Bonjour à tous,
avant de commencer j'aimerais remercier les participants de ce forum, que je suis depuis déjà pas mal de temps, pour toutes les informations utiles et les expériences que vous partagez.

N'ayant moi-même pas eu jusqu'ici de remarques vraiment dignes d'intérêt, je me suis toujours cantonné à la lecture.
Néanmoins il m'est arrivé il y a quelque temps une petite histoire que j'aimerais partager avec vous.
Cela s'est déroulé un dimanche soir vers minuit à la gare de Caen (pour ceux qui connaissent). Je rentrais d'un weekend à Paris chez des amis. Après être descendu du train je vais pour prendre le tram et rentrer chez moi, malheureusement le tram précédent vient juste de partir et il me faut attendre une petite demi-heure pour le suivant. Je m'assieds donc en attendant.
Au bout de quelques minutes, arrive sur le quai d'en face un individu (30-35 ans) à la démarche "incertaine" et avec une attitude qui, sans être réellement agressive, est pour le moins dominatrice. Il passe devant les quelques personnes présentes en les fixant du regard comme pour les mettre au défi de dire quelque chose. Personne ne faisant attention à lui, il commence alors à s'en prendre à un malheureux SDF qui s'est assis là pour attendre le lendemain. Je l'entends le traiter d'enf**** et lui dire de lui laisser sa place. Deux personnes assises sur le banc d'à coté essaient de calmer le jeu en lui proposant leurs propres places, sans succès.
Moi, toujours à bonne distance sur mon quai et sentant la situation partir en vrille, je prends mon téléphone pour appeler la police mais à ce moment un tram arrive sur le quai d'en face. Tout le monde monte dedans sauf l'individu en question qui reste seul sur le quai. Je me dis que l'incident est clos et que le monsieur va aller cuver son vin ailleurs, je range mon téléphone dans ma poche.
Comme vous l'aurez sans doute deviné, loin de s'en aller, le monsieur traverse la voie et vient vers moi. Trop tard pour appeler la police sans qu'il le remarque, il va falloir gérer.

Pas très à l'aise mais ne voulant pas lui laisser le contrôle de la situation, je décide de prendre les devants. Lorsqu'il arrive près de moi je le regarde droit dans les yeux et lui lance d'un ton le plus neutre possible un simple "salut!", histoire de lui faire comprendre que je ne cherche pas la confrontation mais que je ne suis pas intimidé.
Et là, étonnamment, son attitude change complètement. Il devient "amical" et la discussion s'engage. Ses propos sont assez confus, il me dit qu'il a bu "quelques" verres (ce que j'avais compris tout seul) et également consommé d'autres substances. Je précise que je suis resté assis, je ne me suis pas levé de mon banc lorsqu'il s'est approché par peur qu'il prenne ce geste comme un signe d'hostilité. Je me suis toutefois mis dans une position qui me permette de me relever très rapidement en cas de réaction brusque et agressive de sa part.
Cette position assise, alors que lui est debout à environ 1m50 face à moi, me permet de jeter un coup d'œil discret à sa ceinture et à ses poches afin de rechercher la présence d'un éventuel couteau. Il ne semble pas y en avoir, cela me rassure un peu. De plus, étant donné son état, je pense que je n'aurais pas trop de mal à le maitriser si cela devait dégénérer (il tient à peine debout). Mais je n'ai pas envie d'en arriver là car malgré tout un mauvais coup est vite pris.
Il se montre bavard et me raconte des choses sans queue ni tête. Je m'efforce d'avoir l'air intéressé par ce qu'il raconte et essaie de le relancer lorsqu'il s'arrête. Mon intention est bien entendu de lui occuper l'esprit et de garder son attention focalisée sur moi plutôt que sur l'autre personne présente, à savoir une jeune femme.
Cela marche bien, il est de plus en plus détendu en apparence, me dit qu'il me trouve sympa et va jusqu'à me passer son bras autour des épaules. Là, clairement, il va trop loin. Je le lui fais comprendre en dégageant doucement mais fermement sa main et cette fois je me lève de façon à pouvoir conserver facilement une certaine distance entre nous deux mais je continue à discuter avec lui.
Encore quelques minutes s'écoulent (une quinzaine depuis le début de l'histoire) et mon tram arrive enfin. Je monte dedans, pensant que je vais enfin être tranquille mais il me suit, m'expliquant qu'il retourne à sa voiture. Me voici donc parti pour un nouveau quart d'heure de blabla.

L'ennui c'est que je commence à ne plus trop savoir quoi dire et que lui est toujours assez instable. Pour preuve, le seul court instant où il y a eu un blanc dans notre "conversation", il en a profité pour apostropher une jeune demoiselle assise non loin de nous. Je lui demande où est garée sa voiture et essaie de me débarrasser de lui en lui faisant croire qu'il la rejoindra plus vite en descendant à la prochaine station. Malheureusement il détecte la supercherie et commence à s'énerver. Je fais vite marche arrière en lui disant qu'effectivement, ne prenant pas souvent le tram, j'ai mal évalué notre position. Il se calme.
Finalement on arrive à son arrêt, il me sert la main, me souhaite une bonne soirée et descend. Moi je me pose enfin sur un siège, soulagé qu'il n'y ait pas eu de casse.
Pour conclure, je dirais que je suis assez satisfait de la façon dont j'ai géré les choses puisque au final il n'y a eu aucune violence et personne n'a été blessé alors que cela s'annonçait plutôt mal. J'ai joué la carte du copain et cela a bien fonctionné, la clé ayant été de parler et de le faire parler
sans discontinuer pendant une grosse demi-heure (pas si facile lorsque son interlocuteur est complètement cramé et qu'on ne comprend pas la moitié de ce qu'il dit).
Voilà donc ma petite histoire, un gros merci (à nouveau) à ce forum, les articles que j'y ai lus m'ont bien aidé à rester calme et à appréhender la situation, en particulier ceux sur la désescalade car je ne sais pas si j'aurais eu l'idée d'engager la conversation si je ne les avais pas lus.
J'espère ne pas avoir été rébarbatif en écrivant un article aussi long, mais j'ai voulu rendre compte le plus fidèlement possible de la situation et de mon ressenti.
Vos remarques sont les bienvenues, notamment sur un point qui me titille :
Je me demande si je n'aurais pas dû appeler la police après qu'il eut quitté le tram.
Sur le moment j'étais vraiment naze, après le long week end de marche dans Paris et le trajet en train, je n'avais envie que d'une douche et d'une bonne nuit. Je me suis dit qu'après tout je n'étais pas Batman et que j'avais déjà fait ma part en faisant en sorte que cela se passe bien pour moi et les personnes présentes à l'arrêt de tram puis dans le tram lui-même. Cependant je n'ai pu m'empêcher de ressentir un léger malaise le lendemain en pensant qu'il aurait pu s'en prendre à d'autres personnes ou causer un accident si réellement il a pris sa voiture (ce dont je doute).

Et maintenant je vous rends l'antenne, à vous les studios.