Petite anecdote de rien du tout qui nous rappelle tout de même de ne rien prendre pour acquis, de ne jamais baisser notre garde.
Comme tout bon Québécois, après souper, je vais faire une ballade dans la forêt sauvage et profonde qui constitue mon arrière-cour
[Mode "Petite mise en contexte pour ceux qui ne me connaissent pas" ON : ]
Hihi! J'aime bien entretenir ce stéréotype du Québécois en harmonie avec la nature sauvage de ses contrées. N'empêche que mon mode de vie l'entretien très bien puisque j'ai quitté la ville pour effectivement m'installer dans une région assez reculée (les gens de la place me crucifieraient s'ils m'entendaient!) sur une terre de 91 hectares de nature sauvage alors oui, après souper, j'aime bien aller me promener dans le bois
[Mode "Petite mise en contexte pour ceux qui ne me connaissent pas" OFF : ]
Bref, mon conjoint et moi enfilons nos raquettes pour aller faire un petit tour, histoire de faire passer le souper. Rien de compliqué, le sentier le plus proche de chez nous. Ça se fait en 30 minutes l'été, nous comptons une heure ce soir-là puisque nous devons taper le sentier dans plus d'un mètre de neige. Au moment de m'habiller, je regarde mon manteau de plein-air, mais décide d'opter pour mon manteau tout-aller. Il ne fait pas froid (-5 degrés environ), nous ne serons pas partis longtemps et si j'ai froid, on écourte et rebrousse vers la maison. Après tout, nous sommes dans notre arrière-cour! Je jongle avec l'idée de prendre avec moi ma ceinture de plein-air, celle à laquelle est accroché mon "kit minimum", comme je l'appelle : couteau, de quoi pour faire du feu, un GPS. Bah, mon "chum", comme on dit ici, va encore rire de moi et de ma "paranoïa" dès que je mets les pieds dans le bois, "preuve que je suis avant tout une citadine et que le bois est pour moi un lieu sombre et dangereux",

d'après lui. Je pars donc les poches et la ceinture complètement vides. Une partie de moi me dit que c'est quand on pense qu'il y a le moins de risques qu'arrivent les pépins, une autre partie de moi me dit que je suis décidément obsédée de la prudence en forêt.
La ballade est sympathique. La neige fait un bon "frouch, frouch" à chaque enjambée, l'air de la nuit est bon (il est environ 20h).

C'est la première fois que nous passons cet hiver, le sentier n'est pas tapé, mais il est facile à deviner par la trouée qu'il fait dans la végétation dense.
Ici, il fait tempête de neige par-dessus tempête depuis deux semaines. Les arbres sont chargés de neige. Les arbustres feuillus ploient sous le poids de la dizaine de centimètres de neige qui recouvre leur branches. C'est superbe. À l'occasion, le sentier est barré par un arbre un peu plus grand qui fair une arche basse en travers du sentier. Nous le secouons de sa neige et il reprend à peu près sa position naturelle. C'est amusant et ça ajoute une touche de magie au décor.

Or, à environ 200m de la maison, la végétation change. Plutôt que d'être une forêt de conifères parsemée de feuillus le long des sentiers, ça devient un boisé de grands arbustres (ou petits arbres). Les enchevêtrements sont nombreux, en raison du poids de la neige sur leurs branches (les conifères ont une forme naturellement faite pour supporter et faire glisser vers le bas la neige sans faire plier l'arbre). L'été, le sentier est facilement visible parce qu'il est dénudé de la végétation plus basse qui recouvre le sol du sous-bois environnant. L'hiver, le sentier est moins évident parce que la neige rend plus uniforme l'aspect du sol.
Alors que nous marchons, nous arrivons face à un enchevêtrement de branches pliées. Nous les relevons mais il y en a d'autres plus loin, et des troncs qui montent du sol. Sommes-nous toujours sur le sentier? Nous rebroussons chemin et pensons retrouver le vrai sentier. Après quelques pas, nous sommes encore arrêtés par un enchevêtrement au-delà duquel il ne semble plus avoir de sentier. Avec toutes ces branches ployées dans tous les sens, l'aspect du paysage est nettement changé. Nous essayons d'autres voies, qui finissent toujours par déboucher sur un cul-de-sac trop boisé pour être un sentier. En tendant l'oreille, nous croyons entendre la chute qui coule non loin de la maison et nous orientons par rapport à cette chute, mais nous réalisons bientôt que le vent dans les arbres nous joue des tours et sonne lui-aussi comme une chute au loin, surtout que les sons sont déformés par le feutré de la neige. En plus, après avoir tourné en rond et essayé de nombreuses voies, nous avons fini par être complètement désorientés. Nous ne sommes qu'à 200m de la maison, nous pourrions couper à travers la végétation, mais nous ne sommes même plus certains dans quelle direction est la maison! En prenant la mauvaise direction, nous pourrions nous enfoncer sur plusieurs km dans les bois! Bref, nous devons admettre que nous devrons rebrousser chemin.
L'avantage avec la neige, c'est qu'on n'a qu'à suivre à l'inverse les traces que nous avons faites. Sauf que... nos tentatives de trouver le bon chemin ont quadrillé la zone de sentiers qui se croisent! Quel est LE sentier qui nous sortira de cette zone qui semble avoir été maudite par un sort d'enchevêtrement (pour les adeptes de DnD

) ou protégée par un esprit de la forêt qui a décidé de protéger la zone par un sort de confusion (pour les adeptes de Shadowrun

) . Mon chum et moi nous séparons pour suivre différentes pistes jusqu'à retrouver la bonne. Je m'engage dans un chemin dont je suis convaincue qu'il s'agit du bon mais il m'appelle pour me dire qu'il est sur la bonne piste. Je le rejoins pour réaliser qu'effectivement, c'est lui qui avait raison. J'aurais été seule que j'aurais pu tourner vraiment longtemps dans ces sentiers!!!

Nous retournons finalement à la maison en faisant marche arrière, tout simplement. Aucun bobo, aucun danger réel, mais nous sommes médusés d'avoir réussi à nous perdre dans un boisé que nous parcourons régulièrement depuis 2 ans, juste derrière la maison!!

On se serait vraiment cru dans un jeu de rôle, affectés par un sort de confusion. Une expérience vraiement étrange! J'ai hâte d'y retourner avec le GPS pour rire de nos méprises et voir à quel point nous étions sûrement très proches du bon sentier (j'ai entré le tracé de tous les sentiers de notre terre sur ce GPS).
Finalement, nous nous en sommes très bien sortis, malgré l'absence totale de matériel de secours. N'empêche, je me dis qu'il aurait suffi d'un pépin de plus (que la pluie qui a tombé quelques minutes se soit prolongée, par exemple, ou que la température chute brusquement) pour que ça devienne nettement plus désagréable. Souvent, être prévoyant, ce n'est même pas une question de survie, mais ça évite des situations vraiment désagréables (comme cette autre fois où nous avions fait une crevaison sur notre camion alors que nous roulions sur une autre route de la terre. À 5 minutes de la route pavée, nous n'étions pas loin, mais nous avons dû changer le pneu à la brunante, alors que les moustiques sont les plus voraces, en plein mois de juin (le pire pour les moustiques) Ce soir-là, nous n'étions pas en situation de survie, mais avoir eu des vêtements plus apprioriés (manches longues!!), nous aurions certainement perdu moins de sang et moins sacré!!).
Pourquoi est-ce toujours quand nous apportons du matériel qu'il ne se passe rien, et quand on n'apporte rien qu'on en aurait eu besoin??

Et pourquoi je finis toujours par écrire un roman alors que je ne pensais prendre que quelques lignes...

Pour me faire pardonner, voici une photo de ce que nous voyons derrière la maison :

Sur la prochaine photo, c'est dans la zone à droite que nous nous sommes perdus. Ridicule!!
