Posté par DavidManise Sujet un peu corrolaire, mais ça va rejoindre la discussion, vous verrez.
La peur engendre souvent de l'aggressivité. Le mec qui flippe à mort qu'on se moque de lui va avoir une attitude aggressive "pour se faire respecter", par exemple. Ainsi, au Québec, j'acceptais avec plaisir les mecs au passif lourd et au regard noir dans mes cours de karaté. Pendant quelques (longs) mois je les surveillais de près, parce qu'il apprenaient des techniques très efficaces pour exprimer leur violence physiquement. La règle était simple : tu casses la gueule à quelqu'un, je te casse la gueule à mon tour. Et si jamais j'y arrive pas, je reviens avec 5 potes et des pelles. Et après, plus de karaté pour toi. Plus jamais.
J'ai jamais eu recours aux pelles... ni même dû en arriver à casser la gueule à un élève. Ils avaient envie d'apprendre, je pense.
Ceci dit, je les prenais MOI en sparring parce que je savais qu'au moindre problème ils risquaient de perdre les pédales et de cogner très dur. Puis, les mois passant, ils prenaient confiance en eux-mêmes. Bon pas tous... j'en ai viré de mon cours à coups de pied au cul aussi. Mais en général, en apprenant à se battre, en apprenant à se faire critiquer et à en tirer profit, en apprenant à s'exprimer devant le reste du groupe (pendant les exams ou les compétitions) ils gagnaient en assurance, finissaient par se défaire de cette mauvaise image d'eux-mêmes qu'ils avaient et de facto ils s'adoucissaient. Le temps d'arriver à leur ceinture bleue ou marron, ils marchaient la tête haute et avaient acquis assez d'assurance pour savoir rire d'eux-mêmes.
Ceci dit je ne vais pas tomber dans l'angélisme non plus. Ces mecs là, ils gardaient toujours une boule de rage au fond d'eux-mêmes et il ne fallait pas leur chercher des noises, mais ils passaient peu à peu du statut de prédateur au statut de carnivore, quoi. En ce sens, les sports "de combat" comme la boxe peuvent être très formateurs, et permettre aux gens (pas tous, mais souvent) d'évoluer et de ne plus être des dangers publics. Paradoxal, certes, mais pourtant vrai.
La gestion de la peur, pour moi, ça doit aussi passer par là. Il y a la peur de se faire démonter la tête, certes, mais aussi -- voire surtout -- la peur de passer pour un con, la peur de se faire rejeter, humilier, la peur du regard des autres, quoi. Les pures victimes et les prédateurs partagent cette même peur. La victime, elle, aura peur de faire des vagues, de se faire remarquer, et préférera se laisser faire plutôt que d'attirer l'attention ou de sortir du cadre social normal. Le prédateur, lui, pour se rassurer quant à sa valeur, s'attaquera à ce genre de personnes trop "low profile" pour booster leur égo.
C'est hallucinant, mais au fond les deux souhaitent principalement ne pas passer pour une victime (au sens général). Le prédateur s'assurera de ne pas passer pour une victime en utilisant l'aggression pour démontrer qu'il a le dessus, alors que la proie, elle, s'arrangera pour que personne ne sache qu'elle est une victime, et dira "je suis tombé dans l'escalier" ou ne pensera même pas à appeler à l'aide pendant qu'on la viole au fond d'un parking, qu'on la rackette, qu'on l'insulte, etc.
Bon évidemment c'est jamais si simple... je carricature à mort pour illustrer un principe, tout simplement.
Savoir gérer sa peur, comme son aggressivité (ou sa jalousie, ou son attitude hautaine ou son sexisme ou sa xénophobie ou whatever), ça commence bien souvent par être suffisamment sûr de sa valeur à soi pour ne pas devoir toujours "se défendre", de manière active (aggression) ou passive (camouflage).
Enfin voilà. C'est mon opinion et mes réflexions psychologiques à deux balles. Je me doute que ça ne fera pas l'unanimité et que plusieurs m'expliqueront qu'il existe aussi des dangers réels. Je ne nierai pas

Ciao

David