Tout d'abord je te conseille la lecture d'un excellent texte de David :
http://stages-survie-ceets.org/lantifragilite-un-concept-qui-nous-manquait-cruellement/Ensuite quelques retours sur mon expérience de papa assortis d'une expérience pro de 20 ans d'éducateur.
Soustraire un enfant du danger ou de la difficulté n'est pas la bonne méthode. Le danger existe, les difficultés existent et on ne peut changer la réalité. Notre rôle de parent est de donner confiance à nos enfants, de les armer pour affronter la vie et le monde qui seront les leurs.
Les gaver de mises en garde est contre productif car cela instille l'idée que tout n'est qu'hostile et freinera l'enfant dans son envie de découvrir le monde d'aller de l'avant.
Je pense qu'il faut au contraire éveiller sa curiosité, son envie d'entreprendre, tout en lui donnant les clés pour réussir.
Ainsi, l'enfant ne se sent pas bridé et quand on lui dit "non, ça ce n'est pas de ton age, c'est trop difficile pour toi" l'enfant sait que c'est vrai car on lui aura laissé faire le reste.
Passons au concret.
Parmi mes 2 enfants, j'en ai une qui toute petite grimpait partout. A 6 mois, sans savoir marcher, elle escaladait sa poussette. Nous l'avons laissé faire et nous l'avons laissé tomber. On la surveillait et quand elle commençait à grimper, on s'approchait et on parait sa chute ; c'est à dire qu'on la laissait tomber (pour qu'elle éprouve la sensation de chute) et on amortissait le choc pour pas qu'elle se blesse.
Très vite elle a intégrer que grimper pouvait être dangereux, que descendre pouvait l'être encore plus.
6 ans plus tard, elle aime toujours grimper mais elle demande l'autorisation pour le faire et a appris à escalader que ce qu'elle pourra redescendre. Elle pêche aujourd'hui plutôt par excès de prudence et je dois l'encourager à aller de l'avant.
A 5 ans, mes 2 filles ont eu un couteau (opinel à bout rond). D'abord elles s'en sont servies à table pour manger. En ballade, elles ont demandé à pouvoir emmener leur couteau. Ok, mais pour faire quoi ? Pique niquer, tailler des bout de bois, faire comme les grands quoi ! Alors on a donné des règles précises (on n'ouvre le couteau que le temps pendant lequel on s'en sert effectivement, on ne fait pas 2 choses en même temps) et en montrant les bons gestes (pour manger, pour couper du bois, etc...). Pour l'instant elles n'ont le droit de s'en servir qu'en présence d'un adulte.
Laisser faire... L'expérience se vit, elle ne se partage pas.
Mes filles me demandent souvent "est-ce que je peux faire ça ?" Sauf en cas de danger de blessure, je leur réponds quasi systématiquement, "vas-y, essaie". Elles expérimentent, après on discute. Pourquoi ça a pas marché, pourquoi t'as eu peur, bravo t'as réussi, ...
Face à la mort.
Oui, la vie c'est beau, faut en profiter, faut la préserver parce qu'à la fin, on crève.
L'autre jour, une amie me demandait comment expliquer la mort à son fils parce que quelqu'un qu'ils connaissaient est décédé. Nos enfants ont été confronté à la mort dès leur jeune age (4 ans) : un jour autour de la maison des chiens errants ont tué 9 chevreuils. On est tombés dessus lors d'une ballade en ski. Au lieu de faire un détour, on est allé voir les carcasses qui étaient à tous les stades de consommation et de décomposition. La leçon de choses a porté sur l'anatomie des animaux, à la chaine alimentaire, en passant par la vie, la mort.
On vit, et à la fin, on meurt. C'est un cycle. C'est intégré.
Mes filles ont 6 ans et demi de ce mode d'éducation, elles ont eu plein de petits bobos mais jamais de blessures (rien de cassé, aucun point de suture). Avec toute l'objectivité que peux avoir un père

, je les trouve beaucoup plus responsables par rapport au danger, à leurs actes, que les autres enfants. Elles ne grimpent pas mieux, ne courent pas plus vite, ne sautent pas plus haut, elles connaissent juste mieux leurs limites et sont curieuses du monde. Du coup, je suis pas (trop) inquiet lorsqu'elles sont seules dehors ou qu'elles ont un couteau en main.