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Auteur Sujet: Quelques tonnes de poésie...  (Lu 7026 fois)

10 octobre 2006 à 15:16:11
Lu 7026 fois

nix


Salutatousse

dans le feu forum existait un fil
a la poésie consacré

pour faire un digne pendant au débat sur les système d'armes

je relance l'objet:

D'un trafiquant d'armes:

L'étoile a pleuré rose au cœur de tes oreilles,
L'infini roulé blanc de ta nuque à tes reins
La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles
Et l'Homme saigné noir à ton flanc souverain.

ce quatrain est pour moi l'absolu

10 octobre 2006 à 15:34:42
Réponse #1

corwyn


Des armes, des chouettes, des brillantes
Des qu'il faut nettoyer souvent pour le plaisir
Et qu'il faut caresser comme pour le plaisir
L'autre, celui qui fait rêver les communiantes

Des armes bleues comme la terre
Des qu'il faut se garder au chaud au fond de l'âme
Dans les yeux, dans le cœur, dans les bras d'une femme
Qu'on garde au fond de soi comme on garde un mystère

Des armes, au secret des jours
Sous l'herbe, dans le ciel et puis dans l'écriture
Des qui vous font rêver très tard dans les lectures
Et qui mettent la poésie dans les discours

Des armes, des armes, des armes
Et des poètes de service à la gâchette
Pour mettre le feu aux dernières cigarettes
Au bout d'un vers français brillant comme une larme
(Léo Ferré)
La pauvreté des moyens engendre la richesse du résultat.
-------------------------------------------------------
Contrairement aux chasseurs qui, eux, ne sont pas des lapins, les pollueurs, eux, sont des ordures.

10 octobre 2006 à 17:44:31
Réponse #2

cedx69


le plus bel Aiku que je connaisse
une grenouille,
une mare,
plouf...

10 octobre 2006 à 19:01:59
Réponse #3

Baptiste


Sinon, pour en revenir au sujet, personnellement, la poésie qui m'a le plus touchée, c'est le dormeur du val d'Arthur Rimbaud... Je l'ai apprise en 5ième, et je me rappelle à l'époque que nous avions eu du mal à comprendre la métaphore...

Pour le plaisir :

Citer
Le dormeur du val

C'est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

               Arthur Rimbaud
« Modifié: 09 novembre 2006 à 18:33:52 par Razak »
La vie est étrange parfois, on ne veut pas partir loin de ceux que l'on aime mais on ne veux pas non plus revenir en laissant ceux que l'on a appris à aimer...   Moi

10 octobre 2006 à 19:05:30
Réponse #4

cedx69


Dis donc toi t'es un peu lourd à la fin, lorsque j'aurai retrouvé les references du dit aiku, qui existe je les poste...
quant à la poésie classique j'ai un faible pour Byron

10 octobre 2006 à 19:16:25
Réponse #5

Diesel


Cherchons ici, ami(e)s poètes  ;D
http://pages.infinit.net/haiku/
Moi aussi j'aime les haiku mais c'est parfois très (trop?) subtil .  ;)

Un autre pas mal .

l'univers est un grand mystère
dit-il en regardant
un carré de poireaux

De Jean ANTONINI. Cherchez vous trouverez.  ;D

10 octobre 2006 à 19:48:37
Réponse #6

cedx69


le problème du aiku c'est que c'est TRES japonais, un peu comme le théatre nô.

10 octobre 2006 à 20:10:28
Réponse #7

Diesel


Toi tu es parti pour me proposer un rôle d'onagata.  ;D

Ne rêve pas Cedx  ;)

Ce n'est pas parce qu'on aime passer du temps dans les bois qu'on ne connait le théatre Nô. Petit coquin va.  ;D

Bon, on va arrêter de leur pourrir leur message, j'aime aussi la poésie. On est totalement HS depuis qu'on est sorti des haiku.  ;)

10 octobre 2006 à 20:15:26
Réponse #8

cedx69


Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l'unisson
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare

ce passage d'Aragon "il n'y a pas d'amour heureux" me parle bien

11 octobre 2006 à 09:55:24
Réponse #9

corwyn


Bon alors dans l'haiku j'aime bien celui-ci
    sur l'écran télé
    un jeune enfant prend un zèbre
    pour un code-barres

Sinon Baudelaire étant un de mes poètes préféré...élévation

    Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
    Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
    Par delà le soleil, par delà les éthers,
    Par delà les confins des sphères étoilées,

    Mon esprit, tu te meus avec agilité,
    Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde,
    Tu sillonnes gaiement l'immensité profonde
    Avec une indicible et mâle volupté.

    Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides;
    Va te purifier dans l'air supérieur,
    Et bois, comme une pure et divine liqueur,
    Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

    Derrière les ennuis et les vastes chagrins
    Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse,
    Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse
    S'élancer vers les champs lumineux et sereins;

    Celui dont les pensers, comme des alouettes,
    Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
    - Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
    Le langage des fleurs et des choses muettes!
La pauvreté des moyens engendre la richesse du résultat.
-------------------------------------------------------
Contrairement aux chasseurs qui, eux, ne sont pas des lapins, les pollueurs, eux, sont des ordures.

13 octobre 2006 à 17:16:53
Réponse #10

kazar


le plus bel Aiku que je connaisse
une grenouille,
une mare,
plouf...

Trés bon Cedx!  :doubleup:

-----------------------------------------------------------------

Florent Pagny : "Et un jour une femme"   
Paroles et Musique: Lionel Florence, Pascal Obispo   2000  "Châtelet Les Halles" © Atlético Music
     

"D'avoir passé des nuits blanches à rêver
Ce que les contes de fées vous laissent imaginer
D'avoir perdu son enfance dans la rue
Des illusions déçues passer inaperçu

D'être tombé plus bas que la poussière
et à la terre entière
En vouloir puis se taire
D'avoir laissé jusqu'à sa dignité
Sans plus rien demander
qu'on vienne vous achever

{Refrain1:}
Et un jour une femme
dont le regard vous frôle
Vous porte sur ses épaules
Comme elle porte le monde
Et jusqu'à bout de force
Recouvre de son écorce
Vos plaies les plus profondes
Puis un jour une femme
Met sa main dans la votre
Pour vous parler d'un autre
Parce qu'elle porte le monde
Et jusqu'au bout d'elle même
Vous prouve qu'elle vous aime
Par l'amour qu'elle inonde

Jour après jour vous redonne confiance
De toute sa patience
Vous remet debout
Trouver en soi un avenir peut-être
Et surtout l'envie d'être
ce qu'elle attend de vous

{Refrain2:}
Et un jour une femme
dont le regard vous frôle
Vous porte sur ses épaules
Comme elle porte le monde
Et jusqu'à bout de force
Recouvre de son écorce
Vos plaies les plus profondes
Vos plaies les plus profondes
Et un jour une femme
Met sa main dans la votre
Pour vous parler d'un autre
Parce qu'elle porte le monde
Et jusqu'au bout d'elle même
Vous prouve qu'elle vous aime
Par l'amour qu'elle inonde
Par l'amour qu'elle inonde

Et un jour une femme
Dont le regard vous touche
Porte jusqu'à sa bouche
Le front d'un petit monde
Et jusqu'au bout de soi
Lui donne tout ce qu'elle a
Chaque pas chaque seconde
Et jusqu'au bout du monde
Jusqu'au bout du monde

{Parlé:}
Jusqu'au bout du monde
Parce qu'elle porte le monde"

13 octobre 2006 à 22:53:36
Réponse #11

zoltan charles henderson


Celui qui, ou que j'aille, me suit, me hante, me réchauffe....

"Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'Inconsolé,
Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Etoile est morte, - et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s'allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J'ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène...

Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée."

G de Nerval :  El Desdichado



16 octobre 2006 à 22:51:35
Réponse #12

kazar


Petit montage perso d'après G. de Nerval, Leconte de Lisle et V. Hugo :
 
 
"Au bord de la mer déserte et nocturne
Se tient un jeune homme,
Le coeur rempli de doute,
Et d'un air morne il dit aux flots:
 
O expliquez-moi l'énigme de la vie,
La douloureuse et vieille énigme
Qui a tourmenté tant de têtes:
Têtes en turbans et en bonnets carrés,
Têtes coiffées de mitres,
Et tant d'autres pauvres têtes humaines.
Dites-moi ce que signifie l'homme!
D'où il vient!  Où il va!
Y a-t'il quelqu'un, là-haut, derrière les étoiles dorées?
 
Les vagues murmurent leur éternel murmure,
Les nuages fuient, les étoiles scintillent,
Froides et indifférentes...
Et un fou attend une réponse.
 
 
Car il le sait bien que...
Tout... Tout disparaîtra, sans échos et sans traces,
Avec le souvenir du monde jeune et beau.
Les siècles scelleront dans le même tombeau
L'illusion divine et la rumeur des races.

Le soleil, vieil ami des antiques chanteurs,
Père des bois, des blés, des fleurs et des rosées,
Eteindra brusquement ses flammes épuisées,
Comme un feu de berger perdu sur les hauteurs.

La terre desséchée et morte,
Bloc stérile arraché de son immense orbite,
Contre quelque univers immobile en sa force
Défoncera sa vieille et misérable écorce,
Et, laissant ruisseler par mille trous béants
Sa flamme intérieure avec ses océans,
Ira fertiliser de ses restes immondes
Les sillons de l'espace où fermentent les mondes.

Et, d'heure en heure aussi, vous vous engloutirez,
Ô tourbillonnements d'étoiles éperdues,
Dans l'incommensurable effroi des étendues,
Dans les gouffres muets et noirs des cieux sacrés !

Et ce sera la Nuit aveugle, la grande Ombre
Informe, dans son vide et sa stérilité,
L'abîme pacifique où gît la vanité
De ce qui fut le temps et l'espace et les hommes.

 
Mais le jeune homme attendait toujours une réponse...
 
 
Et une nuit,
Psyché est entrée dans sa chambre.
Et le fou a demandé à ce papillon :

" Nomme-moi la chose sacrée.
" Est-ce l'ombre ? est-ce le rayon ?
" Est-ce la musique des lyres ?
" Est-ce le parfum de la fleur ?
" Quel est entre tous les délires
" Celui qui fait l'homme meilleur ?

" Quel est l'encens ? quelle est la flamme ?
" Et l'organe de l'avatar,
" Et pour les souffrants le dictame,
" Et pour les heureux le nectar ?

" Enseigne-moi ce qui fait vivre,
" Ce qui fait que l'oeil brille et voit !
" Enseigne-moi l'endroit du livre
" Où Dieu pensif pose son doigt.

" Qu'est-ce qu'en sortant de l'Érèbe
" Dante a trouvé de plus complet ?
" Quel est le mot des sphinx de Thèbe
" Et des ramiers du Paraclet ?

" Quelle est la chose, humble et superbe,
" Faite de matière et d'éther,
" Où Dieu met le plus de son verbe
" Et l'homme le plus de sa chair ?

" Quel est le pont que l'esprit montre,
" La route de la fange au ciel,
" Où Vénus Astarté rencontre
" À mi-chemin Ithuriel ?

" Quelle est la clef splendide et sombre,
" Comme aux élus chère aux maudits,
" Avec laquelle on ferme l'ombre
" Et l'on ouvre le paradis ?

" Qu'est-ce qu'Orphée et Zoroastre,
" Et Christ que Jean vint suppléer,
" En mêlant la rose avec l'astre,
" Auraient voulu pouvoir créer ?

" Puisque tu viens d'en haut, déesse,
" Ange, peut-être le sais-tu ?
" Ô Psyché ! quelle est la sagesse ?
" Ô Psyché ! quelle est la vertu ?

" Qu'est-ce que, pour l'homme et la terre,
" L'infini sombre a fait de mieux ?
" Quel est le chef-d'oeuvre du père ?
" Quel est le grand éclair des cieux ?


Posant sur mon front, sous la nue,
Ses ailes qu'on ne peut briser,
Entre lesquelles elle est nue,
Psyché m'a dit : C'est le baiser."

16 octobre 2006 à 23:26:53
Réponse #13

zoltan charles henderson


Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s'en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

F.Villon LA ballade des pendus

L' Albatros

 Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.



Baudelaire, Les fleurs du mal
 




09 novembre 2006 à 15:26:15
Réponse #14

kazar


Gilbert Bécaud     

À chaque enfant qui naît

A chaque enfant qui naît, le monde recommence,
Le monde recommence, recommence avec lui,
Et cet enfant qui vient du ventre de sa mère
Au ventre de la terre donnera bien du soleil.

{Refrain:}
Pousse ta charrette, va,
Courbe le dos, mais lève la tête;
Et plus la montagne est haute, plus c'est beau.

Et le voilà parti sur ses petites jambes
Sur des routes trop grandes, bien trop grandes pour lui.
Et le voilà grandi, il a les joues qui piquent,
Il fume de la musique et part pour New Delhi.

{Refrain}

Il laisse les parents accumuler les traites,
Cotiser la retraite, survivre dignement,
Et lui se rend léger comme un oiseau à voiles
Qui monte jusqu'aux étoiles pour n'en plus retomber.
Et de mille métiers en mille misères,
Et d'herbes douces en arc-en-ciel
Il devient presque intemporel.
Pourtant il sait déjà que son voyage éclatera :
Entre une femme et un enfant il meurt content.

A chaque enfant qui naît le monde recommence,
Le monde recommence, recommence sans lui.
Mais son enfant vivra, il vivra comme lui,
Et la boucle est bouclée.


http://www.youtube.com/watch?v=PzE-P_wFA0g&NR

09 novembre 2006 à 18:36:38
Réponse #15

Baptiste


L'Albatros de Baudelaire :

Citer
Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à coté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!

Le Poête est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

La vie est étrange parfois, on ne veut pas partir loin de ceux que l'on aime mais on ne veux pas non plus revenir en laissant ceux que l'on a appris à aimer...   Moi

09 novembre 2006 à 18:38:10
Réponse #16

Baptiste


Et un poême de Baudelaire que je ne connaissais pas et que je trouve odorant !  ;)

La Charogne

Citer
Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d'été si doux :
Au détour d'un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d'exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande nature
Tout ce qu'ensemble elle avait joint ;

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s'épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l'herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D'où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.

Tout cela descendait, montait comme une vague,
Ou s'élançait en pétillant ;
On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague,
Vivait en se multipliant.

Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l'eau courante et le vent,
Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.

Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve,
Une ébauche lente à venir,
Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève
Seulement par le souvenir.

Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d'un oeil fâché,
Épiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu'elle avait lâché.

Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
Étoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion !

Oui ! telle vous serez, ô reine des grâces,
Après les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses.
Moisir parmi les ossements.

Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j'ai gardé la forme et l'essence divine
De mes amours décomposés !

La vie est étrange parfois, on ne veut pas partir loin de ceux que l'on aime mais on ne veux pas non plus revenir en laissant ceux que l'on a appris à aimer...   Moi

09 novembre 2006 à 18:44:45
Réponse #17

zoltan charles henderson


Ce sont mes deux préférés de Charlie Beau de l'Air  ;D Merci Razak  :)

09 novembre 2006 à 18:52:53
Réponse #18

Baptiste


De rien !
Tu vas peut être pouvoir m'éclairer, j'ai pas très bien compris le sens caché de La Charogne...  ;)
La vie est étrange parfois, on ne veut pas partir loin de ceux que l'on aime mais on ne veux pas non plus revenir en laissant ceux que l'on a appris à aimer...   Moi

09 novembre 2006 à 19:51:55
Réponse #19

kazar


"Puisque le temps détruit le réel, le poète le recompose par l’écrit et la création d’un autre monde, sublimé : la fonction de l’art.

Baudelaire montre par l’exemple de cette description de la charogne la technique qui est la sienne pour recréer la beauté à partir de la décomposition. Il outre cette décomposition par des procédés hyperboliques (exagérations des horreurs décrite) pour mieux expliquer son travail de recomposition par l’écriture et la sublimation
Le poète reconstitue « l’essence divine » de ce que le réel, donc le temps, détruit : « les amours décomposées » sont recomposés dans le poème et l’univers qu’il réinvente. Son travail est celui de la reconstruction par la poésie de ce que le réel détruit."

Le beau dans la laideur/la laideur dans le beau

http://www.chez.com/bacfrancais/charogne.htm

http://fr.wikipedia.org/wiki/La_femme_dans_les_fleurs_du_mal

09 novembre 2006 à 23:47:31
Réponse #20

Corin


Peut-on faire partager une émotion? A mon tour.

Quel rapport entre survie et poésie? La poésie, quand elle touche l'âme et l'homme, ne donne-t-elle pas des motifs à survivre à des situations ordinaires ou épouvantables?
Voici quelques textes parmi mes préférés (j'espère que vous apprécierez l'éclectisme...), en prose ou vers:

"Qu'est-ce donc que la poésie? Bien savant qui le dira. Qu'est-ce que l'âme? [...] Lorsqu'un poème, ou simplement un vers provoque chez le lecteur une sorte de choc, le tire hors de lui-même, le jetant dans le rêve, ou au contraire le contraint à descendre en lui plus profondément jusqu'à le confronter avec l'être et le destin, à ces signes se reconnaît la réussite poétique."
Georges Pompidou, Anthologie de la poésie française, LGF éd., 1961


Le blason

Ayant avecques lui toujours fait bon ménage,
J'eusse aimé célébrer, sans être inconvenant,
Tendre corps féminin, ton plus bel apanage,
Que tous ceux qui l'ont vu disent hallucinant.

C'eût été mon ultime chant, mon chant du cygne,
Mon dernier billet doux, mon message d'adieu.
Or, malheureusement, les mots qui le désignent
Le disputent à l'exécrable, à l'odieux.

C'est la grande pitié de la langue française.
C'est son talon d'Achille et c'est son déshonneur,
De n'offrir que des mots entachés de bassesse
A cette incomparable instrument de bonheur.

Alors que tant de fleurs ont des noms poétiques,
Tendre corps féminin, c'est fort malencontreux
Que ta fleur la plus douce et la plus érotique
Et la plus enivrante en ait de plus scabreux.

Mais le pire de tous est un petit vocable
De trois lettres, pas plus, familier, coutumier.
Il est inexplicable il est irrévocable
Honte à celui-là qui l'employa le premier

Honte à celui-là qui, par dépit, par gageure,
Dota du même terme, en son fiel venimeux,
Ce grand ami de l'homme et la cinglante injure,
Celui-là, c'est probable, en était un fameux.

Misogyne à coup sûr, asexué sans doute,
Au charmes de Vénus absolument rétif,
Etait ce bougre qui, toute honte bu', toute,
Fit ce rapprochement, d'ailleurs intempestif.

La malpeste soit de cette homonymie !
C'est injuste, madame, et c'est désobligeant
Que ce morceau de roi de votre anatomie
Porte le même nom qu'une foule de gens.

Fasse le ciel qu'un jour, dans un trait de génie,
Un poète inspiré, que Pégase soutient,
Donne, effaçant d'un coup des siècles d'avanie,
A cette vrai' merveille un joli nom chrétien

En attendant, madame, il semblerait dommage,
Et vos adorateurs en seraient tous peinés,
D'aller perdre de vu' que, pour lui rendre hommage,
Il est d'autre moyen et que je les connais,
Et que je les connais.
G. Brassens, Poèmes et Chansons, Seuil éd., 1973.


La Prière

Cette prière fut écrite par l'aspirant Zirnheld tombé en Lybie en 1942, puis adaptée pour devenir chant de tradition de l'EMIA.

Mon Dieu, mon Dieu, donne moi la tourmente
Donne moi la souffrance
Donne moi l'ardeur au combat
Mon Dieu, mon Dieu, donne moi la tourmente
Donne moi la souffrance
Et puis la gloire au combat
Mon Dieu, mon Dieu, donne moi la tourmente
Donne moi la souffrance
Donne moi l'ardeur au combat
Mon Dieu, mon Dieu, donne moi la tourmente
Donne moi la souffrance
Et puis la gloire au combat
Ce dont les autres ne veulent pas
Ce que l'on te refuse
Donne moi tout cela, oui tout cela
Je ne veux ni repos ni même la santé
Tout ça, mon Dieu, T'es assez demandé
Mais donne moi
Mais donne moi
Mais donne moi la foi, donne moi force et courage
Mais donne moi la foi, donne moi force et courage
Mais donne moi la foi
Pour que je sois sûr de moi
Donne moi la tourmente
Donne moi la souffrance
Donne moi l'ardeur au combat
Mon Dieu, mon Dieu, donne moi la tourmente
Donne moi la souffrance
Et puis la gloire au combat.


"A Bordeaux, Baptiston fit l'emplette de lunettes noires, les dernières de la ville. Dans l'effarant grouillement où se cotoyaient soldats à bout de course et civils à court de bourse, personne ne tenait à se faire reconnaître".
A. Blondin, L'Europe Buissonnière, La Table Ronde éd., 1953

Et il y en a tant d'autres...

A+
« Modifié: 10 novembre 2006 à 00:10:32 par Corin »

16 janvier 2007 à 19:40:01
Réponse #21

kazar


A notre société, bouffie d'"humanisme", dont l'économie envoie au rebut les travailleurs d'un certain âge :


Le coup d'archet du maître

Il portait la marque des ans
Quand on le sortit du grenier
Et le petit violon usé
Se trouva offert à l'encan.
Dix francs, dix francs
Quinze, vingt, qui dit mieux
Vingt francs pour monsieur
Un violon pour vingt francs.
Trente francs, qui dit mieux
Trente francs une fois
Trente francs deux fois...
Paraît alors un petit vieux
Qui s'approche de l'instrument
L'essuie, retend les cordes
Les écoute vibrer, les accorde,
Et saisit l'archet de crin blanc.

La musique qu'on entendit
Était si pure et si magique
Si pleine de notes angéliques
Que, quand le vieil homme eut fini,
Les enchères du violon
Dans un climat soudain fébrile
Reprirent à cent, puis deux cent mille,
Cinq cent mille francs, puis un million.

Quand le violon fut adjugé
Deux millions net, archet compris
Sur les visages ébahis
On vit des larmes s'éponger
Quelques sceptiques demandèrent
Pourquoi le sublime instrument
N'avait mérité que dix francs
Avant que montent les enchères.

Le commissaire sans détour
Avoua étreint par l'émotion
Qu'à sa première évaluation
Il était complètement sourd
Mais la main de la providence
Et l'archet d'un maître avisé
Dans l'âme du violon usé
Avaient fait chanter le silence.

Il en va ainsi chez tous ceux
Que dévaluent les préjugés
À l'encan d'une société
Dont les exclus, pauvres ou vieux
Ont l'âme muette et meurtrie
Des violons de nos greniers
Et meurent injustement reniés
En proie à la mélancolie.

Mais qu'un virtuose incendiaire
Sur leur âme vienne déposer
Le crin blanc d'un ludique archet
Et ils brûlent d'un feu exemplaire
Tous ces violons et violoncelles
Qu'on croit pathétiques et muets
Alors que pour les allumer
Il suffisait d'une étincelle.

Adaptation française de The Touch of the Master's Hand de Myra Brooks Welch, par D. Laguitton, 1999

16 janvier 2007 à 20:50:19
Réponse #22

Mussblatter


Salut,

en voila un que j'aime bien qui est un peu philosophique  ;)



Amicalement Mussblatter.

 


Keep in mind

Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
avec bienveillance, curiosité et un appétit pour le dialogue et la réflexion que l'interlocuteur peut susciter. »


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