La légitime défense, c'est déjà en soi un sujet compliqué, dont le principal problème est que le moment ou on doit se défendre et le moment où il sera apprécié si la défense exercée a été légitime sont des moments bien différents, et dans lesquels l'appréciation de la situation est effectuée par des personnes différentes, dans des contextes différents et en fonction d'éléments d'appréciation souvent bien différents.
A cet égard, qu'il s'agisse de défendre légitimement autrui ou de se défendre soi-même ne change pas vraiment les choses.
Encore une fois, ce n'est pas une raison pour ne pas se défendre, mais il faut en quelque sorte bien distinguer ces combats successifs et mener chacun en son temps et de la façon particulière dont il doit être mené, sans penser que le premier suffira.
Une fois la légitime défense exercée, peut se poser la question d'appréhender l'agresseur pour le remettre aux autorités, ainsi que le prévoit en effet l'article 73 du Code de Procédure Pénale.
Pourquoi pas, si les circonstances sont favorables... Mais ce n'est pas forcément le cas et il faut bien voir qu'en cherchant ce résultat, on risque de se retrouver en contradiction avec les objectifs principaux des deux combats à mener : le premier pour préserver sa sécurité physique pendant la réaction de défense (de soi-même ou d'autrui), le second pour ne pas risque de sanction pénale à la suite de l'exercice de cette défense.
Appréhender quelqu'un, ou le "maîtriser" (pour reprendre un euphémisme journalistique d'usage courant) ce n'est pas si simple. Ceci a déjà été souvent évoqué sur le forum, mais maîtriser une personne hostile et véhémente sans risquer de le blesser sévèrement nécessite généralement un rapport de forces extrêmement favorable, qui a statistiquement peu de chances de se présenter si l'on vient d'être victime d'une agression... Et au passage, il peut y avoir des coups à prendre...
Autrement dit, pour "appréhender" le ou les malfaisants, il va falloir retourner au contact, au risque de prendre des coups, ou de devoir en donner des sévères dans un contexte qui ne sera plus celui de la légitime défense...
Pas forcément très logique... Evidemment, si dans le feu de l'action, le malfaisant a été mis KO, ça ouvre quelques perspectives mais, même dans ce cas, que faudrait-il faire? Lui faire les poches, pour vérifier qu'il n'a pas d'arme (ou d'autre arme) cachée qu'il pourrait utiliser s'il revient à lui ? L'entraver ? Avec quoi au passage ? Même dans ce contexte à priori plus favorable, on voit qu'on est conduit à aller au contact d'une personne hostile, dangereuse, qui n'a plus grand chose de plus à perdre à prendre des risques supplémentaires, et qui peut revenir à elle (à moins, pourquoi pas, qu'elle ne feigne l'inconscience en attendant une opportunité de fuir ou d'attaquer). Par ailleurs, on ignore si ledit malfaisant n'a pas des alliés à proximité et, en allant au contact pour le fouiller ou l'entraver, on s'exposerait à une attaque d'un tiers...
Ce n'est décidément pas pour rien que les policiers interpellent quasi-systématiquement en supériorité numérique, et avec des techniques et du matériel adaptés.
Chercher à appréhender l'auteur de l'agression à laquelle on vient de faire face et dont on se serait tiré avec succès paraît donc déjà induire une prise de risques élevée et pas forcément nécessaire.
Chercher à appréhender l'auteur d'une autre infraction dont on serait témoin induit des prises de risques similaire mais d'un degré encore bien plus élevé.
Sans oublier que l'appréciation judiciaire de ce qu'une infraction est caractérisée et/ou de la flagrance d'un délit (je pense ici à l'exemple cité par Ulf d'un trafic de drogue) est une question complexe, qui conditionnera a posteriori la validité d'une telle appréhension.
Au final, il me semble qu'il y a plein de bonnes raisons de ne pas se substituer à l'action des forces de police...
De même qu'il y a par ailleurs plein de bonnes façons de faciliter le travail de celle-ci.
Je ne peux par ailleurs quand même pas terminer ce post sans évoquer la recommandation donnée par quelques bons instructeurs de SD (Lee Morrison, par exemple) de ne pas "finir" un agresseur sur lequel on aurait pris le dessus en le frappant à la tête quand il est au sol mais de le frapper plutôt au niveau de la cheville ou du tibia de façon à lui luxer ou endommager une articulation d'un membre inférieur, ce qui l'empêchera de nous poursuivre, de poursuivre son attaque... et lui compliquera la fuite pendant qu'on appellera la police... Intéressant à driller car pas si naturel que ça, et permettant le cas échéant de rééduquer des schémas plus ou moins instinctifs ou culturels peut-être trop conditionnés vers une frappe à la tête d'un adversaire au sol..
Cordialement,
Bomby