Règle de vie no1
< Nous sommes tous né en Arcadie, autrement dit nous entrons dans la vie pleins d'exigences de bonheur et de jouissance, et nous avons l'espoir fou de les réaliser jusqu'à ce que le destin nous tombe dessus sans ménagement et nous montre que rien n'est à nous, qu'au contraire tout est sien puisqu'il a un droit incontestable non seulement sur tout ce que nous possédons et acquérons, mais encore sur nos bras et nos jambes, nos yeux et nos oreilles, et même sur le nez au milieu de notre visage.
Vient alors l'expérience et elle nous enseigne que bonheur et jouissance sont de pures chimères qu'une illusion nous indique au loin; qu'un contraire la souffrance, la douleur sont réelles, qu'elles se font connaître elle-même immédiatement sans avoir besoin d'illusion et de délais. Leur enseignement porte-t-il du fruit?
Voici que nous cessons de rechercher bonheur et jouissance, et que nous sommes uniquement préoccupés d'échapper autant que faire se peut à la douleur et à la souffrance. Ou to hêdu, alla to alupon diôkei ho phronimos [Le sage n'aspire pas au plaisir, mais à l'absence de souffrances, Aristote, Éthique à Nicomaque]
Nous nous rendons compte que le meilleur qu'on puisse trouver sur terre est une vie présente sans souffrance, une vie qu'on puisse supporter paisiblement : une telle vie nous est-elle en partage, et nous savons l’apprécier ; nous nous gardons bien de la détruire par une quête sans fin de joies imaginaires et en nous souciant avec angoisse d'un avenir toujours incertain : ce dernier n'est-il pas entièrement entre les mains du destin, quels que soient nos efforts pour lutter contre lui?
Par ailleurs : combien il serait insensé de toujours veiller à jouir autant que possible du présent qui est seul certain, alors que pourtant la vie entière n'est qu'une part de présent plus grande, et comme telle totalement passagère.
Règle de vie no14
On pourrait dire qu'une grande part de la sagesse vécue repose sur la juste proportion selon laquelle nous portons notre attention tantôt sur le présent et tantôt sur le futur, afin d'éviter que l'un nous pervertisse l'autre. Beaucoup vivent trop dans le présent (les inconscients), d'autres trop dans le futur (les inquiets et les soucieux); il est rare qu'il y en ait un qui garde exactement la mesure.
Ceux que leur aspirations font vivre uniquement dans le futur, tourner leur regard toujours vers l'avant et courir impatiemment vers ce qui est en train d'advenir comme si ce dernier allait enfin apporter le vrai bonheur, ceux donc qui laissent passer le présent sans en profiter quand il est là et sans y prêter attention, ceux-là ressemblent à l'âne italien de Tischbein, avec sa botte de foin préalablement reliée à une corde pour accélérer son pas?
Ils ne vivent jamais qu'ad interim, jusqu'à leur mort.
La tranquillité du présent a tout au plus le droit d'être troublée par des maux qui sont eux-mêmes certains et dont le moment où il arrivent est également certain. Mais ils sont très peu nombreux : car, ou ils sont aux-mêmes simplement possibles, dans le meilleur des cas probables, ou ils sont certains mais le moment de leur arrivée totalement indéterminée, ainsi la mort.
Si nous voulons entrer dans ces deux logiques, nous n'avons plus un instant de tranquillité. Pour ne pas perdre la tranquillité tout notre vie durant avec des maux incertains ou indéterminés, nous devons nous habituer à considérer les premiers comme s'ils n'arrivaient jamais, et les seconds comme s'ils n'arrivaient certainement pas maintenant.
"L'art d'être heureux" Schopenhauer.
"N'attends ni ne redoute le lendemain" Sénèque
"Soit l'ami du présent, le futur et le passé te seront donné par surcroit" Clément Rosset
Contrairement à certains de mes camarades, je ne pense pas qu'aucun but ne puisse mener à une tranquillité sure, car on se retrouve frustré, déconnecté dans une certaine attente de ne pas avoir quelque chose qu'on a imaginé avoir besoin. De plus le bonheur arrivé porte en lui son deuil, donc une certaine amertume, ce qui engendre le rythme "souffrance du manque, ennui de posséder"
La ou Pierrot à raison de citer Boris Vian, c'est qu'il décrit une expérience esthétique, et pourquoi l’expérience esthétique nous parait belle et poétique?
C'est parce que le sentiment du beau nous défait de nos pensées, nous connecte au présent si difficile à atteindre.
Et il en va ainsi du reste du poème, une énumération d’expériences nous reliant au présent.
La je rejoins mes autres camarades, qui décrivent des instants de bonheur, qui sont toujours reliés au présent (enfants, amis, dont de soi etc (la nuance importante est alors de transmettre qu'il est rare de ne pas pouvoir y accéder, même si l'on est peu entouré))
"Tendre à désirer ce que l'on a", considérer qu'être>avoir, et de manière générale s’intéresser à la philosophie peut mener à un état d'esprit un peu moins tumultueux.
On vit parce que l'on est né pour cela, après nous avons une certaine responsabilité quant à COMMENT
