Salut

La législation française m'échappe, désolé, tout ce que ça me rappelle c'est ce responsable HSE qui pédalait dans la semoule dans une boîte qui s'en foutait où je faisais un stage, et il n'avait qu'un mot à la bouche c'était "document unique", un rêve inaccessible

Par contre je peux essayer de répondre à Barnabé, un peu.
Sans trahir l'identité de la boîte ni la tienne, est-ce que tu pourrais détailler un peu comment cette boîte prend en compte la sécurité (quelles mesures concrètes), pourquoi, d'où cela vient-il (volonté de qui, qui s'y colle ?), comment font-ils pour que les employés le suivent à la lettre, etc?
Je ne sais pas comment ça a commencé. Je sais quand. C'était il y a une vingtaine d'années, après un gros accident, vraiment gros. Je serais donc incapable d'expliquer la mise en place du processus. Tout ce que je peux décrire, c'est un aperçu de l'image actuelle, du truc déjà rôdé.
La base de ça, c'est le bourrage de crâne, à commence par les nouveaux. De l'ouvrier à l'ingé, la première chose dont on parle à chacun c'est la sécurité. Pour les ouvriers c'est quelques briefings réguliers et des conseils à longueur de journée. Pour les ingés, c'est un stage de dix jours consacré exclusivement à ça, avant quoi que ce soit d'autre. Le stage couvre des thèmes comme la sécu de base au boulot sur les tâches de routine (atelier, terrain...), sécu perso (approche très semblable à la SP selon l'ACDS, j'ai été agréablement surpris), sécurité des données aussi même si ça n'a rien à voir, beaucoup d'importance accordée à la conduite automobile avec des évaluations pratiques, et surtout la délégation totale du pouvoir d'interrompre ou faire interrompre une activité qui n'inspire pas confiance. Et un texte signé par le PDG et affiché partout oblige les managers à appuyer la décision de leurs subordonnés s'ils ont interrompu une activité, même si c'était une erreur et que ça a coûté des sous. Et y'a des recours si le manager ne joue pas le jeu.
Je dis le pouvoir, mais en fait c'est le devoir. Et nul n'est censé ignorer les règlements, surtout ceux qui sont simples et ressassés.
Qui dit devoir dit sanction. Y'en a qui se sont faits virer récemment pour ne pas être intervenus en voyant des ouvriers se mettre en danger. Y'a aussi une jeune ingé qui vient de se faire virer pour être venue au boulot dans un taxi sans porter la ceinture, dans un pays où des taxis faut en arrêter quelques uns avant d'en trouver un qui a une ceinture.
Le bourrage de crâne initial est ensuite maintenu par des réunions sécurité brèves mais quasi quotidiennes. Il y a aussi les RIR, "risk identification report", où l'on note un risque potentiel qu'on remarque et les solutions à y apporter ; chaque employé, contractant ou visiteur a la possibilité d'en émettre un, c'est facile, rapide et ça marche pour de bon, et les employés ont l'obligation d'en faire un certain nombre par trimestre. OBLIGATION d'ouvrir les yeux pour chercher ce qui est encore craignos et y proposer une solution, sinon c'est pas bon pour la prime.
Ce bourrage de crâne a pour effet que la culture a fini par s'implanter réellement, et ça ne choque personne si quelqu'un vient le voir et lui dis "arrête, regarde, et si tu faisais ça différemment ?", même si un petit con comme moi va le dire à un vieux ours. Ils prennent ça bien et agissent en conséquence. Du coup les mecs sont rigoureux avec les procédures, les EPI et tout le tintouin.
Bien sûr il y a tout un tas de procédures et de standards pour tout ce qui peut être dangereux et est connu, ça c'est même pas la peine de rentrer dans les détails.
Pour les activités inhabituelles pour lesquelles aucune procédure n'existe il y a une méthodologie d'analyse du risque et des moyens de prévention et de réduction des conséquences. Il est obligatoire d'effectuer l'analyse avant de commencer la tâche, même si ça bouffe une heure client à 10.000 euro l'heure, même si ça bouffe une journée. Mais là ça devient pointu, je vais pas rentrer dans les détails de la méthode, et y'en a plein d'autres qui existent dans l'industrie. Reste que chaque ingé, technicien, spécialiste et autre est formé à ça de manière approfondie.
Bon je passe plein de trucs, mais ça peut donner un premier aperçu des outils qui marchent.
Evidemment la boîte n'est pas là pour faire dans l'humanitaire. Ce qui a permis qu'un tel effort soit fourni en matière de sécurité, c'est un ensemble de facteurs mercantiles. D'abord un ingé coûte une fortune à former à la maison, des années d'investissements avant d'avoir un vrai crack, ça serait con qu'il se fasse mal. Les ouvriers aussi acquièrent un vrai savoir-faire qui ne s'invente pas du jour au lendemain. Et la concurrence est rude, et les accidents impliquent facilement des clients, donc c'est pas bon pour l'image de la boîte et les conséquences sont rapides. Et enfin, quand on débarque y'a pas besoin d'avoir fait polytechnique pour voir que les activités sont par natures vraiment dangereuses, et que si la politique sécu n'était pas très forte de toutes façons y'aurait tellement de dégâts qu'aucune boîte au monde ne pourrait arriver à payer les pensions...
Donc ouais, faut qu'il y aie de bonnes raisons pour le faire.
De plus je pense que Langouste a raison quand il dit que les patrons délèguent le pouvoir aux employés et s'en lavent les mains. Mais franchement, c'est mieux que quand ils s'en lavent les mains tout court, ça j'ai trop vu et j'en suis malade. Pour la disparité entre pays, c'est possible, mais pour l'instant j'ai passé un petit mois en Afrique de l'ouest et le standard y est aussi bien appliqué qu'ici en Europe. Ca veut pas forcément dire que ce soit vrai partout, j'ai pas encore la vision assez large.
Bon allez c'est le bordel mon post là.
Je complèterai un peu quand j'en aurai vu plus
