Bonjour,
Le sujet a une tendance naturelle à s'étendre aux méthodes générales générales d'apprentissage, à vouloir les comparer et à imaginer trouver les plus efficaces ...
Pour moi, il n'y a pas de méthode d'enseignement universelle.
On a de belles pédagogies décrites dans les livres.
J'en ai bouffé ...Je les ai même enseignées, à des candidats qui devaient passer des examens.
Mais, sur le terrain, il y a une grosse variable : l'apprenant!
C'est une "immense" variable!
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Pour revenir à l'apprentissage en auto-didacte, voici juste quelques réflexions personnelles.
1. Il y a toujours une part d'apprentissage personnel, de découverte "sur le terrain".
Sinon, un ingénieur serait "the king" dès sa sortie d'école.
Et il retomberait vite sur terre quand un ouvrier lui ferait la démonstration de la manière correcte et éprouvée de réaliser telle ou telle tâche ...
2. Personellement, je suis en très grande partie auto-didacte - en apparence.
En apparence, parce que dans la réalité, ce n'est pas tout seul que j'ai "appris à apprendre".
Il y a tout un contexte d'éducation générale, et - il ne faut pas l'oublier, des prédispositions individuelles.
Je me suis "exercé" tout seul pour commencer à voler aux instruments.
D'une manière ahurissante ...
De la plus mauvaise manière qui soit ...
D'une manière totalement illégale.
Je n'avais d'ailleurs pas d'autre choix, et j'ai saisi la première opportunité.
Mais non sans "réflexion" préalable, non sans avoir déterminé quelles étaient mes moyens de m'en sortir en cas de "perte de contrôle". Et pour cela, il y avait une connaissance théorique trouvée dans une revue, tout à fait fiable.
Et quelques discussions aussi au bar de l'aéro-club ...
Grâce à tout un "back-ground" j'étais en mesure d'apprécier la validité de cette information.
Par une autre partie de mon "back-ground", il allait de soi que j'utiliserais à bon escient mes "portes de sortie", sans panique ni hésitation.
Bref, ce fut épique (et non, je n'ai pas du sauter en parachute ...).
Pour Vieux Mora : c'était en planeur, en été, à une altitude confortable, hors traffic, avec un simple indicateur de virage ... mais en vrai nuage!
J'ai bien du accumuler une vingtaine de minutes de pratique, au fils de plusieurs "essais". Soit moins de 1% de ce qu'il faut pour être qualifié dans les règles.
Je ne recommanderais pas cette voie à n'importe qui, mais c'est celle que j'ai prise.
Quelque temps plus tard, cet apprentissage en dehors des clous m'a sauvé la vie (et celle de mon passager).
Trois cecondes de connerie (avec des excuses) et 3 secondes de génie ... histoire de faire mentir la signature de Karto!
3. Les apprentissages en autodidacte, les découvertes personnelles sont des expérience extrêment enrichissantes.
De l'histoire ahurissante de ces premières minutes de pilotage sans visibilité, d'avoir vu moi-même à quel point des connaissances vraiment minimales pouvaient "sauver des vies", ou au moins donner une chance, j'en ai fait, à un moment de ma carrière, un business!
Longtemps avant que cet entraînement ne devienne partie officielle du cursus de pilote privé.
Ai-je sauvé des vies? On ne le saura jamais.
Mais, un confrère instructeur qui restait dans les clous du programme officiel de l'époque a perdu l'occasion d'en sauver deux : un de ses élèves s'est tué lors du tout premier vol qu'il a effectué (avec une passagère), le jour même où il recevait sa licence.

4. L'apprentissage en auto-didacte peut produire de bien méchantes habitudes ... bien dangereuses quand il s'agit de mauvais gestes ...
Vu une fois un jeune garçon qui volait bien sur "Flight Sim".
Mais il s'est crashé sur mon système à moi ... parce que chez moi, un bouton (de trim) fonctionnait comme dans la réalité, tandis que le gamin avait configuré le sien à l'envers ... et il avait "volé" ainsi pendant une centaine d'heures.
5. Une longue pratique de l'instruction m'a appris que la théorie peut s'apprendre plus tard.
Qu'il vaut mieux "éduquer" en priorité les gestes, les perceptions physiques, les réflexes non instinctifs.
Pratiquer sur le terrain, acquérir le bon savoir faire, avant de s'encombrer le cerveau avec la théorie.
Développer l'intelligence du concret, avant celle de l'abstrait.
C'est plus cher, moins "facile", mais tellement plus durable!
6. Le savoir peut s'acquérir, et surtout se "compléter" par de multiples voies. Il y a tout intérêt à "confronter" les enseignements reçus.
L'auto-didacte devrait confronter ses "certitudes" avec celles de différents enseignements. Et surtout les compléter.
Il y a deux ans, j'ai encore appris deux ou trois choses, lors d'un stage de survie "premier degré"... Des détails, peut-être, mais qui ont leur importance.
Faut pas hésiter à changer de lecture, à changer d'instructeur, à aller lire un autre forum ...
À "pratiquer" avec d'autres personnes, et à en prendre de la graine, quelques fois!
Après, le tri sera bien instructif!
7. On ne peut pas ignorer/négliger l'expérience "collective".
Un individu isolé ne peut accumuler qu'une toute petite partie de l'expérience collective.
Dans bien des domaines, il existe des "institutions" qui facilitent la mise en commun et la communication de ce trésor.
Les revues professionnelles existent depuis longtemps et oeuvrent dans ce sens.
Les forums sérieux jouent ce rôle également, avec plus d'interractivité, mais aussi avec beaucoup plus de "bruit" ...
Voilà mes sept cents ...