Salut

Serge, alors que je me faisais piquer la couenne dans un studio de tatouage célébrissime entre tous à Bruxelles (blue's tattoo, pour ceux qui connaissent pas, c'est de la balle

), papottait de tout et de rien avec nous (le tatoueur et myself) et lâchait comme à son habitude des perles de précision de la pensée sans donner l'impression d'y accorder quelque importance. Il a parlé, alors, de cycles. En l'occurence il était question d'autre chose, mais c'est vraiment, vraiment fondamental. Sauf que ce sont des cycles (des patterns qui se reproduisent) qui changent d'echelle (un peu comme dans un fractal).
Dans ma progression, perso, j'ai vraiment vu une sorte de respiration, d'oscillation entre l'acquisition de la technique et les fondamentaux / principes transversaux. Et à chaque fois qu'une branche de l'arborescence est "traitée", je me rends compte que les compétences acquises s'appliquent au niveau d'arborescence du dessous.
Et le cycle recommence...
(C'est pas clair, j'essaie d'illustrer)
Etape 0 -> J'ai peur de me faire tabasser, j'apprends que des outils existent, et je découvre comment les utiliser (combien de gens viennent à la self parce qu'un parent ou ami leur a offert une bombe lacrymo ? Moi perso j'ai commencé les arts martiaux en tannant ma mère pour avoir des nunchakus en mousse pour imiter Bruce Lee

)... la courbe de progression étant très rapide et très satisfaisante au début, on a tendance à multiplier les outils pour multiplier le plaisir qu'on a à comprendre vite et bien. Mais on sait utiliser chaque outil à 20% de ses capacités. Beaucoup de gens stagnent là pendant 10, 20, 30 ans. Ca a été mon cas.
Etape 1 -> La collection d'outils, c'est sympa. 20% c'est déjà super. On a notre ceinture noire, on se la pète, puis un jour on a envie de continuer à progresser. Et là si on sait se remettre en question, ou pousse la porte d'un autre univers. Les 80% restants sont là. La progression à long terme, elle est là...
Etape 2 --> pour maîtriser à 100% un outil, pour combler le chemin des 80% qui manquent, il faut du temps, et il faut limiter le nombre d'outils qu'on travaille. On choisit 1-3 techniques qu'on sait particulièrement bien, et on ne bosse que ça (cf "la grosse droite" --> merci Jeff tu m'as libéré l'esprit

). Et là on découvre que plein de compétences dans ce 80% manquant là sont en fait transversales, et applicables à toutes les autres techniques.
Etape 3 --> Savoir utiliser très très bien le peu d'outils qu'on a, c'est super aussi. Mais même ça, un moment donné, ça a une fin. On veut voir si on peut encore adapter ça à d'autres nouveaux outils... ... et donc on s'inscrit au MMA, on reprend la boxe thai, on se remet en mode débutant pour aller apprendre de nouveaux trucs... et là c'est intéressant parce qu'on voit des gens qui se la pètent parce qu'ils savent utiliser 4 outils à 20% qui chient sur des gens qui savent utiliser 3 outils à 12%...

Etape 4 --> on a un gros gros choix à faire... s'imaginer qu'on peut passer toute sa vie à progresser, et s'enfermer dans une croissance et un développement sans fin... ou accepter qu'un moment donné, tout ça, ça devient une fin en soi, et se demander pourquoi on a passé 30 ou 40 ans de sa vie à régler un problème qui aurait pu être réglé en 3 mois d'entraînement bien ciblé... la même méthode, du coup, de prendre un outil et de le creuser jusqu'à développer des compétences transversales se transpose à un niveau d'abstraction de plus. Et on se rend compte qu'un seul sujet qui a pris autant de place dans notre vie, en le creusant autant, nous a fait développer plein de qualités (et plein de défauts aussi

) humaines, personnelles, qui sont applicables à plein d'autres domaines de notre vie...
(Etape 5 --> on rigole, parce qu'en fait on se rend compte que tout ça, ça sert à rien et qu'on va crever quand même... et qu'au final tout ça c'était un super bon prétexte pour voir les potes et créer du lien

)
Un jour il y a longtemps Patrick me disait qu'il se rendait compte à quel point le "jutsu", si on le travaillait sérieusement dans un but d'efficacité, finissait par rejoindre le "do". Et qu'un "do" qui commençait par enseigner le "do" là lui semblait être un peu creux.
Je suis TELLEMENT d'accord avec ça... Au début où je faisais du karaté, je singeais le respect, je faisais le perroquet et imitais les comportements empreints de compréhension fine du monde. Je saluais un peu trop bas et un peu trop solennellement pour montrer que moi le respect je le comprenais mieux que les autres

-- et au final c'est via la self, a baston simple et brutale avec un cahier des charges ultra réaliste que j'ai pu travailler les aspects "do" en comprenant ce que je faisais. Enfin un peu moins mal...
Dès qu'on creuse réellement un sujet, on se rend compte que tout se rejoint et se fusionne... et disparaît un peu. Perd cette importance piquante du début pour conserver seulement ce petit recul humoristique...
Qu'est-ce qui reste après tout ça ?

Ciao

David