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Stages de survie CEETS

Auteur Sujet: Savoir faire demi tour : ma 1ere expérience  (Lu 2792 fois)

20 mai 2012 à 15:57:57
Lu 2792 fois

raphael


Au programme de cette journée de fin d’avril, une sortie sur la journée avec une amie :Destination le lac d’Ourec dans les hautes Pyrénées. Départ du Chiroulet et 450 m de dénivelé pour une ballade de 2h environ.

Nos tenues :
Pour moi ,t shirt laine merinos, pantalon coton traité par mes soins, chaussures montantes, en prévisions dans le sac :veste ventile, poncho et polaire.
Pour elle, t shirt, polaire, polaire, veste imperméable, pantalon synthetique, chaussure montante, puff


« Modifié: 20 mai 2012 à 16:05:43 par raphael »
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20 mai 2012 à 15:59:19
Réponse #1

raphael


La semaine a été d’un point de vue météo pas terrible du tout et on profite de la seule journée avec du soleil pour partir. La limite pluie neige est d’environ 1600 m et le lac est autour de 1400 m. Il est 10h, c’est le départ, il fait soleil et pas froid, les cours d’eau, torrents , ruisseaux pullulent dans la partie basse et la montée. C’est un sacré dépaysement rapidement , il n’y a pas grand monde. On se fait simplement doubler pendant les pauses photos par un adepte du trekking avec son chien, on discute un peu de la montée, de sa destination: il porte simplement sa tenue et chaussures de trek, des batons, un sac minimaliste avec simplement de l’eau . Il veut après avoir atteint le lac rejoindre le lac bleu par le passage des cretes (autour des 2000 m).
Un peu plus tôt, deux hommes : un jeune la vingtaine (basket, pantalon survêtement coton et t Shirt , sac a dos très light) et l’autre plus âgé (veste de cuir pantalon et chaussures de ville)  nous ont doublé, pas même un bonjour en retour du notre.
« Modifié: 20 mai 2012 à 16:09:22 par raphael »
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20 mai 2012 à 16:01:48
Réponse #2

raphael


Après le passage plat, se présente la montée dans la foret, beaucoup de passage glissant sur les pierres et de traversés de petit torrents, je me demande comment sont passé nos prédécesseurs. Une fois sortie de la forets cela commence a être un paysage pellé et plein de névés. Il y a encore pas mal de neige (molle, mouillé), et avec une épaisseur importante : on s’enfonce par endroit jusqu’au hanches. On est partit sans raquettes et je commence a le regretter. Du coup le chemin a suivre n’est plus visible et je me fie au repère topo et aux traces dans la neige du chien du trekkeur. Cela commence a être sport avec les devers et on progresse par endroit a quatre pattes. Mais comment les deux sportifs du dimanche ont ils fait ?

Après la traversé du névé , on s’arrête pour faire une pause grignotage. Il nous reste pas grand chose à parcourir pour arriver au lac qui est juste en contre bas. C’est a ce moment là que je ressens un drôle de sentiment : la situation ne me plait pas. Trop de facteurs sont pas positifs, le passage du névé en descente ne va pas être facile et il n’y a pas trop de point de repère pour rentrer au bon endroit dans la foret pour retouver le chemin pris a la montée. Mais c’est la météo qui me plait le moins , le soleil n’est plus là, les nuages sont vite apparus et la brume monte rapidement avec le vent qui s’est levé. Il commence à neiger a gros flocons.
« Modifié: 20 mai 2012 à 16:12:13 par raphael »
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20 mai 2012 à 16:03:22
Réponse #3

raphael


On voit en contre bas, le long du ruisseau qui serpente, le trekkeur avec son chien qui reviennent rapidement vers nous, je lui fait signe et il nous rejoint. Il est beaucoup moins confiant et commence a grelotter, je lui propose un peu de nourriture qu il accepte volontiers. La situation ne lui plait pas non plus et on décide de redescendre et de traverser le névé ensemble. Ce n’est pas aujourd’hui que l’on verra le lac.

Effectivement la descente est un peu périlleuse , on hésite plusieurs fois sur la direction a prendre. Mon amie glisse plusieurs fois sans gravité mais je lui demande d’assurer chaque pas, elle ne se rend pas forcement compte de la conséquence d’une glisse dans ces conditions. Le trekkeur est paumé il ne sait plus par où passer, le chien fait des allers retours entre nous trois et vient me voir quand je m’enfonce et que j’ai du mal a ressortir une de mes jambes. Sent il le risque ?

Je me rends compte que l’on est pas partit du bon coté grâce au sens d’écoulement des divers cours d’eau que l’on voit en contre bas. Je pense remonter un peu et bifurquer a partir des repères que je retrouverai. C’est a ce moment là que mon amie qui avance plus vite que nous (elle s’enfonce beaucoup moins) trouve un passage plus facile pour sortir du névé et rejoindre la foret. Nous la rejoignons et retrouvons le marquage du GR. On s’arrête pour manger, reprendre un peu nos esprits et pour moi changer de vêtements car entre la neige et la transpiration je suis assez mouillé. Le trekkeur nous laisse et reprends la descente. Et là j’entends une discussion au loin, ce sont nos deux randonneurs du dimanche qui redescendent dans le névé, je les aperçois et eux aussi prennent la mauvaise direction. Si ils continuent par là, ils rapidement se perdre car je ne pense pas qu ils aient une carte avec eux. Je sors donc mon sifflet et j’essais de me faire repérer pour leur indiquer la bonne direction et surtout le passage pour sortir facilement du névé. Au bout d’une dizaine de coup de sifflet, il me voit et je suis a porté de voix pour leur expliquer. Arrivé a notre hauteur, le plus jeune me dit qu’il croyait que les sifflets étaient ceux de chasseurs, je lui explique qu’il partaient dans la mauvaise direction et que je leur indiquais l’endroit du passage. Le plus âgé arrive a son tour et tous les deux nous passent à coté visiblement pas du tout stressés et sans même un merci, continuent la descente.

On reprends a notre tour la descente, et on revoit le soleil des la sortie de la foret. Il y a maintenant un peu plus de monde qui montent. J’indique a ceux que l’on croise qu’il neige la haut et que le lac est précédé de névés surtout quand je vois l’équipement sommaire de certains.

On arrive rapidement à la voiture, le temps change et il commence à faire froid.

Je me dit :Voilà c’est mon premier «  m*rde ça pue faut faire demi tour » et je repense à tous les récits que j’ai lu sur ce sujet dans le forum.

Aurai je pris cette décision si je ne connaissais pas le forum, étant de nature prudente je pense que oui ; aurai je analysé la situation dans son ensemble, les conséquences éventuelles pour moi et les autres (hypothermie, glissades…) je pense que non
« Modifié: 20 mai 2012 à 17:43:12 par raphael »
Se connaitre et s'accepter


20 mai 2012 à 17:56:10
Réponse #4

guillaume


Total respect et... Merci pour les images :akhbar:

a+

20 mai 2012 à 17:59:38
Réponse #5

azur


Nos formateurs montagne nous disaient: "quand on commence à avoir un doute, il est déjà trop tard"
Sous-entendu: le niveau de danger est déjà élevé, on aurait déjà pu avoir un accident, donc il est largement temps de faire demi-tour!

Bel exemple... et photos excellentes!
Tout le monde savait que c'était impossible... est venu un idiot qui ne le savait pas, et qui l'a fait!
------------------------------------------
Boviner, c'est contourner par le centre...

20 mai 2012 à 18:56:39
Réponse #6

camoléon


Récit instructif et captivant, belles photos, du courage et de la sagesse.
Bravo! :up:

Le plus dur, effectivement, c'est pas de prendre la route, mais d'apprendre à renoncer à la prendre.
"Pour vivre heureux (et vieux), marchons invisible et silencieux"

"Le courage est le juste milieu entre la peur et l'audace"

"Je marche au pas de Loup"

21 mai 2012 à 18:40:23
Réponse #7

Nirgoule


Il est parfois difficile pour soi-même de prendre la bonne décision, à savoir celle qui correspond à nos capacités face à une situation donnée.
En ce qui te concerne, à te lire : tu as fait le bon choix. Peut être un peu tard, mais sans ce « un peu tard » tu n’aurais pas appris et ressenti autant le danger. Pas seulement dans la technique de progression sur névé, mais plus encore dans l’orientation en plein brouillard. Carte, boussole, altimètre. Se retourner souvent, prendre des points de repères pour le retour. Progresser le doigt sur la carte, prendre des caps. Pourquoi pas un GPS.

Maintenant quelle attitude adopter vis-à-vis des autres ? Sont ils en danger ou est-ce notre propre inquiétude qui nous donne ce sentiment par projection?
 
Il y a des locaux qui aiment se promener en sandales parce qu’ils considèrent avoir fait suffisamment de montagne pour s’affranchir de certaines règles de prudence. Il y a aussi les inconscients qui ne connaissent rien et ne prennent aucune précaution.
Cela les regarde, s’ils se blessent j’irais les secourir si ma vie n’est pas mise en danger. Sinon qu’ils fassent leur expérience. Sur ce coup là, tu as plus appris qu’eux.
Eux, ils recommenceront mais ils n’auront pas toujours un ange gardien pour les siffler.

En tout cas merci pour le récit.
"Vous les français vous ne doutez jamais de rien."
"Je doute toujours mais je ne désespère jamais." Maigret

21 mai 2012 à 22:16:25
Réponse #8

Arvernos


Bravo Raphaël, il est évident que tu as pris la bonne décision. Même si ce n'était sans doute pas aussi évident 'en live'.

Pour tes deux nouveaux "amis" ::), aussi polis que pressés, ils ne sont que l'illustration de la grandeur de l'espèce humaine. Mais qu'ils continuent comme ça, et malheureusement pour eux (ou pour les sauveteurs qui seront mobilisés à cause d'eux) la Montagne fera le tri un jour ou l'autre.
Se mettre en évidence est à la portée du premier venu. Mais il faut beaucoup de talent pour passer inaperçu.
                                            Robert Heinlein, Double Etoile

Il n'y a guère d'homme assez habile pour connaître tout le mal qu'il fait.
                                                                 François de La Rochefoucauld

Quand on n'a aucune chance... alors il faut la saisir !

21 mai 2012 à 23:14:59
Réponse #9

CyrilH


Quelque soit la situation, je ne pense pas que le choix de la sécurité puisse être le mauvais choix.
Quant aux promeneurs du dimanche, ce sont surement eux qui jettent des paquets de clopes au milieu des chemins. Laisses les donc crever.  ;D

Les photos sont magnifiques.

 


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Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
avec bienveillance, curiosité et un appétit pour le dialogue et la réflexion que l'interlocuteur peut susciter. »


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