difficile de le motiver à apprendre une langue avec une méthode qui lui permet à peine de s'exprimer comme un enfant de 4 ans au bout d'un an d'apprentissage.
Dans le cas de l'allemand, langue rigoureusement organisée s'il en ait, je regrette qu'aucun de mes professeurs n'ait pris le temps de m’ expliquer la structure des mots (idem pour l'anglais). Dans ces langues, la construction des mots se fait autour d'un "coeur", qu'on enrichit en utilisant des préfixes et des suffixes divers. L'acquisition rapide de vocabulaire aurait été possible. Elle n'a pas été faite.
Autre problème : on ne pratique pas assez les exercices anciens mais éprouvés de thèmes et de versions. Visiblement, on attend des élèves qu’ils laissent à la porte de la classe leur esprit de petit français pour en endosser un nouveau pour la durée du cours. J’ai souvent l’impression qu’on ne fait pas confiance à la capacité de l’élève à faire le lien entre ses connaissances du français et la nouvelle langue qu’il apprend. Ca vient d’une peur que l’élève essaie de copier les structures de phrase d’une langue à l’autre mais bon, ça ralentit sacrément l’apprentissage. Pour moi, les exercices de traduction aident à comprendre que deux langues ont des façons différentes d’exprimer une idée identique. En plus, ça permet d’acquérir des expressions idiomatiques rigolotes et qui peuvent être réutilisées en conversation.
Enfin, l’immersion dans la culture du pays est à mon avis la chose qui aide le plus à maîtriser une langue. Personnellement, c’est ce qui m’a sauvé avec l’anglais.
On s’immerge dans la culture d’un pays en y allant : c’est sûr et c’est efficace ; c’est également assez cher. Moi, j’ai enrichi considérablement mon anglais en lisant et regardant tout ce qui passait à portée et qui était issu de la culture populaire anglaise et américaine : livres de SF, comics, films et show TV. Ca marche et c’est fun.
Si, élève, j’avais eu accès à des BD et à des feuilletons allemands, ça aurait probablement changé ma façon de voir cette langue et j’aurais probablement mieux appris.
Sinon, pour ce qui est de l'utilité de l'anglais : j'ai habité aux Etats Unis (après avoir appris la langue en classe), j'ai voyagé en Europe et un peu en Asie, je repars en Thailande et Malaisie cet été. Partout, j'ai parlé anglais (plus quelques mots dans les langues locales) avec les locaux et avec les autres touristes. Cette langue m'a permis d'approcher beaucoup de gens différents.
J'ai passé à Budapest des soirées assez funs avec d'autres voyageurs anglophones dans des auberges de jeunesse alors que mon compagnon de route, garçon sympathique et très ouvert, se faisait chier comme un rat mort parce qu'il ne parlait pas anglais.
Pour résumer :
- oui, il y a un problème avec l'enseignement des langues en France
- il FAUT parler au moins une langue étrangère. On peut ensuite choisir de ne pas s'en servir bien sur, mais ne pas faire l'effort d'en apprendre une, c'est accepter de limiter énormément ses horizons. C'est dommage.
Désolé, j'ai été un peu long.