Bon, il ne manque plus grand chose pour arriver au bout.
Jour 17 :Je repars d'Orcival avec du fromage et du saucisson, mais pas de pain (le boulangerie était fermée).
Je sais ce que vous pensez : revenir aux sandwiches Saint-Nectaire - sauciflard après les soupes de consoude et autres brochettes de grillons des précédents épisodes, ça ressemble un peu à un régression brutale. Rassurez-vous, c'est temporaire, je l'ai déjà dit mais je le répète, j'étais pas vraiment dans une optique survie cette fois-ci, par rapport à la longueur des journées, je préfères passer 2 heures de plus à marcher que 2h à faire bouillir des glands ou décortiquer des faînes. Et il s'est avéré que ce choix était judicieux car le mauvais temps qui s'est installé pendant mes deux derniers jours de marche a duré ensuite plus d'une semaine. Le temps gagné en mangeant des sandwiches m'a donc évité quelques jours de galère, en particulier un épisode neige en montagne.
Et pour ceux qui se demandent pourquoi je mange aussi peu équilibré, et bien tout simplement parce qu'en Auvergne, du moins à ce que j'en ai vu, il est bien plus facile de trouver une boucherie/fromagerie qu'un marchand de fruits et légumes ou une épicerie.
C'était donc le cas à Orcival où je n'ai pu trouver que du fromage et du saucisson. Ce matin-là, je remets donc le cap sur le Puy-de-Dôme, mais en espérant croiser une boulangerie d'ici là.

Il ne me reste que deux villages à traverser avant de me retrouver au cœur de la Chaine des Puys. A l'entrée du premier village, il y a un troupeau inhabituel...

Pas de boulangerie, mais une auberge, je m'arrête pour demander si par hasard ils ne vendraient pas du pain. Ils n'en vendent pas vraiment mais l'aubergiste m'échange gracieusement une demi-baguette contre un petit cliché de moi et Magnum...
Une demi-baguette industrielle, c'est pas grand chose, mais c'est toujours mieux que rien si je ne trouve pas de pain ailleurs.
Pas de boulangerie au deuxième village, il faudra donc me contenter d'un quignon de pain pour mes deux derniers jours.
Lorsque j'arrive au pied du Puy-de-Dôme, vers 15h, le temps hésite en la pluie et la neige, des nuages bas défilent, je décide sans hésiter de faire le tour de la montagne que j'ai déjà gravie plusieurs fois par beau temps ; d'autant plus que le sentier Nord est fermé pour cause d'érosion, et il me faudrait donc de toute façon redescendre par le Sud et faire le tour.
J'apprends au passage par un panneau géant qu'un grand projet de train à crémaillère est prévu pour gérer l'afflux de visiteur : le Puy-de-Dôme est le premier site naturel d'Europe par sa fréquentation, ce qui est compréhensible car le panorama est tout simplement extraordinaire, mais c'est aussi très problématique dans un milieu aussi sensible.
Je suis donc de retour en terrain connu, je retrouve mes bien-aimés taillis de noisetier autour du Grand Suchet :

Il y a de véritables tapis de noisettes cette année, de quoi en manger pendant des semaines, mais je ne m'accorde qu'une courte pause pour me remplir les poches.
J'oublie toujours à quel point les forêts de la Chaîne des Puys sont belles. Des essences variées, des sentiers de pouzzolane bordés d'herbe verte, c'est à se demander pourquoi je m'embête à partir toujours si loin alors que ces forêts parmi les plus enchanteresses que je connaisse sont à moins de 30km de chez moi!

A partir de là je laisse tomber le GR, je connais les sentiers par cœur jusque chez mes parents, c'est quand même vachement agréable de pouvoir rêvasser sans avoir à se secouer toutes les 5 minutes pour chercher les balises sur les arbres.
Il pleut toujours et je commence à vraiment apprécier l'ajout d'un parapluie à mon matos, mon imperméable est encore presque sec.
Cette fois je n'hésite pas à pousser jusqu'à la nuit noire, car je connais déjà les bons coins pour bivouaquer.
Jour 18 :Pas de problèmes d'humidité cette fois-ci, je suis bien sec malgré la bruine qui est tombée toute la nuit, avec du vent par intermittence.
Après un petit dèj fromage-saucisson-noisettes (plus de pain

), je continue à marcher plein Nord dans la forêt et j'arrive au-dessus de Volvic vers 10h.

Je contourne Riom par des chemins agricoles que j'ai pris cent fois en vélo quand j'étais au lycée.
Je ne suis pas particulièrement heureux de retrouver cette hideuse plaine agricole que j'ai tant maudit du temps où j'y étais coincé toute l'année, mais passons, j'arrive sans encombre chez mes parents à 15h précises.
Nous sommes le samedi 3 décembre 2011, cela fait précisément 20 jours et 6h que je suis parti de la bergerie dans le Gard, mais j'ai vu tellement de choses que j'ai vraiment l'impression d'avoir marché plusieurs mois!
THE END
