Peut-on faire partager une émotion? A mon tour.
Quel rapport entre survie et poésie? La poésie, quand elle touche l'âme et l'homme, ne donne-t-elle pas des motifs à survivre à des situations ordinaires ou épouvantables?
Voici quelques textes parmi mes préférés (j'espère que vous apprécierez l'éclectisme...), en prose ou vers:
"Qu'est-ce donc que la poésie? Bien savant qui le dira. Qu'est-ce que l'âme? [...] Lorsqu'un poème, ou simplement un vers provoque chez le lecteur une sorte de choc, le tire hors de lui-même, le jetant dans le rêve, ou au contraire le contraint à descendre en lui plus profondément jusqu'à le confronter avec l'être et le destin, à ces signes se reconnaît la réussite poétique."
Georges Pompidou, Anthologie de la poésie française, LGF éd., 1961
Le blason
Ayant avecques lui toujours fait bon ménage,
J'eusse aimé célébrer, sans être inconvenant,
Tendre corps féminin, ton plus bel apanage,
Que tous ceux qui l'ont vu disent hallucinant.
C'eût été mon ultime chant, mon chant du cygne,
Mon dernier billet doux, mon message d'adieu.
Or, malheureusement, les mots qui le désignent
Le disputent à l'exécrable, à l'odieux.
C'est la grande pitié de la langue française.
C'est son talon d'Achille et c'est son déshonneur,
De n'offrir que des mots entachés de bassesse
A cette incomparable instrument de bonheur.
Alors que tant de fleurs ont des noms poétiques,
Tendre corps féminin, c'est fort malencontreux
Que ta fleur la plus douce et la plus érotique
Et la plus enivrante en ait de plus scabreux.
Mais le pire de tous est un petit vocable
De trois lettres, pas plus, familier, coutumier.
Il est inexplicable il est irrévocable
Honte à celui-là qui l'employa le premier
Honte à celui-là qui, par dépit, par gageure,
Dota du même terme, en son fiel venimeux,
Ce grand ami de l'homme et la cinglante injure,
Celui-là, c'est probable, en était un fameux.
Misogyne à coup sûr, asexué sans doute,
Au charmes de Vénus absolument rétif,
Etait ce bougre qui, toute honte bu', toute,
Fit ce rapprochement, d'ailleurs intempestif.
La malpeste soit de cette homonymie !
C'est injuste, madame, et c'est désobligeant
Que ce morceau de roi de votre anatomie
Porte le même nom qu'une foule de gens.
Fasse le ciel qu'un jour, dans un trait de génie,
Un poète inspiré, que Pégase soutient,
Donne, effaçant d'un coup des siècles d'avanie,
A cette vrai' merveille un joli nom chrétien
En attendant, madame, il semblerait dommage,
Et vos adorateurs en seraient tous peinés,
D'aller perdre de vu' que, pour lui rendre hommage,
Il est d'autre moyen et que je les connais,
Et que je les connais.
G. Brassens, Poèmes et Chansons, Seuil éd., 1973.
La Prière
Cette prière fut écrite par l'aspirant Zirnheld tombé en Lybie en 1942, puis adaptée pour devenir chant de tradition de l'EMIA.
Mon Dieu, mon Dieu, donne moi la tourmente
Donne moi la souffrance
Donne moi l'ardeur au combat
Mon Dieu, mon Dieu, donne moi la tourmente
Donne moi la souffrance
Et puis la gloire au combat
Mon Dieu, mon Dieu, donne moi la tourmente
Donne moi la souffrance
Donne moi l'ardeur au combat
Mon Dieu, mon Dieu, donne moi la tourmente
Donne moi la souffrance
Et puis la gloire au combat
Ce dont les autres ne veulent pas
Ce que l'on te refuse
Donne moi tout cela, oui tout cela
Je ne veux ni repos ni même la santé
Tout ça, mon Dieu, T'es assez demandé
Mais donne moi
Mais donne moi
Mais donne moi la foi, donne moi force et courage
Mais donne moi la foi, donne moi force et courage
Mais donne moi la foi
Pour que je sois sûr de moi
Donne moi la tourmente
Donne moi la souffrance
Donne moi l'ardeur au combat
Mon Dieu, mon Dieu, donne moi la tourmente
Donne moi la souffrance
Et puis la gloire au combat.
"A Bordeaux, Baptiston fit l'emplette de lunettes noires, les dernières de la ville. Dans l'effarant grouillement où se cotoyaient soldats à bout de course et civils à court de bourse, personne ne tenait à se faire reconnaître".
A. Blondin, L'Europe Buissonnière, La Table Ronde éd., 1953
Et il y en a tant d'autres...
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