Une partie de ce fil a traité de "comment réagir si vous voyez une femme se faire emm*rder". Je voulais y ajouter quelque chose suite à une mésaventure qui m'est arrivée ce matin...
La situation : un métro, un peu de monde mais pas bondé. Une jeune fille (je lui aurais donné 16-17 ans) est assise. A une station une bande de mecs du même âge à peu près monte, ils connaissent apparemment la jeune fille de loin (amis d'amis ou connaissances de lycée sans doute). Ils se saluent plutôt cordialement.
C'est là que ça commence à dégénérer.
L'un des mecs s'assoit sur les genoux de la fille, en lui disant "fait comme si on était intimes, vas-y embrasse moi" et en lui tripotant les seins. Au début elle rit - jaune, certes, mais je décide de ne pas intervenir.
Puis elle commence a protester, elle est visiblement mal à l'aise. Le jeune homme s'en fout totalement, il continue à la tripoter. Là j'interviens en ces termes :
"Hé, je sais pas si tu te rends compte que tu la fais chier, là, ta 'pote'. En plus t'as l'air con, tout le métro te regarde. Et elle aime pas ça. Allez lâche la."
Et là... Paradoxe étrange, la demoiselle s'emporte, me balance de "m'occuper de mon gros cul" et crache à mes pieds.
Dans une affaire de violence, il n'y a pas une gentille victime et un méchant agresseur. Il y a un agresseur et une inconnue. Cette inconnue, on ne sait pas - par définition - quelles peuvent être ses réactions. Soyez donc prudents et protégez vous vous-même.
Ici ce n'était qu'un peu de crachat. J'aurais aussi pu me prendre un pain.
Et ensuite, que s'est-il passé ? Le "tripoteur" a-t-il continué son œuvre ? La "tripotée" a-t-elle pu profiter de ton intervention pour reprendre un peu la main sur une situation qu'elle subissait?
Il est clair que tu n'as pas été payée de retour pour ton intervention (je pense que Verdugo, un peu plus haut, expose des raisons qui paraissent pertinentes pour cela), mais ça ne veut pas dire que, pour autant, ton intervention n'ait pas, malgré tout, servi celle pour laquelle tu a jugé bon d'intervenir.
C'est forcément compliqué.
Je trouve bien que tu aies pris une initiative... Ce n'était peut-être pas la meilleure, mais au moins c'en était une...
On peut d'ailleurs, une fois de plus, se référer à la notion fondamentale d'initiative, notion de base de tout raisonnement tactique (qui consiste grosso modo à toujours chercher à prendre et garder l'initiative, pour ne pas subir l'initiative adverse), ce qui est à mon avis valable qu'on soit déjà à un stade de violence physique ou non.
La jeune fille, ici, subissait totalement l'initiative déplacée du "tripoteur", et ne parvenait pas à s'en sortir. Personne d'autre ne prenant la moindre initiative, elle n'avait pas d'opportunité de reprendre elle-même la moindre initiative.
Ton intervention a créé cette opportunité. Et la fille a saisi l'initiative. Peut-être pas de la meilleure façon non plus, mais au moins elle l'a saisi. L'a-t-elle ensuite utilement conservée, l'histoire ne le dit pas. Mais au moins, elle a pu la saisir et tu lui as donné cette opportunité.
On en revient finalement dans ce genre de cas pratiquement toujours aux mêmes principes : il ne faut pas que le plan de l'agresseur puisse se dérouler sans anicroche. En quelque sorte, même si tous ne se valent pas, tout évènement disruptif peut sembler à priori bienvenu.
Après, tu indiques qu'apparemment la jeune fille et la bande de mecs concernée se connaissaient mais, forcément, tu ne peux savoir dans quel contexte ni tout ce que ça implique. Peut-être cette jeune fille est-elle quotidiennement exposée à ce genre de harcèlement pas les mêmes personnes, voire à des violences plus importantes. Auquel cas, elle a peu de marge de manœuvre et doit gérer au moins mal cette rencontre et ce comportement offensif et déplacé en fonction des rencontres à venir...
Ça peut aussi expliquer le cas échéant son attitude envers toi, attitude qui, dans une hypothèse de menaces quotidiennes de ce type, peut paradoxalement vous préserver un peu toutes les deux d'une surenchère violente de l'agresseur.
Sans même parler par analogie du syndrome malheureusement classique de la femme battue qui se retourne contre celui ou celle qui lui vient en aide, ou encore du syndrome également malheureusement classique du harcelé-racketté qui nie l'évidence par peur des représailles.
Cordialement,
Bomby