Salut Oim,
Je suis dans le même cas que toi : pratiquant ACDS niveau moniteur, également quelques stages avec Lee et d'autres et en parralèle ma pratique hebdo est dans un club de ju jitsu et comme toi il m'arrive de donner cours, etc... Notre club est hors fédé donc pas tenu à un programme officiel, et notre prof très ouvert.
Mes constats (je n'ai pas encore eu le temps de lire les articles postés par Serge, je réponds donc directement à ta question sans références à ces articles).
- Tu auras toujours 3 groupes dans ton cours :
a) les gens qui viennent faire des arts martiaux, et qui ne veulent pas en sortir. A la limite, la notion même de self défense leur fait peur. Ils veulent bien s'entrainer, mais ils font en réalité semblant : dès que tu pousses le réalisme, ils vont voir leur certitudes s'écrouler, et ça leur fait peur. Donc ils ne viendront pas à tes cours "spéciaux". Ce n'est pas la peine de les forcer, d'essayer de les évangéliser à tout prix : si tu les braques, ils risquent de quitter le cours, tout simplement. Au mieux, bien leur faire comprendre qu'avec les limites mentales qu'ils se mettent, ils ne sont pas dans la réalité. Certains en seront conscient et s'en accomoderont très bien. D'autres ne voudront jamais y croire, tant pis !
b) ceux pour qui ce que tu montres, c'est un nouvel éventail technique. Ils vont pratiquer avec toi les techniques / exercices que tu montres, avec ton prof les techniques démontrées, mais ils ne vont pas forcément assimiler les nouvelles techniques en remplacement des autres. En gros, si tu leur dit pas "on se met en mode "street ju jitsu"", ils vont rester dans le classique. Là encore, ça vient avec le temps, mais ces collectionneurs de techniques ne sont pas tous destinés non plus à embrasser une approche RBSD. POur ce groupe, il faut laisser mariner/ infuser, sur-signifier les avantages des techniques simples et laisser venir à soi, ça bouge lentement, mais ça bougera
c) les enthousiastes. Ils ont capté super vite les avantages d'une approche RBSD, soit par intelligence, soit par culture martiale (on déjà pratiqué divers styles, etc...), soit par intérêt (pas très fort, petit, femme, correspond à leur caractère, etc...). Ce sont eux tes têtes de pont pour faire bouger les choses dans ton club (j'y reviendrais). A toi de bosser avec eux pour d'une part progresser de ton côté, d'autres part créer un noyau dur de gens qui pensent comme toi. Quand les fruits sont mûrs, il est temps d'aller à plusieurs aux stages extérieurs au club, partager des lectures, des vidéos, etc... pour entretenir la recherche.
- tu ne peux pas prendre le pouvoir, mais heureusement, les gens sont paresseux !
Le but n'est pas de devenir prof à la place du prof, ni de créer un clan qui se sentirait l'élite, au risque de créer une sale ambiance dans le cours.
Par contre, il faut faire infuser les techniques plus réalistes en suscitant l'imitation. Comment ça marche ? Prenons l'exemple de la bonne vieille défense sur crochet visage par ko soto gari. Dans la forme classique, une fois qu'on est rentré dans l'attaque, au mieux on fait teicho visage, puis on déséquilibre avec la main sur l'épaule pour placer la projection. Que se passe-t-il si au lieu de mettre la main sagement sur l'épaule, je choppe les cheveux de l'adversaire pour bien le déséquilibre sur l'arrière avec une action sur sa tête ? ca marche mieux, tout simplement ! C'est plus facile, j'ai donc plus de chance de réussir, avec moins d'efforts. Or un des moteurs des gens, c'est justement "d'y arriver". Dès lors, si toi, tu places à l'entrainement des frappes supplémentaires, et des actions qui vont dans le sens d'une "plus grande efficacité pour moins d'efforts", même et surtout au sein des cours réguliers (si ton prof est d'accord), tu verra que bien vite les gens vont se mettre à t'imiter. Ils ne savent pas d'où ça vient, ils n'ont pas la philosophie ou les explications derrière, mais ils le font. Et ça améliore la crédibilité et l'efficacité des techniques, donc c'est tout bénéf...
- Faire tomber les barrières mentales
Normallement, au bout d'un moment, ton groupe va susciter les questions, notamment celle du "mais ça, c'est permis en ju jitsu" ? Si ton prof n'est pas bouché et le club pas trop orienté compétition, il n'y a aucune contre indication à travailler main ouverte, à mettre les doigts dans les yeux, à pincer, etc... Donc si c'est OK, moi je donne 2 réponses : au groupe des pas convaincus, je répond simplement que "bein oui, c'est japonais ! Sur les champs de bataille, les samouraïs, tu sais, ils se faisaient la guerre, donc tout ce qui marche c'est dans le ju jitsu". Rassuré par 1000 ans d'histoire, ils adhèrent généralement. Aux autres je me contente de l'explication sur le ratio "minimum d'effort pour max d'efficacité" ou je développe vers plus de choses sur la RBSD et j'incite à venir au cours spéciaux/ lecture, etc...
En bref, si toi et ton groupe, avec authorisation du prof, vous commencer à mettre en place des petits changements dans votre manière de pratiquer les techniques régulières démontréers par le prof, sans en changer le sens/ le fond, en 2-3 ans tu vas voir que tous les membres du club vont commencer à faire comme vous par imitation. Et normallement à un moment le prof lui même va intégrer ces gestes dans ses démos...
- Aller plus loin
Toujours au sein du cours régulier, quand tu pratiques avec les membres de ton petit groupe, c'est le moment d'ajouter des petites choses aux exos classiques : garde passive, pincement, crachat, petit dialogue, cris, etc... C'est une manière de s'entrainer de manière plus réaliste sans gêner le cours, et de vous maintenir en eveille. Là encore, les plus jeunes dans les grades ayant tendance à copier les "anciens", ça devrait suivre petit à petit
- S'entraîner en "cours spéciaux" :
Le plus important pour moi c'est de faire tomber au cours de ces cours les barrières mentales qu'on se met en ju jitsu : pas le droit à si, à ça, ...et les défauts de type : aider le copain à se relever, ne pas checker autour de soi à la fin d'une technique, etc...
Insister encore et toujours sur la séquence : conscience de l'environnement, si évitement= éviter, sinon garde passive, desescalade verbale, action ou réaction (en fonction des directive de l'exercice, des possibilités laissées par le scénario), finir la partie physique le plus vite possible ("me, me, me and finally me !!" comme dirait Lee), reprise de distance, check à 360°
Tu vas voir que normalement il devrait au fur et à mesure des exercices y avoir moins de clés et moins de projections (tant en terme de nbre de techniques que d'occurence des techniques restantes) au profit d'actions pied-poing + désequilibres basiques. C'ets le but et ce n'est pas grave puisque la recherche multi-technique est faite au cours du cours régulier.
Sur les types d'exo à faire faire, je n'ai pas de conseils, tout est bon à partir du moment ou ça secoue les neurones autant que les corps !
Introduction d'armes, travail les yeux fermés, dans le noir, sur sol jonché d'objets, contre plusieurs adversaires, dos au mur, en vitesse, super lentement, sous stress ou pas... c'est aussi de ta créativité que viendra le plaisir, surtout si le cours n'est qu'épisodique.
Mais pour moi, dans le cadre du ju jitsu, les 3 clés à bosser sont :
- faire tomber les barrières mentales et interdits,
- faire bosser le dialogue, super dur et parfois mal aimé, mais si indispensable,
- faire bosser contre plusieurs adversaires,
Voilà rapidou, si tu veux plus d'info on peut se contacter par MP, voire se rencontrer si tu es sur Paris,
Amicalement,
Djé