La vraie survie dans ce reportage, c'est bien celle de ce savoir-faire artisanal, cantalou ou thiernois, mis en péril par les importations d'ersatz asiatiques ou pakistanais. C'est pas Patrick qui me contredira sur ce point !
J'ai visionné ce document sur Arte....et personnellement je n'analyse pas les choses comme toi. Il m'a semblé que le vrai péril ce n'est pas les chinois/pakistanais, c'est le manque d'innovation de ces couteliers. Je m'explique.
Ils cherchent (ou plutôt ils revendiquent) à sauvegarder, ad libitum, une "tradition" quelque peu idéalisée à l'identique. Or, est-ce que cela à un sens en 2010 de vouloir absolument fabriquer un produit des années 1900 ?
On observe alors deux "déviances" :
- la réalisation de superbes Laguioles par Beillonet et Dumousset*...en fait des produits de super luxe totalement éloignés dans l'esprit des couteaux très humbles des paysans du passé. Ce sont des œuvres d'art, pas réellement des couteaux.
- la réalisation de couteaux assez quelconques dont la seule qualité/différence c'est d'être (plus ou moins) fabriqué à Laguiole ou à Thiers. Heureusement que la concurrence asiatique est très "low cost" car si elle le voulait elle ferait des couteaux fonctionnellement et qualitativement identiques à ceux fabriqués à Laguiole...avec certainement des coûts moindres.
Pour moi, la "Tradition" c'est de faire des couteaux adaptés à notre époque comme l'étaient ceux du passé à leur époque. C'est à dire fonctionnellement améliorés (qualité des lames, des matériaux...) et adaptés à notre époque.
La Tradition ne consiste pas au XXIème siècle à imiter ceux du XIXème. Pas plus que les gens du XIXème imitaient ceux du XVIIème siècle. Les créateurs du Laguiole cherchaient à fournir le meilleur couteau possible aux utilisateurs avec les moyens et les matériaux dont ils disposaient à l'époque. La vraie Tradition serait de faire de même.
Ce que j'ai observé ce sont des gens qui répétaient (plus ou moins : machines à bandes, perceuses, acier inox....) de vieux procédés en espérant qu'une "Appellation d'Origine Contrôlé" (cela avait un autre nom...) allait leur apporter une protection que le produit en lui même ne leur permettait pas d'avoir. Un remake de la Ligne Maginot pour moi.
Certes, il y a un marché pour les produits "nostalgie/souvenir/authentiques" et dans ce cas c'est au marché de décider s'il est prêt à surpayer le cout pour avoir un couteau fait à Laguiole ou à Thiers. Mais c'est une petite niche et si la seule qualité c'est "d'être d'ici" le risque est grand de disparaitre.
En résumé : la tradition oui, mais toute la tradition : y compris l'esprit qui l'animait. J'ajouterais la tradition oui, mais seulement quand elle a du bon.
On n'est évidemment pas obligé de partager mon point de vue

* Cela ne m'empêche pas d'avoir été totalement étonné par la dextérité de Beillonet lors de sa réalisation d'un ouvre bouteille à partir d'une tige d'acier. Il façonnait la "visse", à l'oeil, directement sur un disque.
MAIS, en personne rationnelle je me dis qu'un tour (qui existe depuis 500 ans) aurait grandement facilité la tâche et je ne parle pas d'une machine à commande numérique. Ceci dit, si vous souhaitez m'en offrir un : MP.
