Moi, ce qui me frappe dans la vidéo proposée, en essayant de prendre un peu de recul par rapport au montage et à la production, forcément orientés, du magazine concerné, c'est quand même l'invraisemblance ou le caractère au moins très équivoque, de la situation mise en scène...
Et il me semble que ça peut expliquer beaucoup de flottements dans les réactions des gens, même si dans le doute, mieux vaut certainement alerter la police (certains passants l'ont apparemment fait, selon les commentateurs).
Je m'explique.
Les circonstances, tout d'abord, sont invraisemblables pour correspondre au pire scenario, celui d'un enlèvement d'enfant : un kidnappeur d'enfant tenterait-il le coup en plein jour, en centre-ville, dans un lieu fréquenté, sans véhicule à proximité, et aussi lentement, en laissant crier l'enfant aussi longtemps ?
Un prédateur utilisant la force assommerait plus vraisemblablement l'enfant immédiatement pour l'embarquer aussitôt dans un véhicule, un autre utilisant la ruse le ferait sans s'exposer au risque que l'enfant donne l'alerte en terrain découvert...
Le jeu de la petite fille ne me semble d'ailleurs pas très crédible : elle ne me paraît pas suffisamment pétrifiée ou hurlante pour donner l'impression d'être dans une situation vraiment critique (j'ai des enfants à peu près du même âge et vois ce que ça peut déjà donner dans des hypothèses bien moins dramatiques)...
Ce qu'elle dit peut être parfaitement compatible avec l'hypothèse d'un caprice ou d'un conflit d'autorité par exemple dans une famille recomposée ou pour un enfant placé en famille d'accueil...
Peut-être le scenario était-il calibré ainsi pour que la scène puisse être jouée plusieurs heures de suite sans trop alarmer le voisinage, peut-être l'était-il ainsi exprès pour que l'interprétation de la scène par les passants soit complexe et équivoque...
Toujours est-il qu'il ne faut donc à mon sens pas trop s'étonner de l'hésitation des passants (même d'ailleurs de ceux qui finalement interviennent, on l'aura noté) et qu'en déduire de grandes conclusions quand au "bystander effect" me paraît assez hardi...
Face à une telle situation, difficile à interpréter, et face à laquelle aucun signe d'urgence imminente n'existe (pas de coups sur l'enfant, situation à pied au milieu d'une voie publique largement ouverte,...), il est souvent difficile de décider comment agir et, comme pour toute décision difficile, elle est plus facile à prendre si on peut confronter son avis à celui d'une autre personne.
Ce n'est sans doute pas un hasard si les deux premiers qui interviennent sont deux personnes qui paraissant toutes les deux à même de prendre chacune seule le risque d'intervenir, semblent bien se connaître. Ceci ne les empêche précisément pas d'hésiter ni d'en discuter avant d'intervenir.
Autre point me semble-t-il, ils décident d'intervenir à partir du moment ou le mouvement de Bill Stanton (le kidnappeur-expérimentateur) avec l'enfant s'accentue vers une issue de l'endroit où la scène se déroule.
Je ne veux d'ailleurs pas leur enlever le mérite, réel, qui est le leur : ils hésitent, se concertent, jugent préférable d'intervenir, s'engagent vraiment (ils abandonnent les achats qu'ils trimballaient dans des sacs), se lancent de façon coordonnée et synchronisée tout en contrôlant leur intervention (ils savent s'arrêter) : chapeau !
Mais je voulais souligner ces différents biais qui expliquent le flottement et qui à mon sens peuvent donner une autre interprétation, à la fois concordante mais cependant un peu à contrario, du "bystander effect". Dans ce cas, je ne crois pas que ce soit tant une dilution de la responsabilité que la difficulté à objectiver sa décision...
Face à une décision difficile à prendre de ce type (agression verbale, bousculade, altercation en cours ou évènement pouvant dégénérer en ce sens) et dans laquelle il n'y a pas encore de signe objectif d'urgence à intervenir (pas de coup, ou pas de coup sérieux, par exemple), le fait d'être plusieurs à constater la même chose et à se poser les mêmes questions est un handicap si on ne connaît pas les autres témoins ou passants car chacun aura naturellement tendance à conforter ses doutes ou ses options par rapport à celles que semblent prendre les autres : pas d'intervention des autres étant le signe qu'une intervention est inutile ou trop risquée, l'intervention d'un autre étant le signe inverse...
D'où le rôle de la tendance personnelle à plus ou moins de leadership, d'où aussi l'importance d'engager la communication avec les autres passants ou témoins, voire, dans certains cas, avec les protagonistes.
En tous les cas, pour en revenir à cette expérience mise en scène par une télé américaine, le plus étonnant me semble surtout être le faible nombre de personnes ayant pris la peine de signaler l'incident au 911, ce qui n'expose pourtant pas à grand-chose face à une situation certes équivoque et même invraisemblable mais dont on ne peut cependant exclure totalement et à première vue qu'elle soit grave...
Cordialement,
Bomby
EDIT : Je viens de voir au moment de poster le message qu'Ulysse fait en substance la même analyse... Très bon exemple : comme les passants hésitants, ça me rassure : on est au moins deux à penser à peu près la même chose face à une situation ambigüe...