Nos Partenaires

Stages de survie CEETS

Auteur Sujet: Debrief arbre tombé avec le vent  (Lu 6368 fois)

16 septembre 2015 à 18:04:44
Lu 6368 fois

Karto


J'ai écrit ça pour moi en rentrant, à chaud, pour ne pas déformer l'histoire plus tard. Puis je l'ai déjà balancée deux fois. Je me dis qu'ici ça fera pas forcément de mal. Je sais pas bien quoi en faire tout de suite, mais j'imagine que ça peut pas faire de mal de lâcher ça sur un forum de survie.

Vent fort aujourd'hui. De très grands arbres devant mon boulot. Un client en visite avait garé sa voiture à un endroit que j'estimais dangereux à cet égard et je lui ai fait la remarque vers 12h00 quand le vent forcissait de plus belle. Il a suivi le conseil et est allé se garer ailleurs.

Vers 14h00 je bossais doucement, il y a eu une rafale plus forte que les autres et j'ai carrément senti vibrer le bâtiment. Trente secondes plus tard en mettant le pif dehors j'ai vu qu'un des grands chênes de trente mètres était tombé sur le parking. Il y avait une voiture écrasée et une autre un peu abîmée. La voiture écrasée se trouvait précisément là d'où j'avais conseillé à mon client d'enlever la sienne.

J'ai vu des collègues curieux s'approcher, et un client qui avait l'air stressé. J'ai pensé que c'était sa voiture. L'endroit était encore rendu dangereux par la présence d'autres arbres aussi grands avec des branches menaçantes (certaines cassées ou déjà tombées mais suspendues entre deux arbres) et le vent qui n'a pas faibli de l'après-midi, alors je leur ai crié de s'éloigner de là. Ils l'ont fait. Une collègue qui avait sa voiture légèrement abîmée a appelé les pompiers pour signaler l'incident, mais à cet instant ils avaient mieux à faire et ont dit qu'ils passeraient quand ils pourraient pour ce simple dommage matériel sans risque secondaire.

Un quart d'heure plus tard, des collègues sont rentrés d'un déjeûner en mode "business". Même scène : curiosité, approche goguenarde de la voiture écrasée qu'on entrevoit entre les feuilles, et moi de leur faire remarquer qu'il y a d'autres branches énormes qui attendent de tomber à cet endroit, alors ils sont partis eux aussi.

Cinq minutes après ça je vois un de mes collègues courir sur le parking et me crier "y'a quelqu'un dans la voiture".

put**n. Vingt minutes après la chute de l'arbre, et par deux fois c'est moi qui ai empêché que le fait soit constaté. A trois, par deux côtés, on a escaladé les immenses branches en vrac et approchés la voiture qui était pile sous le tronc. Le toit était descendu jusqu'au niveau de l'assise des sièges. De mon côte y'avait une jambe écrasée qui dépassait. Aucun signe de vie. Impossible de voir le reste du corps. J'ai pincé la jambe, appelé, mais n'ai obtenu aucune réaction.

Le centre d'appel des pompiers était saturé, et il a fallu plus de cinq minutes pour que nos appels finissent par se trouver mis en attente, puis finalement qu'on puisse décrire la situation à quelqu'un. A partir de là, par automatisme, considérant que je ne pouvais plus aider sur le site même, j'ai attrapé un gilet fluo et ai couru me mettre à un endroit choisi pour aider les pompiers à trouver leur chemin plus vite dans la zone industrielle.

Quand les pompiers sont arrivés, les infirmiers se sont intéressés tant bien que mal à la victime. Au bout de deux ou trois minutes ils sont retournés au fourgon en faisant "non" de la tête. Un camion est arrivé dans la foulée avec du matériel de bûcheronnage et de désincarcération, et ils ont commencé le boulot. Pendant la demi-heure qui a suivi ça a désincarcéré, et nous on était comme des cons aux fenêtre, personne le coeur à bosser.

Pendant ce temps je me suis dit que j'avais probablement fait la chose juste au fur et à mesure, en fonction de ma compréhension et de mes capacités. Mais c'était impossible de ne pas me dire aussi un tout petit peu que si j'avais pas fait déplacer la voiture de mon client, l'arbre serait tombé sur sa voiture vide plutôt que sur celle d'un mec qui semble être venu là pour faire la sieste. Et que si par deux fois je n'avais pas conseillé à mes collègues de s'éloigner de la zone dangereuse, y'en a peut-être un qui aurait pu remarquer tout de suite qu'il y avait un blessé et améliorer ses chances de survie. Là, franchement, je pense qu'il est mort. Voilà. J'ai pincé la jambe d'un mec mort par une chaîne d'évènements dont je ne suis pas responsable mais dans laquelle j'ai deux fois joué un rôle.

J'ai fait une déposition aux gendarmes présents puis suis rentré à la maison. Pas le coeur à me plonger dans le travail intellectuel, et surtout pas du tout envie de voir la fin de la désincarcération.

Et là franchement j'ai la louze. C'est pas le première fois que je suis confronté à une mort violente, mais c'est la première fois que je sens un sentiment d'échec comme ça qui bouillonne.


Ajout : les infos confirment qu'il est mort.
« Modifié: 16 septembre 2015 à 23:29:38 par Karto »

16 septembre 2015 à 18:48:36
Réponse #1

Draven


Ça calme...

C'est un parking privé de l'entreprise ? Ouvert a tous ?

T'as eu la bonne réaction selon moi en faisant reculer les gens, le sur-accident est vite arrivé... Et tu n'avais aucun moyen de te douter que quelqu'un allait être dans le véhicule ( surtout si c'est un parking privé et qu'un gars est venu faire sa sieste dessus ).

Avec le recul c'est facile de se mettre a dire " il aurais fallu aller vérifier dedans avant ", etc... Mais le vent avait pas du s’arrêter d'un coup après la chute de l'arbre, donc pas évident d'aller vérifier sans se mettre en danger également. Et c'est souvent quand un arbre vient de dégager que les autres autour s'y mettent aussi ( pression du vent qui change sur les arbres alentours suite a la chute d'un premier arbre, etc... ).


J'ai vécu un accident de la route en bordure de parking de boulot y'a quelques années, un choc frontale entre une vieille voiture et une fourgonnette, quand ça continue de circuler vite juste a coté et que y'a du sang partout on réagit pas pareil, et on pense pas forcement a tout immédiatement... ( depuis je me suis formé, j'ose penser que je serais mieux organiser maintenant, mais bon... ).

Version humaine de l'Ursus arctos middendorffi
FlickR

16 septembre 2015 à 19:12:44
Réponse #2

Karto


C'est un parking privé de l'entreprise ? Ouvert a tous ?

C'est des places de part et d'autre d'une impasse. Pour ce que j'en sais c'est municipal. Y'a le nom de la boîte écrit par terre, mais juste à côté y'a un étang magnifique avec de grands arbres, alors entre les pêcheurs et les gens qui viennent pique-niquer, y'a du passage.


T'as eu la bonne réaction selon moi en faisant reculer les gens, le sur-accident est vite arrivé... Et tu n'avais aucun moyen de te douter que quelqu'un allait être dans le véhicule ( surtout si c'est un parking privé et qu'un gars est venu faire sa sieste dessus ).

J'y ai pas pensé, que c'était possible. A voir tous les jours des voitures vides garées là, j'ai pas pensé que le jour où l'arbre tombait fallait qu'il y ait quelqu'un dedans.
C'est ça qui m'emmerde.

Avec le recul c'est facile de se mettre a dire " il aurais fallu aller vérifier dedans avant ", etc... Mais le vent avait pas du s’arrêter d'un coup après la chute de l'arbre, donc pas évident d'aller vérifier sans se mettre en danger également. Et c'est souvent quand un arbre vient de dégager que les autres autour s'y mettent aussi ( pression du vent qui change sur les arbres alentours suite a la chute d'un premier arbre, etc... ).

Oui. Objectivement ça puait vraiment du cul. D'ailleurs après avoir vérifié dans l'urgence ce qu'ils pouvaient trouver dans la voiture, les pompiers ont pris le temps d'attendre ceux avec la tenue feu, casque et tout, et ils ont fait dégager le SAMU et les gendarmes hors d'un périmètre fermé avec leur ruban fluo.

J'ai vécu un accident de la route en bordure de parking de boulot y'a quelques années, un choc frontale entre une vieille voiture et une fourgonnette, quand ça continue de circuler vite juste a coté et que y'a du sang partout on réagit pas pareil, et on pense pas forcement a tout immédiatement... ( depuis je me suis formé, j'ose penser que je serais mieux organiser maintenant, mais bon... ).

J'ai été formé aussi. Et reformé, et rereformé, et déformé, dans différents contextes et pays, depuis dix ans. Mais entre les grandes lignes de conduite et les détails de l'interprétation d'une situation réelle, y'a  de la place pour l'approximation.

16 septembre 2015 à 19:30:13
Réponse #3

guillaume


Ici, au chaud, sur mon fauteuil, je ne vois pas d'approximation : on protège avant tout, y compris le(s) sauveteur(s).
Les dangers présents et l'inconnue de la situation à ce moment ont fait que tu as pris ces décisions.

Encore une fois, de loin, elles me semblent bonnes.

16 septembre 2015 à 19:40:49
Réponse #4

Le Tervueren



J'y ai pas pensé, que c'était possible. A voir tous les jours des voitures vides garées là, j'ai pas pensé que le jour où l'arbre tombait fallait qu'il y ait quelqu'un dedans.
C'est ça qui m'emmerde.


L'effet de la routine, c'est clair que ça facilite pas la chose... D'autant plus que ton attention était plus tournée dans le sens de l'évitement de survenue de blessures (ou pire) sur le site à ce moment où valait justement mieux pas trop traîner dehors.

De là, ce qu'on peut retenir de ton debrief :

* tu as agit de façon à ce que d'autres personnes ne se prennent pas un truc sur la courge, donc des vies préservées alors que ça aurait pu être pire,

* pas évident de sortir d'une routine (habitude de voir les bagnoles vides => deviner que quelqu'un est présent au moment où il faut pas n'est pas ce qui vient en premier, du fait du "conditionnement mental"), même en se préparant en amont, il y aura à un moment ou à un autre un contexte qui nous échappe,


* y avait il quelque chose à faire dès le début pour le pauvre gars qui se trouvait là ? On ne le saura jamais. Je veux dire de suite après la chute, pas en amont.


Pas cool en tout cas avec le sentiment d'échec qui vient derrière et qui est bien compréhensible, l'ayant eu aussi mais dans un autre contexte. Cependant, tu as géré comme tu as pu, et sans doute sauvé la mise à d'autres. En tout cas courage, c'est pas forcément facile à gérer a posteriori.

16 septembre 2015 à 20:38:16
Réponse #5

Patapon


Yo,

Et là franchement j'ai la louze. C'est pas le première fois que je suis confronté à une mort violente, mais c'est la première fois que je sens un sentiment d'échec comme ça qui bouillonne.

Ouais, je sais, c'est pas ton truc, mais  :calin:

Concrètement, après coup, on a tous 25 dixièmes à chaque œil...mais en vrai, on ne peu qu'en tirer des leçons et essayer de ne pas reproduire les erreurs (parce que s'en sont, même si elles sont involontaires et imprévisibles) qui ont conduit à la situation.
Edit: et puis, je ne t'apprend rien: ressasser l'échec, ça ne fait pas avancer.

Du coup, face à ça, que ferais tu différemment la prochaine fois? (déjà, le souvenir de l'épisode que tu nous rapporte devrais servir à ta vigilance, m'est avis).
Vous avez un plan de sécurisation (ou approchant) par chez vous?

En tout cas, merci pour le partage! Et bon courage!

Tcho

Hugo
« Modifié: 16 septembre 2015 à 21:12:37 par Hurgoz »
"Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les laissent faire"....en d'autre termes, il faut se sortir les doigts....

16 septembre 2015 à 20:55:31
Réponse #6

b@s


tu as fait tout ton possible mais ça n'a pas suffit, et c'est dur à accepter. C'est le quotidein des professions de sécurité, et c'est ce qui explique aussi à quel point c'est dur de bosser dans ce milieu...

maintenant ton débrief doit te servir à faire mieux la prochaine fois (la prochaine situation merdique), et surtout pas à te retourner les sangs... hélas pour la victime, il est trop tard, et probablement dès la chute de l'arbre.

difficile de se mettre dans tes baskets pour imaginer ce qu'on aurait fait ou pas, et cela n'a que peu d'importance. Tu as mis toutes tes connaissances en oeuvre, et même si tu as le sentiment d'avoir raté quelquechose, tu as agi concrètement pour sauver des vies. Tu n'étais pas un badaud qui postait des images de la bagnole sur facebook, tu as fait des choix raisonnables et cohérents pour éviter un autre accident.

Je te suggère d'envisager un soutien psychologique pour traverser cette épreuve, même s'il ne s'agit que d'une séance ou deux pour poser les choses ...

prends soin de toi  :calin:

16 septembre 2015 à 21:41:59
Réponse #7

Achille


Un jour, j'ai réalisé que dans la vie, il n'y a pas forcément une bonne et une mauvaise solution. Parfois, il y en a une moins bonne et une autre moins bonne.

Tu as pris une décision logique pour assurer la sécurité des personnes présentes et de leurs biens. Il y a eu un mort. Tu aurais pu aussi faire un autre choix et il y aurait pu alors avoir un ou plusieurs morts en n'intervenant pas ou des morts supplémentaires en allant vérifier s'il y avait quelqu'un ou non dans la voiture.

16 septembre 2015 à 22:31:17
Réponse #8

VieuxMora


Salut Karto

Tu as bien fait d'écrire.
Pour toi , pour nous, pour tous ceux qui feront mieux la balance entre intervenir et éviter le sur-accident.

Je roulais cet après-midi de retour de Bretagne dans un temps de m....e et j'ai entendu cette info.
Il était dit que les pompiers avaient du faire intervenir une entreprise d'élagage pour commencer à désincarcérer la victime.
Sur un plan rationnel, il est évident que tu, vous, n'auriez pu intervenir de façon efficace  et immédiate même si cet homme avait survécu.

Ne regrette rien; la faucheuse est là qui déjoue parfois en se marrant tous nos plans et nos précautions.
Cela nous rappelle que quelque soient nos compétences, on ne peut que rester humble, en particulier devant les forces de  la nature.

 :calin:

Dom

16 septembre 2015 à 23:25:50
Réponse #9

Karto


Merci à vous. C'est con mais ça fait du bien de vous lire.

Je vais pas trop continuer à debriefer ça tout de suite, moi. Mais la porte est ouverte, et la matière jetée en patûre à la discussion, alors foncez si y'a des idées à partager qui bénéficient jusqu'au lecteur silencieux. :)

b@s, oui, j'ai pensé à l'éventualité qu'un soutien psy puisse se montrer nécessaire. On n'en est pas là. J'ai la chance que mon entourage apporte compassion, pragmatisme et douceur, et que moi-même j'aie été immergé quelques années, avant d'user un fauteuil avec mon cul, dans une culture pro où ces questions étaient très présentes. Je peux pas me plaindre. :) Si plus tard je constate que ça ne suffit pas, j'ai justement un oncle qui est psy pour policiers et qui, si on en croit les retours des personnels qui font appel à ses services, fait ça bien. Si je vois que c'est nécessaire je l'appellerai. Mais là ça a pas l'air.

(édition du lendemain : ça va super bien aujourd'hui :) Et le collègue principal acteur du truc aussi. )
« Modifié: 17 septembre 2015 à 20:46:49 par Karto »

16 septembre 2015 à 23:46:47
Réponse #10

Patapon


Re,

Mais la porte est ouverte, et la matière jetée en patûre à la discussion, alors foncez si y'a des idées à partager qui bénéficient jusqu'au lecteur silencieux. :)

BANZAI!  ;#

Bon, je vais y aller de ma petite expérience perso! Printemps dernier, une usine pour laquelle je boss longe une rivière, la berge est parsemée d'arbres et de buissons. Cette on c'est pris en une semaine, la pluie qu'on prend en un mois sur la tronche; du coup, la rivière bien en crue a  entrainé des glissements de terrain qui ont par endroit fait reculer le sol d'un mètre. Il a donc été décidé de placer des rubalisses pour signaler les zones menaçants de partir et éviter des accidents. Ca peut être aussi le genre de chose à mettre en place par exemple sur les bords du parking de Karto en cas de grand vents.

Tcho

Hugo
« Modifié: 16 septembre 2015 à 23:52:08 par Hurgoz »
"Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les laissent faire"....en d'autre termes, il faut se sortir les doigts....

17 septembre 2015 à 07:00:56
Réponse #11

fall7stand-up8


@Karto

D'abord tout mon soutien car cotoyer la mort n'est jamais un moment facile.

Il y a de nombreuses années j'ai pris une décision. J'ai orienté les recherches de mon embarcation de sauvetage vers la gauche...et la victime était à droite.

J'ai passé pas mal de temps à me dire et si j'avais, et si j'avais....
L'apaisement est venu quand un collègue m'a dit d'arrêter de penser aux conséquences supposées mais de me concentrer plutot sur le raisonnement qui m'avait poussé à prendre cette décision.
Si tu refais ton cheminement intellectuel (avec les informations dont tu disposais à l'instant T)jusqu'à l'acte qui te préoccupe et que tu te rends compte que tu referais la même chose, prendrais la même décision alors tu comprendras que tu n'as aucune responsabilité dans ce decès et tu arriveras à ne pas " t'en vouloir".

HS on : Dans ces cas là la famille c'est essentiel mais on peut avoir envie de parler à qq'un de neutre. Pas forcément un psy mais une personne qui a vécu ce genre de situation

Forza



17 septembre 2015 à 08:08:53
Réponse #12

mrfroggy


d autres l ont dit, mais toi tu n as tué personne... mais je sais que la culpabilité est une suite logique meme si injuste.
j étais jeune quand un de mes voisins tombe net par terre devant mon frère et moi.
il faisait un arrêt cardiaque.
Il vomissait en faisant des convulsions... je ne connaissait pas les premiers gestes a faire a ce moment la, mais j ai même rien éssayé... j étais bloqué et a la fois dégouté......on a appelé les secours, mais c était trop tard il est mort devant nous...
j ai eu honte de moi un moment ....
mais le coupable (si je puis dire), c etait lui, il était partit faire de la plongée , alors que sa santé ne lui permettait pas.. mais ça je l ai su bien plus tard.
Les Hommes qui sont nés pour jouir véritablement de la vie font ce qui leur plaît, à l’heure où cela leur plaît, et ne perdent pas leur temps à prévoir l’avenir, à se garer de catastrophes imaginaires. (Alfred Capus)

17 septembre 2015 à 08:56:25
Réponse #13

François


 :'(

On prend des décisions, des bonnes le plus souvent possible, et des mauvaises parfois, c'est inéluctable. Ca fait partie du "jeu". Quelque soit l'enjeu on ne peut pas se permettre d'être mauvais joueur, de ne pas accepter de perdre quelquefois, même quand on en gros sur le cœur. La pire décision étant de ne plus jamais en prendre.

Amicalement
Espérer le meilleur, prévoir le pire.

17 septembre 2015 à 10:32:01
Réponse #14

h


 
''Pendant ce temps je me suis dit que j'avais probablement fait la chose juste au fur et à mesure, en fonction de ma compréhension et de mes capacités. ''
 "une chaîne d'évènements dont je ne suis pas responsable mais dans laquelle j'ai deux fois joué un rôle."
 "mais c'est la première fois que je sens un sentiment d'échec comme ça qui bouillonne."
 
Bonjour Karto,
 
 Tu as certainement fait ce qu'il fallait et peut être plus! La fatalité est venue et tu ne peux en être responsable.
 Pour reprendre tes sentiments, ta compréhension et ta capacité, un chef d'agrès supervise le travail de ses hommes , a une vue d'ensemble (animation et coordination des missions du personnel), que toi seul, ne peut assumer.
 Dans ce genre d’événement malheureux, il y a des spectateurs, des acteurs. Tu as été de ces derniers, certainement très bien et saches que:
‘’La répétition incessante de gestes individuels et collectifs est encore le meilleur moyen de les accomplir lorsque le réflexe doit remplacer la réflexion. ‘’
Ce n'est pas ton métier, tu as eu les bons réflexes
courage ;)
 

17 septembre 2015 à 12:02:21
Réponse #15

Bomby


Merci Karto pour ton debrief utile...

C'est évidemment compliqué, mais il me semble qu'il faut s'efforcer de raisonner très froidement et objectivement pour éviter de se "prendre la tête" vainement a posteriori (en dehors des aspects plus spécifiquement "psy", justement évoqués par ailleurs).

Du coup, je trouve intéressante l'approche conseillée par fall7stand-up8 :

(...)

Il y a de nombreuses années j'ai pris une décision. J'ai orienté les recherches de mon embarcation de sauvetage vers la gauche...et la victime était à droite.

J'ai passé pas mal de temps à me dire et si j'avais, et si j'avais....
L'apaisement est venu quand un collègue m'a dit d'arrêter de penser aux conséquences supposées mais de me concentrer plutot sur le raisonnement qui m'avait poussé à prendre cette décision.
Si tu refais ton cheminement intellectuel (avec les informations dont tu disposais à l'instant T)jusqu'à l'acte qui te préoccupe et que tu te rends compte que tu referais la même chose, prendrais la même décision alors tu comprendras que tu n'as aucune responsabilité dans ce decès et tu arriveras à ne pas " t'en vouloir".
(...)

Par ailleurs, je partage le sentiment exprimé par Vieux-Mora un peu plus haut :

Citer
(...) j'ai entendu cette info.
Il était dit que les pompiers avaient du faire intervenir une entreprise d'élagage pour commencer à désincarcérer la victime.
Sur un plan rationnel, il est évident que tu, vous, n'auriez pu intervenir de façon efficace  et immédiate même si cet homme avait survécu.

La question du possible décalage de 20 minutes de l'appel des secours me semble donc finalement en l'occurrence un "faux problème" : apparemment rien n'aurait pu utilement diminuer dans ce délai les conséquences mêmes de l'accident déjà intervenu, et, en revanche, le risque de  sur-accident était très élevé et tu as contribué à le réduire fortement.

Le fait que tu n'aies pas immédiatement vu que le véhicule écrasé était occupé est sans doute une cause de sentiment psychologique de culpabilité mais n'a manifestement aucun lien de causalité avec le décès.

Ceci étant, un détail m'intrigue dans ton récit : comment ton collègue qui donne l'alerte sur la présence d'une personne dans la voiture s'en est-il aperçu ou en a-t-il connaissance ?

Une interrogation qui peut demeurer a posteriori serait par ailleurs peut-être la suivante : aurais-tu pu faire plus pour éviter l'accident lui-même, alors que tu avais identifié le risque de chute d'arbres ?

A mon avis, clairement non.

Imaginer qu'en ayant laissé un véhicule vide garé à la place de celui finalement accidenté dans lequel une personne est décédé ceci aurait évité un décès relève de la pure prise de tête abstraite, inutile et culpabilisante. Il était tout simplement impensable que tu ne signales pas à qui tu pouvais le faire le risque identifié, fût-ce pour de simples dégâts matériels. Et c'est ce que tu as fait et tu as bien fait. Point.

Tu as évité l'accident pour certains, malheureusement ceci n'a pas suffi pour quelqu'un d'autre. C'est évidemment triste mais en réalité tu as fait ce que tu as pu et n'as, rationnellement, rien à te reprocher.

Cordialement,

Bomby

17 septembre 2015 à 12:57:03
Réponse #16

VERDUG0


Salut Karto,

on peut voir les choses de plusieurs manières:
- y avait une zone a risque, tu as éloigné les curieux, qui auraient pris du temps pour regarder l’intérieur de la voiture. Tu les as mis en securite.

Ou

- y a eu un accident, des curieux sont venus voir (pas forcement pour rien que c'est un réflexe chez les gens, j'en sais rien mais ca m’étonnerait pas), tu les as éloigné d'un gars prit dans l'accident.


Admettons que quoiqu'il arrive, après s’être mange la branche le gars était mort, ton action a éloigné des gens de la zone a risque (apparemment ca n'aurait sauvé personne de plus, mais ca aurait pu).

Admettons que le gars dans la voiture avait besoin d'aide vite, ton acte l'aurait surement condamné.

Sauf que tu pouvais pas connaître l'occupation de la voiture, ni son état (du gars)
A refaire avec les infos dont tu disposais sur le coup, tu essaierais de savoir si la voiture etait vide?
Bivouacs et cuisine des bois : https://youtu.be/IxatC2v-X2k

17 septembre 2015 à 13:40:49
Réponse #17

Karto


Citer
Ceci étant, un détail m'intrigue dans ton récit : comment ton collègue qui donne l'alerte sur la présence d'une personne dans la voiture s'en est-il aperçu ou en a-t-il connaissance ?

Non. C'était un curieux. Un de ceux que j'avais fait s'éloigner déjà juste avant. Imagine un grand coeur avec un esprit de grand gamin qui a toujours besoin d'un peu tout défier, toujours en riant. S'il avait pas eu cette personnalité là, on n'aurait pas vu.

La supposition que le véhicule était vide, y'en a qui parlent de routine, moi là je parlerais plutôt de probabilités issues de l'expérience habituelle. Et on a fait selon les probabilités qu'on apercevait. PERSONNE parmi les 20 collègues qui ont assisté à l'évènement n'a imaginé qu'il pouvait y avoir quelqu'un dans une bagnole garée sur ce parking. Vu l'angle de la jambe que j'ai trouvée, a priori il faisait la sieste.

Citer
Une interrogation qui peut demeurer a posteriori serait par ailleurs peut-être la suivante : aurais-tu pu faire plus pour éviter l'accident lui-même, alors que tu avais identifié le risque de chute d'arbres ?

J'avais pas identifié le risque de chute d'arbre. Y'a des potes qui ont compté les anneaux ce midi. Y'en avant plus de cent. On a estimé la longueur de l'arbre couché aussi, et oui on est à plus de trente mètres.
T'imagines pas ça tomber comme ça, parce que des coups de vent il en a vu d'autre.

Ce qu'on a découvert en parcourant les débris, c'est autre chose. Le truc n'est pas un chêne bien de chez nous, mais un chêne rouge d'Amérique. Pour moi, un chêne vivant peut avoir des branches pourries mais j'imaginais la base saine. Or là on a vu que c'était le contraire. Tout ce qui était apparent était sain, mais le tronc était pourri sur plusieurs mètres en partant du sol, et c'était caché par l'écorce. Il a cassé à environ un mètre cinquante du sol. C'est pas quelque chose qu'on approche dans les probabilités, ça non plus.

Moi j'avais pensé à des branches. De fait on m'a dit après que plusieurs branches lourdes sont tombées pendant l'intervention des secours et que ça a été un peu chaud pour eux. Je pensais à des trucs assez lourds pour tuer un piéton, mais il n'y avait pas de piéton parce que dès que tu mettais le nez dehors tu te prenais toutes sortes de trucs dans le visage, des brindilles, des feuilles, des détritus. Ou assez lourd pour endommager sérieusement une voiture stationnée. Je n'ai pas pensé au risque sur les personnes, parce que ans ma tête soit t'étais en train de manoeuvrer ta bagnole (donc exposition brève) soit t'étais simplement pas là.

Oui on aurait pu sécuriser le périmètre avant. On n'y a pas pensé. La raison est simple : c'était tellement apocalyptique comme endroit à cette heure là avec déjà plusieurs branches tombées autour (mais dans l'herbe, pas sur le parking) et tous ces débris qui volaient qu'on ne pensait pas que qui que ce soit manque de bon sens au point de s'y installer.

Et aucun d'entre nous n'a vu cette voiture arriver. On vit pas avec le nez collé aux fenêtres non-plus.

Et oui, l'expérience rappelle donc qu'à l'avenir, ce qui est une évidence n'en sera pas pour d'autres, et que l'évidence doit parfois être explicitée aussi.
Mais ce qui va se passer, là, après qu'on ait observé l'état de la base du tronc, c'est qu'on va faire le forcing sur la mairie pour qu'ils abattent les autres chênes de la même espèce et de la même taille tout autour.


Sinon, pour conclure, un collègue (celui qui a découvert la présence du bonhomme dans la voiture) a assisté à la désincarcération jusqu'à la fin et m'a montré l'endroit exact du tronc qui avait tapé sur la voiture. J'avais pas vu ça lorsque j'avais approché, mais sous la masse du tronc de gros diamètre il y avait un moignon de branche saine, d'un diamètre d'une trentaine de centimètres, qui a frappé verticalement à travers la voiture comme un pic. Donc y'a bien des chances que la victime soit décédée sur le coup, oui. Ca fait une deuxième raison pour se dire que dans ce cas précis le délai de mobilisation des secours a eu peu d'influence sur le résultat. (la première raison étant qu'eux mêmes n'ont pas pu accéder à la victime pendant trois heures, le temps de virer le tronc).

17 septembre 2015 à 13:54:36
Réponse #18

guillaume


Le truc n'est pas un chêne bien de chez nous, mais un chêne rouge d'Amérique.

Un chêne bien de chez nous peut aussi être pourri à l'intérieur sur 1.50 m sans en montrer aucun signe à l'extérieur ;).

17 septembre 2015 à 14:06:35
Réponse #19

Frax


Merci infiniment pour ce partage très instructif. Bien qu'a l'instar des autres je ne pense pas que tu sois responsable de quoi que ce soit - si ce n'est de l'évitement d'un sur-accident - , cette journée et ce témoignage ont du te coûter cher. Bon courage à toi et aux autres témoins, notamment à celle qui a appelé les pompiers la première fois.

A cause du vent également, deux grosses branches d'arbres sont tombées sur le parking de mon immeuble hier. Fort heureusement, pas de dégâts pour cette fois, juste un avertissement à qui veut l'entendre de "dame nature".
Bref, ça n'arrive pas qu'aux autres.

17 septembre 2015 à 14:17:22
Réponse #20

Bomby


Un chêne bien de chez nous peut aussi être pourri à l'intérieur sur 1.50 m sans en montrer aucun signe à l'extérieur ;).

Questions de béotien : à quoi cela est-il dû lorsque cela arrive et comment, en l'absence de signes extérieurs manifestes, peut-on vérifier ce qu'il en est ?

Cordialement,

Bomby

17 septembre 2015 à 14:33:34
Réponse #21

Bomby


Merci de tes précisions, Karto.

(...)

Oui on aurait pu sécuriser le périmètre avant. On n'y a pas pensé. La raison est simple : c'était tellement apocalyptique comme endroit à cette heure là avec déjà plusieurs branches tombées autour (mais dans l'herbe, pas sur le parking) et tous ces débris qui volaient qu'on ne pensait pas que qui que ce soit manque de bon sens au point de s'y installer.
(...)

C'est logique.

Difficile en effet d'imaginer que quelqu'un d'autre n'identifie pas les mêmes risques lorsqu'ils sont pour soi criants (bon sens ou pas d'ailleurs, chacun n'a pas les mêmes expériences).

Et encore plus, donc, d'imaginer au-delà du risque de chute de branches d'arbres celui de la chute d'un chêne centenaire de plus de 30 mètres de haut.

Un article du Progrès qui mentionne que la malheureuse victime faisait probablement une pause dans sa voiture : http://www.leprogres.fr/rhone/2015/09/17/coup-de-vent-sur-la-region-un-jeune-homme-trouve-la-mort-a-limonest.

17 septembre 2015 à 17:02:59
Réponse #22

guillaume


Questions de béotien : à quoi cela est-il dû lorsque cela arrive et comment, en l'absence de signes extérieurs manifestes, peut-on vérifier ce qu'il en est ?

Cordialement,

Bomby

Il existe des cas, où la structure interne du bois est altérée, sans qu'on sache pourquoi et sans le voir avant que l'arbre soit abattu (certaines pourritures sur le chêne par exemple).

Parfois on peut voir des signes extérieurs de mauvaise santé : dépérissement, descente de cime (les branches au sommet meurent petit à petit, l'arbre n'ayant plus la force de faire monter la sève jusqu'en haut), champignons sur le tronc, écorce qui tombe toute seule, etc.

a+

17 septembre 2015 à 17:17:23
Réponse #23

Karto


Et on peut le voir par exemple par carottage ? Ou ça se fait pas ?
Je demande parce que là y'a une rumeur d'expertise à venir des arbres voisins par la mairie, et si jamais elle a lieu j'aimerais avoir des clefs pour comprendre la fiabilité des résultats.
« Modifié: 17 septembre 2015 à 17:22:36 par Karto »

17 septembre 2015 à 17:37:59
Réponse #24

Karto


Bomby en relisant je me rends compte que j'ai lu ta question tellement de travers que ça mériterait un tour chez l'orthoptiste.


Citer
Ceci étant, un détail m'intrigue dans ton récit : comment ton collègue qui donne l'alerte sur la présence d'une personne dans la voiture s'en est-il aperçu ou en a-t-il connaissance ?

Je ne sais pas. En s'approchant, c'est sûr, parce que de loin on ne voyait que des feuilles et quelques bouts de tôle qu'on devinait derrière, mais j'ai pas vu la scène de la découverte. Et là le mec est rentré chez lui, donc je ne peux pas lui demander tout de suite. :)

 


Keep in mind

Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
avec bienveillance, curiosité et un appétit pour le dialogue et la réflexion que l'interlocuteur peut susciter. »


Soutenez le Forum

Les dons se font sur une base totalement libre. Les infos du forum sont, ont toujours été, et resteront toujours accessibles gratuitement.
Discussion relative au financement du forum ici.


Publicité

// // //