Bonjour,
Je lis ce blog depuis quelques temps. Je suis un peu loin de certains, proche d'autres, mais je trouve généralement les posts très instructifs.
Je m'excuse de ne pas m'être présenté par ailleurs.
Il se trouve que je suis médecin, responsable d'unités de soin dispersées géographiquement et pas toujours médicalisées mais il y a des infirmières), et parfois en déplacement. Je précise que nous ne sommes pas des urgentistes. Cette question du "kit urbain" a été largement débattue, sous une autre forme : que faut-il avoir à disposition pour les malades et les agents en cas d'urgence.
En règle générale, et s'il n'y a pas de très sérieux problèmes locaux ou généraux, il faut 15 à 20 minutes aux secours (SAMU, SMUR, à défaut pompiers) pour intervenir en milieu urbain. Le problème se décline alors selon deux axes : le matériel à avoir en attendant les secours et celui à avoir lorsque, de toutes façons, on les appellera pas (le confort, quoi).
Donc les urgences vitales : celles qui ne vont pas attendre tranquillement.
En premier lieu, il faut se former, et encourager ses proches, ses collègues, ses enfants à se former SERIEUSEMENT aux urgences vitales. Ca demande un temps d'argent, un peu de temps, mais c'est un excellent investissement sur la vie. Ne pas oublier le recyclage : les protocoles changeants parfois (j'ai lu dans ce post la question du masque de bouche à bouche : vu qu'à quelques rares exceptions, les enfants, on n'en fait plus, c'est inutile...) et la plupart d'entre nous ne fait pas de massage cardiaque (RCP) très souvent...
1 - Prévenir
Un téléphone, portable sur soi, c'est bien !
2 - protéger, se protéger
Un truc qui éclaire pour voir et se signaler
De gants en latex ou mieux en vinyle (j'en ai toujours sur moi)
Un masque et des lunettes (il existe des masques en papier avec un écran, c'est utile, petit, pratique, j'en ai toujours aussi sur moi) : une artériole qui pisse, ça va toujours sur le visage, et les accidents d'exposition au sang, c'est chiant, risqué et s'il faut prendre une trithérapie préventive, c'est pas très cool...)
3 - secourir
Savoir que faire en cas de patient inconscient qui ne respire pas, de patient inconscient qui respire (PLS), de patient polytraumatisé ou de patient hémorragique (on revient à la formation).
Un truc qui coupe, l'idéal sont des ciseaux de secouriste, a défaut, un couteau.
Les pansements compressifs style pansement israélien, c'est petit, pas lourd, et très bien en cas d'hémorragie (si vous êtes le seul secouriste, ça permet au moins d'avoir le temps de téléphoner). J'en ai un. J'ai aussi un champs stérile de 80x80 cm : pour emballer une fracture ouverte, un membre sectionné, un abdomen ouvert...
4 - immobiliser
En dehors d'une minerve (et c'est trop gros pour un kit), dans le cadre urbain, immobiliser est inutile.
5 - médicament d'urgence
Un seul : de l'adrénaline, et de quoi l'injecter (à réserver aux médecins et aux infirmiers formés)
Pour les pro : de quoi traiter un purpura fulminans
6 - le confort (c'est ce que tu souhaites)
Bobologie quotidienne : antiseptique incolore et sans alcool, qq compresses, des pansements (à découper, mais il faut penser à avoir de quoi les couper !) une bande de gaze, du sérum physiologique, du tape. J'ai une bande autoaggripante, mais je sais qu'elle ne me servira sans doute jamais dans ce cadre là.
Antalgique simple : (paracétamol)
7 - Le reste : en fonction de vous et vos proches
Chez moi, personne ne souffre de maladie chronique d'allergie, etc. Donc on en reste là (sauf, j'avoue parce que je suis douillet, un antalgique de niveau II+, mais logiquement on peut s'en passer).
Dans mon cadre professionnel, il y a plus de médicaments, adaptés à la population accueillie, mais on raisonne toujours dans le sens : quel risque ? quelle solution ? qui peut s'en servir ? ramené à l'individu et ses proches, c'est la partie à voir avec votre médecin de famille.
J'ai tâché de faire par ordre d'importance. J'ai toujours sur moi les 1 et 2, dans mon sac 3, 5 et 6. 4, jamais. Pareil dans les voitures et sur la moto. Plus à la maison. C'est emballé dans des sacs type ziploc : ils permettent de s'y retrouver, et peuvent aussi servir.
Si nous sortons du milieu urbain (voyage, rando), on adapte surtout le confort. Et on prend de quoi immobilier. Parfois (pays moins développés, voir, sur le plan pro, pays qui craignent) c'est l'étape intermédiaire qu'il faut mettre en oeuvre (entre les urgences et le confort), c'est plus compliqué et plus aléatoire. Il faut alors des connaissances cliniques, techniques et d'environnement plus précises (et surtout, toujours réfléchir en terme de risque). Personnelement : antibiotiques, matériel stérile, kit pansement et suture, réhydratation orale, et le reste à voir au cas par cas, et (pensez-y) en fonction de la législation du pays, en avion, ça va en cabine bien sur. J'ai aussi des ordonnances vierges et ma carte professionnelle (c'est un sérieux atout d'être médecin dans ce cas !).
En conclusion, les trois priorités :
Se former (on apprend surtout que moins on en fait, mieux c'est)
Se protéger (c'est bien de sauver, mais c'est bien de rester vivant et en bonne santé)
Ne prendre que du matériel dont on sait (et parfois auquel on est habilité à) se servir.
Un truc de plus : dans le cadre pro nous avons des défibrillateurs semi-automatiques. Je n'en ai bien sur pas à la maison, mais je sais où est le plus proche. Mes enfants aussi.