L'été approche, et avec lui les excursions en bateau, pour ceux qui habitent à coté, en ont un, ou sont en vacances et en ont loué un. Tous ne sont pas au fait des règles de sécurité élémentaires, une petite piqure de rappel me semble nécessaire, et une récente mésaventure m'y incite. Post un peu long, désolé, mais j'ai failli voir deux connaissances au tas récemment. Je parle ici spécifiquement des bateaux type semis-rigide ouverts, sans cabine.
En bateau, deux éléments (entre autres) de sécurité "de base" :
1 - le gilet de sauvetage
2 - le coupe-circuit pour le pilote.
Le premier assure évidemment une flottabilité d'un homme à la mer, le second est un petit dispositif genre fil élastique reliant le pilote au contacteur du bateau. Si le pilote tombe à l'eau, le fil se décroche, coupe le circuit électrique et donc arrête le moteur. Le but est que le bateau s'arrête si son seul occupant tombe à l'eau, afin qu'il ne voit pas son bateau s'éloigner alors qu'il est à la baille, ou se fasse découper par son hélice (c'est déjà arrivé).
Avant de raconter la mésaventure, expliquons les raisons qui font que souvent ces équipements de sécu sont négligés. Je cite les arguments, je ne les cautionne évidemment pas, ou certains nécessitent un complément.
1 - le gilet de sauvetage
- "On a l'air con"
- "ça tient chaud"
- "ça gène les mouvements"
2 - le coupe-circuit
- "ça fait chier ce fil à la patte"
- "si le pilote tombe à l'eau, un passager ne peut pas redémarrer le bateau pour aller le chercher".
Ce dernier argument est le seul valable. C'est pour ça que dans un bateau sérieux, il faut un deuxième coupe-circuit, rangé dans la console en général. En cas d'ejection du pilote, le passager peut récupérer le coupe-circuit de backup, le mettre, démarrer et aller chercher son collègue. S'il sait démarrer, s'il sait où il est rangé, etc, on est d'accord. Mais si ce deuxième cc n'existe pas, c'est foutu. Qu'on ne me parle pas d'avirons, sur un semi de 6,50m, tout seul avec une rame, on oublie si le type est à plus de 40m (ce qui est très vite fait).
Or donc, récemment, on part à 3 bateaux en mer. Je suis en train d'enfiler un gilet de sauvetage, vu qu'on part pêcher à la ligne, et non en chasse sous-marine (là, la combi de plongée assure une flottabilité suffisante). Mon gilet de type pilot est emberlificoté, tourné, bref, c'est un peu la m*rde. Un copain sur la bateau, jeune de 26 ans, me dit "te fait pas chier avec ça". Ttt-ttt-ttt, petit, t'es mignon, t'es meilleur pêcheur que moi, mais je suis arrivé à 43 piges en faisant plus de conneries qu'à mon tour parce que je ne suis pas débile... Je met mon gilet, comme je met ma ceinture en voiture, et une capote avec la grosse lulu.
Sur un autre bateau (appelons le n°2), un copain à mon jeune ne met pas son gilet. Il connait bien la mer, mais c'est pas une raison... Quelques heures plus tard, la mer est bien creusée, pas démontée mais pas agréable, houle de NW, creux de 2 mètres, un peu la m*rde. On passe tranquilles, les bateaux sont fait pour. Le pilote de n°2 n'a pas son coupe-circuit. Et a une certaine tendance à foncerun peu trop, dans une mer qui ne s'y prête pas.
Arrive "la" vague à la con. Il plante l'étrave de son 6,50m + 150 bourrins dans la vague d'en face, arrêt instantané du bateau, lancé l'instant d'avant. Tout vole dans le bateau. Le jeune sans son gilet vole littéralement, traverse le bateau dans sa demi-longueur et voit son heure arriver. Coup de bol, Poséidon ne veut pas de lui, et il arrive à se rattraper à la ligne de vie in-extremis. Le pilote, mieux installé, n'a pas volé, mais s'est explosé la gueule sur l'arceau en inox. Bilan, nez explosé, le sang qui pisse. La bateau s'est instantanément rempli d'eau, grosse trouille, puis écopage. Retour au port, fin de la sortie.
Je ne reviens pas sur le "plomb" pris, ça peut arriver à tout le monde. Il allait probablement un peu vite, mais bon, ça arrive. Par contre, si les choses n'avaient pas voulu rigoler:
- Le jeune était à l'eau. Sans gilet, eau à 11 degrés, mer formée, espérance de vie, entre 10 minutes et 3 heures à vue de pif.
- Lui était assommé (il a reconnu ne pas être passé loin, pourtant c'est un costaud), et le bateau faisait route. Plein d'eau, mais faisait route.
Certes, ça ne sert à rien de refaire le film, mais ils ne sont vraiment pas passés loin du moment où la péripétie se transforme en catastrophe, tout ça parce que les règles élémentaires ont été négligées, par soit-disant "connaissance du milieu".
Donc :
- mettez vos gilets. Si vous allez à l'eau, vous ne serez pas forcément récupéré tout de suite. Vous ne serez pas forcément conscient non plus. On a vite fait de s'assommer sur un bateau en mouvement.
- mettez le coupe-circuit. Perso sur un bateau où le pilote ne le met pas, je ne monte pas. Le fond des mers est tapissé de bravaches.
Mes deux vagues.